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Journal du 24 septembre 2002
Marie-Thérèse
Fainstein, ancienne résistante déportée :
"La libération de Papon, c'est
scandaleux"
| Marie-Thérèse Fainstein, 81 ans, a
été particulièrement choquée par lannonce de la libération de Maurice Papon,
condamné en 1998 à 10 ans de réclusion pour «complicité de crime de guerre contre
lhumanité ». Elle est dautant plus scandalisée quelle a connu
lhorreur des camps allemands, après avoir été arrêtée en 1942 pour des faits de
résistance. Ça ma beaucoup choquée. Jai appris la
libération de Maurice Papon en rentrant dune excursion avec lassociation
nationale des anciens déportés, internés et familles de disparus ». Dans sa petite
maison dAvremesnil, Marie-Thérèse Fainstein, 81 ans, nen revient toujours
pas. « Je trouve ça scandaleux. Je pensais quon ne le laisserait jamais sortir. Et
je lai vu à la télé. A la porte de la prison, sur ses deux jambes
»,
poursuit lancienne déportée.
Marie-Thérèse Fainstein repousse sa machine à coudre sur la table du salon et
étale devant elle les photos, terribles souvenirs des semaines quelle a passées
dans le camp allemand de Ravensbruck. Véritables témoignages des crimes contre
lhumanité dont Maurice Papon sest fait le complice.
A 19 ans, alors quelle nest quune toute jeune institutrice
dans le village où elle vit encore, Marie-Thérèse est contactée par la Résistance et
nhésite pas à se lancer dans limprimerie clandestine. Elle prépare, imprime
et diffuse alors plusieurs centaines de tracts et de journaux par semaine. Mais en janvier
1942, elle tombe dans une souricière à Dieppe et est jugée pour « propagande
anti-Vichy et bolchévico-gaulliste ». « Jai été condamnée à 6 ans de travaux
forcés. » Elle se retrouve alors en prison à Rouen, puis est transférée à la prison
centrale de Rennes, où elle passera un an. Mais elle continue à résister et est
expédiée dans un autre établissement pénitentiaire à Châlon-sur-Marne jusquen
mai 1944.
Chaque détail est gravé dans la mémoire de lancienne résistante. « Et
là, jai vu quil se tramait quelque chose. Ils organisaient les rassemblements
pour des convois, direction Fort Romainville puis le camp de Ravensbruck. Il y avait là
50000 femmes et des enfants », explique-t-elle. Là, cest lhorreur qui attend
celles qui sont en trop mauvaise santé pour travailler. « Il y avait un couloir, où ils
les fusillaient. » Libérée le 7 mai 1945, la veille de lArmistice, par les
Américains, elle mettra plus de huit jours pour regagner la France dans des wagons à
bestiaux « mais pas fermés cette fois
», lance-t-elle.
On peut toujours dire non
Ainsi en 1998, comme tous les déportés et anciens
résistants, Marie-Thérèse Fainstein a suivi assidûment le procès de Maurice Papon,
ancien secrétaire général de la Préfecture de la Gironde, alors condamné à 10 ans de
réclusion « pour complicité de crimes de guerre contre lhumanité », pour son
rôle dans la déportation de 1690 juifs vers le camp dAuschwitz. « Je pense comme
les parties civiles, quil sagissait là dune réparation de leur malheur
et dune reconnaissance de ce qui avait été fait. Vu lâge que Papon avait à
lépoque, 10 ans ça me semblait bien, pourvu quil ait une condamnation assez
forte et à la mesure de ses méfaits ».
Mais cette libération anticipée, elle avoue que cest dur à avaler. «
Il y a deux choses qui mont particulièrement choquée. Tout dabord pourquoi
lui et pas dautres, qui sont dans un pire état et quon laisse croupir dans
des prisons, comme ces jeunes qui ont le sida. Et deuxième point: cest
lattitude des avocats qui veulent revenir sur ce qui sest passé. Ça va
tourner au révisionnisme. Bientôt les collabos auront raison et les résistants tort »,
sinsurge-t-elle.
« Maintenant il faut que les anciens déportés et ceux qui ont souffert
réagissent et le fassent savoir. Maurice Papon est complice car il a signé ces papiers.
Et moi, je pense quon peut toujours dire non
»
V.G. |
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