Journal du mardi 27 août 2002

Dieppe sort d'une saison touristique en demi-teinte
Les étrangers sauvent la mise

« C’est une saison à l’image de la météo, confie ce professionnel de la restauration dieppoise. Pourrie début juillet en raison des conditions climatiques déplorables et plutôt encourageante en août avec le retour du soleil ». Voilà résumé l’été touristique dieppois. Une saison mi-figue mi-raisin où l’on enregistre globalement une baisse de la fréquentation des touristes. Heureusement, les étrangers sont de plus en plus nombreux et la saison va se prolonger avec le Festival International de Cerfs-Volants.

Tantôt il fait trop chaud pour vendre des frites, tantôt il fait trop froid pour écouler les glaces ! Jamais contents les commerçants ambulants ? Non, mais il faut bien reconnaître qu’ils n’ont pas toujours été vernis avec la météo cet été. « La fréquentation touristique s’est évidemment ressentie des caprices de la météo, indique Michel Agodi (directeur de l’Office de Tourisme de Dieppe). Nous enregistrons une baisse sensible sur juillet, avec dix premiers jours catastrophiques. En août, il y eut une légère régression ». Voilà pour le constat.

Heureusement, le patron du tourisme dieppois note que « l’augmentation des touristes étrangers est phénoménale, à commencer par la clientèle britannique. Dès le mois de mai, nous notions une hausse de 23 % des Anglais par rapport à l’exercice précédent ». Pour Michel Agodi, les explications tiennent évidemment dans le sérieux du lien transmanche. L’afflux d’Européens à Dieppe, c’est également la conséquence des événements du 11 septembre. Les Européens préfèrent rester sur le vieux continent plutôt de tenter l’aventure ailleurs. Dans ce contexte, la France et Dieppe tirent bien leur épingle du jeu ».

C’est un regard de professionnel que Michel Agodi pose sur la situation touristique dieppoise : « les Français sont dans le Sud. Dieppe travaille grâce aux Nordiques et notamment aux étrangers. Ce sont eux qui sauvent la situation du tourisme dieppois. Il s’agit des Anglais mais aussi des Néerlandais, Belges et Allemands ». Les Français qui choisissent Dieppe séjournent généralement assez peu longtemps.

« Les RTT changent la donne »

Le directeur de l’Office de Tourisme considère que les habitudes des touristes français ont été complètement bouleversées avec le passage aux 35 heures et la prise des congés récupérateurs (les fameuses RTT) : « La fréquence des déplacements proches augmente puisque les gens disposent de périodes de vacances qui sont fréquentes et courtes. Dieppe est proche de Paris et doit en profiter. Savez-vous qu’à Deauville, les professionnels s’interrogent désormais pour ouvrir l’hiver ? »

Autre conséquence des RTT, il n’y a plus de vérités établies dans les déplacements des touristes. Ainsi Bison Futé fut complètement désorienté ces dernières semaines, annonçant parfois des week-ends noirs qui sont devenus des week-ends verts… A l’Office de Tourisme de Dieppe, on ressent le phénomène. « En 2001, notre plus gros week-end en terme d’appels téléphoniques et de fréquentation fut celui de… La Toussaint. Les RTT changent complètement la donne, reprend Michel Agodi. Maintenant, on part le jeudi soir et on rentre le lundi. Dans le tourisme, il y a un principe de base : aucune règle n’est établie. Le tourisme, c’est très subjectif ».

Si l’été 2002 fut marqué par une augmentation de la fréquentation de l’Office de Tourisme, son directeur note que « c’est dû au mauvais temps. Les touristes sont venus nous voir pour savoir ce qu’ils pouvaient faire ».

Comment faire de Dieppe un véritable pôle d’attraction des touristes ? Michel Agodi note que « c’est en vendant la destination, pas les produits. Vendre la destination, c’est que nous tentons de faire avec d’autres professionnels de la Côte d’Albâtre, par exemple dans des salons. On doit d’abord vendre la destination et les produits viennent seulement ensuite. Le touriste ne vient pas pour le produit mais pour la renommée d’une ville ou d’une région ou pour les événements proposés ».

« L’effet SNCF de la Patrouille de France »

A ce titre, les commémorations du 60e anniversaire du 19 août 1942 ont constitué un point fort de la saison touristique 2002. « C’est formidable comme les touristes ont répondu à ces festivités, reprend Michel Agodi. Il y eut énormément de monde à Dieppe. Malheureusement, il y eut l’effet épouvantable lié à la non représentation de la Patrouille de France. Nous avons pêché auprès des personnes présentes sur la plage par manque de communication. C’est ce que j’appelle l’effet SNCF qui consiste à laisser les gens attendre sans les informer ».

Forcément, l’Office de Tourisme en a entendu de toutes les couleurs : « Nous nous sommes fait engueuler, explique Michel Agodi. Il fallait comprendre ces gens qui ont fait 300 ou 400 kilomètres pour voir la Patrouille de France. Encore une fois, nous aurions dû communiquer. La ville de Dieppe n’y est pour rien dans la non représentation de la Patrouille de France et à l’arrivée, c’est elle qui ressort avec une mauvaise image ».

Si le soleil reste présent dans le ciel dieppois fin août et courant septembre, les professionnels du tourisme dieppois ne désespèrent pas de réussir un carton avec le Festival de Musique Ancienne puis le Festival de Cerfs-Volants. « La saison 2002, ce n’est pas le Nirvana mais ce n’est pas non plus la catastrophe, tempère Michel Agodi. La saison n’est pas encore loupée ». Certes, mais elle pourrait presque l’être si la pluie s’invite au-dessus des cerfs-volants.

Christophe Quesne


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