Journal du 20 août 2002

Ils ne s'étaient plus vus depuis 60 ans !
Des retrouvailles poignantes
pour Soeur Agnès-Marie

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Quand Sœur Agnès-Marie retrouve Jacques Cinq-Mars,
l’instant dégage une émotion magnifique.

André Michaud et Jacques Cinq-Mars font partie des rescapés de l’opération Jubilee. Grièvement blessés, ils avaient été soignés à l’Hôtel-Dieu de Rouen avant d’être expédiés en camps de prisonniers. Dimanche, leurs retrouvailles avec Sœur Agnès-Marie se sont traduites par des regards dont l’intensité en dit long sur l’émotion.

Il y a dix ans, lors des commémorations du 50e anniversaire du débarquement du 19 août 1942, Soeur Agnès-Marie nous avait déjà émus en retrouvant un vétéran devenu aveugle. Elle l’avait soigné durant la guerre et ce dernier l’avait reconnue à la voix, un demi-siècle plus tard. Dimanche soir, à la veillée organisée aux Vertus, Soeur Agnès-Marie a encore tenu la vedette face aux photographes et cameramen. Elle a retrouvé cette fois André Michaud, puis Jacques Cinq-Mars, deux anciens soldats canadiens blessés qu’elle n’avait pas revus depuis des soins prodigués voici 60 ans.

« Merci »

Ils forment le couple de l’amitié entre les peuples. André Michaud (83 ans) et Soeur Agnès-Marie (88 ans) prennent un malin plaisir à poser ensemble face aux objectifs. Le vétéran dit toute sa reconnaissance à la soeur qui lui retourne les honneurs : «Merci d’avoir sauvé la France et de nous avoir délivrés des Allemands». Venu de Montréal, André Michaud est sous le charme : «Soeur Agnès-Marie n’a pas changé : elle est toujours aussi méritante et courageuse».

L’ancienne infirmière se souvient parfaitement des soins qu’elle prodigua au soldat André Michaud : «Tu avais une gangrène gazeuse au bras droit et nous n’avions pas eu d’autre alternative que de t’amputer le bras. Nous avions passé toute la nuit à multiplier les transfusions sanguines. Sinon, André serait mort». C’était à l’Hôtel-Dieu de Rouen où Sœur Agnès-Marie officiait avec sept autres infirmières qui sont toutes décédées aujourd’hui.

La soeur reconnaît «avoir soigné une cinquantaine de soldats canadiens dans le dos des Allemands. Parfois, les soldats blessés arrivaient dans un état lamentable. Et, malheureusement, nous avons eu aussi l’occasion de mettre de nombreux soldats mortellement blessés dans des cercueils».

Après le choc passé de leurs retrouvailles, Soeur Agnès-Marie et André Michaud ne se quittaient plus au cimetière des Canadiens pour une veillée particulièrement poignante : «Comme le temps passe, commentait l’ancienne infirmière. Tu te rends compte, la dernière fois que nous nous sommes vus, tu avais 23 ans et j’en avais 28».

Un peu plus tard, c’est avec Jacques Cinq-Mars, un autre vétéran, que la Sœur faisait le chemin arrière de l’histoire. Un sourire immense fixé dans le regard, Sœur Agnès-Marie a tenu la main de son ami pendant de longues minutes. Tout comme elle l’a fait sur un lit d’hôpital en 42. C’était hier, il y a tout juste 60 ans...

Ch. Q et P. R.


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