Journal du 8 octobre 2002

Les coquillards pêcheront un jour de moins
L'ouverture était trop belle

Les prix de la coquille Saint-Jacques sont tombés au plus bas. Des quantités de marchandises sont retirées de la vente. Sur les quais dieppois, l’inquiétude grandit. Explications.

La campagne de pêche à la coquille Saint-Jacques, qui a débuté lundi dernier à minuit, s’annonce mal. Les professionnels de la filière ont d’ores et déjà décidé de réduire les temps de pêche les week-ends. « Nous arrêterons de pêcher le jeudi midi, soit 24 heures plus tôt, afin de limiter les quantités ramassées, et ainsi tenter de rééquilibrer le marché », explique Laurent Villier, patron du Notre-Dame-du-Verger. Lors de sa première sortie de la saison, le patron avoue que la pêche était très bonne. « Entre Fécamp et Le Havre, à 12 miles des côtes, nous étions plus de 200 bateaux et nous avons vite atteint les quotas », raconte-t-il. « Pas plus de 250 kg de coquilles par homme et par 24 heures », précise le patron de pêche. En effet, les affaires maritimes veillent au grain et multiplient les contrôles. Le marché est déjà saturé en quelques jours de pêche seulement. Les ressources sont finalement plus importantes que les années précédentes, et par effet mécanique cette surproduction a fait plonger les prix. La raison? La découverte d’un gisement nouveau. Ceux qui pensaient détenir un secret se sont trompés car c’est toute la flotte haut-normande qui s’est retrouvée au même endroit. Selon l’administration, les bateaux auraient pratiqué une surpêche, inondant ainsi le marché. A tel point que les affaires maritimes ont dû procéder à des contrôles à l’entrée du port. Certains sacs de coquilles seraient ainsi passés par-dessus bord en catastrophe.

« Phénomène de désaisonnalisation »

Pour les pêcheurs locaux, la baisse des prix s’explique aussi par: la concurrence déloyale. « Nous pêchons la coquille pendant cinq mois alors que d’autres ont le droit de pêcher toute l’année et envahissent notre marché », s’indigne Dominique Masson, président du comité régional des pêches de Haute-Normandie, lui aussi propriétaire d’un coquillard. Il déplore un phénomène de « désaisonnalisation ». « Tout l’été, on trouvait de la noix écossaise fraîche à l’étalage, il n’y a plus d’effet d’ouverture de campagne sur le consommateur », analyse-t-il indigné. « Pourquoi sommes nous obligés d’arrêter de pêcher l’été, nous perdons tous les marchés, il faut arrêter de protéger pour les autres! », clame-t-il.

Sur les quais, les marins sont pessimistes. « C’est dramatique de pêcher, et de voir nos prises finir à la poubelle », commente Laurent Villier. Les coquillards dieppois ont repris la mer dans la nuit de dimanche à lundi et rentreront, jeudi midi, au port. Un jour de moins en mer est la seule solution trouvée par les professionnels pour venir à bout de la crise, et ainsi limiter les apports. Ils espèrent ainsi redresser le marché et que les tonnes débarquées trouvent preneur à la criée jusqu’au 15 mai, date officielle de fermeture de la pêche à la coquille.

B.T. et P.R.


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