| Mercredi, lantenne dieppoise du
conseil général a fait le point sur le dossier Regma Solutions à Arques-la-Bataille qui
a fait couler tant dencre depuis le début de lannée. Aujourdhui,
cest loptimisme qui est de mise chez les principaux acteurs de cette
réindustrialisation du site. Cependant, sur les 153 salariés de Regma qui avaient été
licenciés, 73 restent toujours à reclasser. On se souvient
davril 2002, de ces regards embués par lémotion, de ces visages pâles de
colère et de détresse. Cette centaine de personnes, hommes et femmes qui jettent un
dernier regard sur lentreprise dans laquelle ils ont effectué la majeure partie de
leur carrière.
Ce jour-là, cen était fini de lhistoire de Regma Solutions.
Lentreprise arquaise venait de laisser 153 salariés « sur le carreau », tout ça
pour contenter le désir de quelconques boursicoteurs.
Cest le début dune descente aux enfers pour ces salariés qui sont
au creux de la vague. On leur avait promis une cellule de reclassement et finalement rien
ne vient. Lintersyndicale se bat alors sur tous les fronts pour que les salariés
puissent continuer à vivre de façon décente.
Réaction immédiate
Heureusement, la réaction et la mobilisation des pouvoirs
publics ne se font pas attendre. Secoués par lintersyndicale, le sous-préfet, les
responsables de la Chambre de commerce et dindustrie de Dieppe propriétaire du
terrain sur lequel est implantée lentreprise, et le conseil général prennent le
dossier en main.
Mais encore faut-il réfléchir à ce que pourrait devenir ce site. Le dossier
est confié à Seine-Maritime Expansion qui fait appel à un cabinet daudit pour
étudier les possibilités de réindustrialisation.
Le coût de cette étude qui sest déroulée en deux phases est
entièrement supporté par le conseil général qui débourse alors la coquette somme de
80 960 euros.
Il sagit dabord de procéder à un état des lieux des bâtiments et
des réseaux. A lissue de ces premières études, il résulte que les partenaires
sont en face dun site industriel de 10 hectares très disparate. Dun site
desservi par un réseau interne de fluides et non raccordé au réseau public deau
et dassainissement. Il savère également que ce site est classé ZA par le
plan doccupation des sols mais quil est considéré inondable en cas de forte
crue de la Béthune.
Dailleurs, un plan de prévention des risques est actuellement en cours
délaboration. Il apparaît également que le site répond aux besoins immobiliers
des entreprises mais quen revanche, il nest ni organisé, ni structuré pour
répondre à une vocation de site industriel multi-entreprises locataires.
Privatisation ou location ?
« Au vu de ce premier diagnostic, un choix stratégique est
alors nécessaire. Soit le site est privatisé (vente progressive des bâtiments et
terrains), soit on crée une offre locative. Le maître douvrage aurait alors
lobligation de supporter les coûts de rationalisation des aménagements existants,
la réhabilitation des parties inexploitables, la mise en place de structures de partage
de terrain et de gestion du site », explique René Delcourt, vice-président du conseil
général.
Et de poursuivre : « Le 29 août dernier, loption de créer une offre
locative est renouvelée. Le sous-préfet sengage alors à trouver auprès du
contrat de plan Etat-Région, les crédits nécessaires pour aider le porteur du projet.
Grâce au soutien du conseil général, nous avons aujourdhui toutes les
cartes en mains pour passer à une deuxième étape primordiale : celle de la remise en
état du site et de sa réindustrialisation proprement dite ».
Reclassement
Pendant ce temps, il fallait également penser aux
reclassements des salariés qui se retrouvaient pour la plupart dans des conditions de vie
précaires. René Delcourt est alors intervenu auprès de Charles Revet pour pallier à la
défaillance de lemployeur qui na pas su proposer une cellule digne de ce nom.
Le conseil général a financé quelque 38 000 euros des 233 000 nécessaires à
lanimation de la cellule.
« Les premiers résultats de la cellule sont plus quencourageants. Sur
les 151 salariés concernés, on décompte à ce jour quelque 75 salariés reclassés.
Restent donc 73 candidats à suivre pour une recherche active demploi. Ces
résultats sont le fruit de trois mois de travail, la cellule nétant finalement
active et opérationnelle que depuis le 1er septembre », souligne René Delcourt.
Dépollution
Depuis le début des problèmes de Regma, la pollution du
site industriel fait partie des sujets qui fâchent.
« Nous touchons là à lune des grandes difficultés du dossier. La
législation sur la pollution des sous-sols peut faire hésiter lEPBS (Etablissement
public de la Basse-Seine), éventuel acquéreur.
Une étude est actuellement en cours, elle est menée pour le compte du
liquidateur », précise René Delcourt.
Renaissance
Grâce aux efforts de tous les partenaires, des entreprises
ont décidé de venir sinstaller sur le site industriel de Regma. Cest le cas
de Rousseau, Eurochannel Logistique, Normandy-Coating, Afadis, RTT Calor et bientôt,
Nipson. Ces quatre sociétés sont les principales incarnations de la renaissance des
activités de feu Regma Solutions.
Lors de la réunion de mercredi, Hubert Léger et Jean-Claude Leroy,
responsables des sociétés Afadis et Regma Transfert Thermique Calor, étaient présents.
Cétait loccasion de faire part de la bonne santé de ces entreprises qui, en
plus davoir repris à elles seules une petite quarantaine danciens salariés
de Regma, sont aujourdhui en train dinvestir dans de nouveaux équipements.
Cest le cas de RTT Calor qui vient de se doter dune découpeuse au
top de la technologie. « Notre but est de conquérir de nouveaux marchés. Cest le
manque dinvestissements depuis 1986 qui a causé le dépôt de bilan de Regma »,
explique Jean-Claude Leroy.
Actuellement, 25 000 m2 sur 39 000 sont occupés sur ce site. Tout le monde
sen réjouit mais la route est encore longue même si le bout du tunnel ne semble
plus très loin.
Eric Bonté |