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Journal du 10 décembre 2002
Une année de quota
maigre pour la pêche
"Comme un agriculteur
à qui l'on abattrait le cheptel"
| Suivant des avis scientifiques
inquiétants sur la réduction des espèces, Franz Fischler, le commissaire européen à
la pêche, propose une forte réduction des quotas pour lannée 2003. La pêche du
cabillaud et de léglefin serait réduite de 80 %, et dautres espèces ne
devront plus finir leur vie coincées dans les mailles des filets. Sur les quais, les
pêcheurs entrevoient du mauvais temps. Les derniers projets de
réduction des quotas pour lannée 2003, annoncés par le commissaire européen à
la pêche, Franz Fischler, font des vagues dans le port de Dieppe.
Une diminution de 80 % pour la pêche au cabillaud (morue fraîche) et
léglefin, de 75 % pour le merlan, 40 % pour la plie, 30 % pour la sole : de quoi
donner le mal de mer aux marins pêcheurs. Les mises en garde des scientifiques contre
lépuisement imminent des stocks de cabillaud et de merlu, dans les eaux
communautaires, risquent effectivement de laisser à quai la flotte dieppoise durant une
bonne partie de lannée. Immédiatement, Edouard Leveau, en sa qualité de député
de Seine-Maritime et darmateur, est monté au créneau, jugeant la proposition de la
commission européenne « démesurée ».
« La validité des estimations des scientifiques du Conseil International pour
lExploration de la Mer (CIEM) nest pas reconnue unanimement », affirme-t-il,
avant de sen prendre aux pratiquants de la pêche minotière. « Exercer une pêche
en aspirant les espèces, indépendamment de leur taille, mais également de toute vie
biologique, anéantit toute possibilité de renouvellement des espèces. Des mesures
européennes sont indispensables pour ces agresseurs de la faune marine », sinsurge
le député maire.
En effet, la pêche minotière très pratiquée par les Danois et les
Norvégiens pour alimenter les poissons daquaculture connaît une diminution de bien
moindre ampleur : moins dix pour cent sur les quotas.
« Mon avenir sassombrit
de jour en jour »
Les chalutiers normands, eux, napprécient guère le
cadeau de Noël que souhaite leur offrir la Commission Européenne. Bien que ces chiffres
doivent être avalisés par la Commission avant dêtre soumis, du 16 au 19
décembre, aux ministres européens, cette période de vache maigre qui se profile laisse
présager le pire. Mickaël Desjardins, patron de pêche dun navire de 18 mètres
50, est touché de plein fouet par les mesures.
« Ma situation est celle dun agriculteur à qui lon abat le
cheptel. La pêche du cabillaud représente un quart du chiffre daffaires annuel, et
les autres espèces sont bridées également, mon avenir sassombrit de jour en jour
», salarme-t-il, avant dévoquer ce quil considère comme le fond du
problème. « Les prix nont cessé de diminuer au fil des années,
laquaculture a tué le métier et nous oblige à pêcher de plus en plus. Si
lon constate que les stocks sont menacés dépuisement et que lon nous
interdit de pêcher, il faut assumer. Nous exigerons des compensations ou nous ne
tiendrons pas compte des quotas », explique le marin à qui incombe la lourde charge de
faire vivre six hommes déquipage et une vendeuse à quai. « Ils ont fait
construire des maisons, pris des engagements. Ils ont un train de vie quon ne peut
pas changer du jour au lendemain », ajoute-t-il. Avant de larguer les amarres et quitter
le port de la cité Ango, pour une nouvelle navigation sans visibilité, le patron
fécampois du Marine Camille conclut dun ton mêlant désespoir et fermeté : « Les
banques se moquent des quotas. On nous a laissés investir, aujourdhui, on est
obligés de travailler ! »
Briac Trébert |
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