| Mercredi, devant la cour dappel
de Rouen, Michel Potajesuk, condamné en première instance à six ans
demprisonnement pour sêtre livré à des actes pédophiles sur des mineurs,
na semble-t-il pas réussi à faire fléchir la justice à son égard. Lavocat
général a en effet réclamé le maintien de la peine dans son intégralité et le
placement sous mandat de dépôt du prévenu. Le jugement a été mis en délibéré au 18
décembre. Finalement cest à la limite du délai légal
que Michel Potajesuk a décidé dinterjeter appel du jugement prononcé en première
instance par le tribunal correctionnel de Dieppe.
Cest donc devant la cour dappel de Rouen que lancien curé de
Neufchâtel et de la paroisse du Petit-Caux, est passé mercredi pour tenter
dalléger la peine prononcée auparavant.
Pour mémoire, le curé accusé dactes pédophiles, encourt une peine de
six ans demprisonnement assortie dune obligation de soin.
Mercredi, rien navait véritablement changé si ce nest une
reconnaissance plus franche des faits qui lui sont reprochés. Même si la notion de «
contrainte » retenue par le tribunal reste toujours dans une sorte de flou artistique que
Michel Potajesuk a encore du mal à clarifier, les détails sordides de cette affaire sont
bien là.
Dans un premier temps, le président Roland Catenoix a voulu comprendre pourquoi
Michel Potajesuk avait décidé de faire appel.
« Je trouve que la sentence est trop lourde et quon na pas tenu
compte de ce que jai pu entreprendre pour ma thérapie à la communauté. Je ne suis
pas né à trente-cinq ans pour faire du mal et je trouve quon ne tient pas compte
de ces trente-cinq années droites », répond le prêtre.
Roland Catenoix continue alors : « Vous buviez pas mal à lépoque, vous
avez entraîné les enfants à boire pour quils se laissent faire ».
Sensuit alors une nouvelle lecture des auditions des victimes. Michel
Potajesuk acquiesce mais conteste cependant quelques « détails ».
« Je nai pas forcé lenfant à me masturber et je ne lai
jamais vu pleurer mais il était réticent », explique Michel Potajesuk.
Coup prémédité
Pour la première fois dans cette affaire, on parle
directement de « préméditation ».
« Pour parvenir à vos fins, vous avez usé du mensonge et ça, cest un
coup prémédité.
Quand on est prêtre ou que lon fait le vu de lêtre, on fait
également vu de chasteté. Certaines personnes ne supportent pas ce vu, ce
qui induit une sexualité mal contrôlée et cela vous rend potentiellement dangereux.
Linterdit est tellement grand quand on ne tient pas ce vu,
quil y a des déviances Pourquoi navez-vous pas quitté la prêtrise si vous
étiez mal dans vos baskets ? Je ne vous jette pas la pierre car je pense que la chasteté
imposée nest pas une bonne chose », lance Roland Catenoix.
« Lorsque jai été victime dun viol à 13 ans, jai mis ma
sexualité entre parenthèses, et même lorsque je suis entré au séminaire, les
sollicitations des garçons ne manquaient pas. Quant aux femmes, je navais jamais
décidé de me tourner vers cela.
Javais un ministère qui me plaisait et jai fait du bien autour de
moi », souligne le prêtre.
« Et à treize ans, aviez-vous déjà envie de devenir prêtre ? Et pendant
cette période où vous vous sentiez mal, avez-vous eu des rapports avec une femme ? »,
questionne alors le président.
« Javais envie dêtre prêtre bien avant le viol et je vous
répète que ma sexualité a été mise entre parenthèses », répond labbé.
Thérapie
Et le président de reprendre : « Quand vous dites que
votre sexualité était entre parenthèses, lest-elle restée jusquaux faits
que lon connaît ? »
« Oui
»
Roland Catenoix tente toujours de comprendre ce qui se passe et questionne à
nouveau le curé.
« Lorsque vous êtes au séminaire, est-ce quon vous prépare à la
chasteté ou on vous dit juste que cest un pêché ? »
« Cest un peu ça, oui. Cétait surtout intellectuel », répond
Michel Potajesuk.
« En tout cas, je ne pensais pas que les prêtres étaient autant invités à
la campagne. Visiblement, vous aviez de nombreuses relations », poursuit Roland Catenoix.
Depuis que les faits ont été révélés, Michel Potajesuk a passé deux mois
en prison puis, à sa sortie, a été « envoyé » à la communauté des Béatitudes à
Château-Saint-Luc (Tarn) où il réside dailleurs toujours.
Cest également au sein de cette communauté quil a entamé une
thérapie.
Quoi quil en soit, il dit quil est toujours prêtre et quil
souhaite, non pas le rester mais continuer à vivre en communauté.
Pour conclure, il dira : « Je veux redemander pardon aux enfants et à ceux
dont jai trahi la confiance car à Dieppe, on mavait coupé la parole
»
Au vu des réquisitions de lavocat général qui réclame le maintien de
la peine dans son intégralité ainsi que le placement du prévenu sous mandat de dépôt,
le jugement du 18 décembre décidera si Michel Potajesuk passera ou non, les fêtes de
Noël en prison.
Eric Bonté
Marie-France Pêtre-Renaud, avocate
de la partie civile :
« Il ne manquait quune Licence IV au presbytère »
Comme en première instance, Marie-France Pêtre-Renaud,
avocate de la partie-civile, sen est prise assez vertement à Michel Potajesuk.
« Comme je lai déjà dit, cette affaire a le goût sulfureux de
lenfer. Même si je ne dois pas mécarter du dossier, on peut penser que les
agissements de Michel Potajesuk ont commencé dès son arrivée à Offranville.
Cest une affaire extrêmement désagréable dautant quun
prêtre, cest dhabitude quelquun en qui on a confiance.
Mais pour parvenir à ses fins, Monsieur Potajesuk a abusé du mensonge et de
lalcool.
Dailleurs, il ne manquait quune Licence IV à son presbytère. Les
enfants ne pouvaient pas se défendre. Il y a chez Monsieur Potajesuk - je lappelle
Monsieur parce que je trouve que pour être appelé Père, il faut encore en avoir la
dignité - une certaine perversion et une perversion certaine.
On peut effectivement quitter la prêtrise. Mais il pensait quavec ses
relations importantes, il ne pourrait pas être inquiété par la justice des hommes.
Ce nest pas à un prêtre de faire léducation sexuelle des enfants.
Les familles de victimes nont pas osé se porter partie civile à cause de
la loi du silence imposée par ces gens. Vous pensez que cest facile davouer
que le curé vous a masturbé?
Cest douloureux, les enfants ont honte et on ne mesure pas les
conséquences de ces faits.
Quand je suis sorti de laudience de Dieppe, on ma dit que
jirais en enfer.
Je me moque daller en enfer, jai ma conscience pour moi et monsieur
Potajesuk ferait bien den faire autant. Un prêtre nest pas au-dessus des lois
».
Est-il utile den rajouter
E.B.
Deux avocats pour la défense
«Il a également
fait du bien autour de lui»
Les deux avocats de la défense ont souhaité mettre
en avant le passé de leur client, apprécié par ses paroissiens, mais également les
traumatismes que celui-ci a subis dans sa jeunesse.
Comme lors du procès en première instance qui sest déroulé début
juillet à Dieppe, Michel Potajesuk était défendu par deux avocats, son ami Thierry
Dulière et lami de ce dernier Philippe Beaussart. Devant la cour dappel de
Rouen, les deux représentants de la défense nont pas changé dun iota (ou
presque) leur plaidoirie. « Au-delà des mots, des faits, il y a aussi lhomme que
vous allez juger. Je ne crois pas quil faille balayer dun revers de main tout
ce qui a été fait. Il a également fait du bien autour de lui. La condamnation ne tient
pas compte de ce quil a fait et subi », lance au président maître Dulière,
souhaitant ainsi recentrer le débat sur ce que fut la vie de Michel Potajesuk avant les
faits qui lui sont reprochés pour que soit soustrait « lactif au passif ». Une
vie tournée vers les autres mais également marquée par un passé douloureux.
« A trente ans, il a été nommé curé de Tourville. Il a fait un travail
considérable, dont tout le monde est reconnaissant. (Ndlr : Des attestations de
paroissiens ont été jointes au dossier). Par son dynamisme, il a reçu un accueil
enthousiaste », note-t-il.
Et cest surtout sur des éléments « traumatisants » de son enfance
quils sont revenus. « Dans sa personnalité on a écarté trop facilement le fait
quil ait été victime dun viol. (Ndlr : à 13 ans, il aurait été violé par
un sacristain.) Il a vécu 27 ans avec ce poids sur les épaules. Il na jamais pu
exprimer sa souffrance ». Autre point nouveau sur lequel ils ont longuement épilogué :
la mort à 6 mois de la jeune sur de Michel Potajesuk, alors âgé de 3 ans. Décès
quil ne comprendra que plus tard, à 6 ans
Un fait qui selon eux a
profondément marqué lhomme.
Maître Beaussart a pris le relais de son confrère pour aborder dautres
aspects du dossier. Il a pour sa part plaidé la requalification de la circonstance
aggravante « dabus dautorité » en « abus de fonction ». Une
requalification qui ne change pas fondamentalement le dossier, puisque dans les deux cas
la peine encourue est identique.
« Un homme loyal »
Il a également souhaité revenir sur les rapports
dexpertises, trouvant entre eux des contradictions. Le premier réalisé dit que son
client nest pas un pervers alors que le second laffirme. Il a également
extrait de ces rapports des éléments positifs. Le troisième, réalisé par un
psychologue expert à la cour, voit Michel Potajesuk comme quelquun de « loyal et
dallocentrique, tourné vers les autres ». « Le rapport du docteur Dubois (Ndlr :
pédiatre et psychothérapeute qui le suit actuellement) dit quil a fait un travail
important. Et quil a pris conscience de la gravité de ses actes. Ces rapports ne
sont donc pas aussi mauvais que lavocat général a voulu le dire », conclut-il.
V.G.
Lavocat général réclame la
confirmation de la peine
« La trahison de la confiance »
Trahison de son engagement de prêtre, trahison de la
confiance des enfants, trahison des parents, trahison de la confiance que tous ses
paroissiens avaient mise en lui
» Cest en martelant ces mots que Myriam
Vervier, lavocat général, entame son réquisitoire, surplombant un Michel
Potajezuk, tête baissée. « Personne ne croyait que le bon curé qui faisait de si
belles cérémonies, en avait dautres en privé et qui étaient peu reluisantes ».
Une phrase lancée clairement en direction des fidèles du « comité de soutien » de
lancien prêtre de Tourville, présents dans la salle daudience. Le ton est
donné.
« Certes aujourdhui nous ne jugeons que les faits commis de 1996 à 2000
mais vous avez au moins une victime qui dit de 1994 à 1996 avoir subi les assauts de M.
Potajezuk », tient-elle à souligner, ces faits sont prescrits mais « existent ».
Cest sur la violence exercée à lencontre de ces jeunes garçons,
que lavocat général a souhaité une nouvelle fois attirer lattention du
président de la cour dappel de Rouen. « Pour tous ces jeunes gens, y a-t-il eu
violence ? Oui, il y a eu violence morale. Ont-ils été contraints ? Oui. Leur
consentement a-t-il été surpris ? Oui. Le tribunal correctionnel a bien caractérisé
les éléments dautorité et de contrainte exercés par le curé ».
Et ces jeunes, pourquoi retournaient-ils auprès de ce prêtre qui leur avait
fait tant subir ? Cette question, lavocat général souhaite y répondre pour faire
comprendre à lassemblée ce quont vécu ces jeunes victimes. « Il y a tout
dabord le sentiment dimpunité du curé que pouvaient avoir les enfants. Car
dès 95 les faits avaient déjà été signalés par une famille aux autorités
religieuses », rappelle-t-elle.
« M. Potajezuk a été convoqué par son évêque (...) Or il a continué. Il na
pas été recherché avant avril 2000 (Ndlr : quand une seconde famille a porté plainte)
». Sans oublier « le double sentiment de culpabilité de ces jeunes » davoir bu
de lalcool et de sêtre laissé faire par le prêtre. Mais « jamais les
mineurs nont été consentants », insiste-t-elle.
Elle revient également sur les rapports dexpertises. « Dans son
attestation, M. Dubois (Ndlr un pédiatre psychothérapeute qui suit actuellement Michel
Potajesuk) écrit quil est guéri, quil nest plus dangereux. Or il y a
des éléments dans la deuxième expertise qui expliquent quil existe un trouble
psychologique (...) mais surtout un fonctionnement pervers, une culpabilité hors de
portée. Il na jamais pu accéder à une sexualité adulte. Il y a une dangerosité
potentielle et un risque de récidive », lance-t-elle.
Finalement, elle réclame la confirmation de la peine prononcée en première
instance à Dieppe, de six ans de prison ferme assortie dun contrôle judiciaire de
cinq ans, car elle lui « semble justifiée ». Elle demande également que soit délivré
« un mandat de dépôt ».
V.G. |