| La cour dappel de Rouen rendait
mercredi son arrêt concernant laffaire dagressions sexuelles sur mineurs
mettant en cause Michel Potajesuk. Il a été condamné à 5 ans de prison assortie
dun suivi socio-judiciaire. Une peine allégée par rapport à celle prononcée en
première instance. Mercredi après-midi, cest encadré
par ses deux avocats, que Michel Potajesuk est entré, tête baissée, dans la salle de la
cour dappel de Rouen.
Lancien curé de Neufchâtel et de la paroisse du Petit-Caux venait
écouter la lecture de larrêt qui fixerait le nombre dannées quil
devra passer derrière les barreaux.
Condamné en première instance à six ans demprisonnement pour «
agressions sexuelles sur mineurs de plus et moins de quinze ans par personne abusant de sa
fonction », il avait interjeté appel, espérant ainsi que sa peine soit réduite.
Le 6 novembre dernier lors de laudience de la cour dappel,
lavocat général, Myriam Vervier, avait demandé que soit confirmée cette peine et
que lancien abbé soit placé sous mandat de dépôt. Dautant plus que lors de
ce nouveau procès, on avait par ailleurs pour la première fois entendu parler de «
préméditation ». Mais ces réquisitions nont pas été suivies et la peine
finalement allégée par les juges.
Michel Potajesuk a donc appris à la barre quil était condamné à 5 ans
de prison, assorti dun suivi socio-judiciaire de 5 ans. Sil ne devait pas
être suivi, une peine complémentaire de 2 ans sera ajoutée. Une obligation de soin a
également été prononcée. Par ailleurs il ne doit plus avoir dactivité
professionnelle ou bénévole qui le mettrait en contact avec des mineurs. Concernant les
parties civiles, lassociation Enfance et partage recevra 750 euros au titre des
dommages et intérêts. Les parents dune jeune victime recevront 1000 euros et leur
fils 500 euros.
La cour dappel a également décidé de ne pas délivrer de mandat de
dépôt. Michel Potajesuk est donc ressorti libre. Le Parquet général décidera de la
date dexécution de la peine prononcée.
A la sortie de la salle daudience, Thierry Dulière et Philippe Beaussart,
les avocats de Michel Potajesuk expliquaient que « la question dun éventuel
pourvoi en cassation était prématurée. Nous devons dabord voir larrêt et
consulter notre client ».
Sous contrôle
Si la défense semble se satisfaire de ce jugement, ce
nest pas vraiment la même chanson dans les rangs de la partie civile qui était
représentée par Marie-France Pêtre-Renaud.
Lavocate réagit dailleurs assez vivement au lendemain de
larrêt de la cour dappel. « Ce que minspire ce jugement, cest
quil vaut mieux être curé à Rouen quà Dieppe. Ce qui me gêne le plus,
cest que la demande de placement sous mandat de dépôt de Michel Potajesuk
nait pas été suivie.
Je vais marranger pour me renseigner et suivre ce dossier pour savoir
sil effectue véritablement sa peine.
Finalement, laccusé gagne un an dans cette affaire, alors quon ne
connaît que la partie émergée de liceberg. Cest vraiment ennuyeux parce
quon se dit que finalement, lorsquon est jugé en première instance, il vaut
mieux faire appel puisque le jugement est plus clément.
Ce procès a été une rude épreuve pour les parents des victimes. Je ne les ai
pas encore contactés mais je pense que pour eux, ce jugement marque tout de même la fin
dun calvaire », explique-t-elle.
Reconstruction
LÉglise, et notamment le diocèse de Rouen, était
restée très discrète sur le sujet, se refusant à tout commentaire tant que le jugement
nétait pas rendu. Au sortir de cette décision de la cour dappel, Christian
Nourrichard, vicaire général du diocèse, parle dune phase de « reconstruction
».
« Maintenant que tout ceci est définitif, je souhaite que les jeunes qui ont
été agressés puissent retrouver une vie normale. Il semble quun processus de
réparation soit en marche. Je crois que Michel Potajesuk a pris conscience du mal
quil a fait. Michel Potajesuk a fait un grand pas vers sa propre maturité notamment
par le biais de sa psychothérapie. Il faut sengager à reconstruire pour que ce
genre de choses ne se reproduise pas ».
Michel Potajesuk va sans doute rejoindre la communauté des béatitudes à
Château-Saint-Luc (Tarn), en attendant sa mise en détention.
Point final ?
Ce jugement marque la fin dune longue procédure. En
mai 2000, neuf plaintes pour agressions sexuelles avaient été déposées contre le
curé. Placé sous mandat de dépôt, il avait effectué deux mois de détention
préventive à la maison darrêt de Rouen.
En juin 2002, le curé se retrouve pour la première fois devant la justice à
la barre du tribunal correctionnel de Dieppe. Une audience fleuve où les détails
sordides de laffaire sont énoncés un à un. Le tribunal prononce une peine de six
ans demprisonnement à lencontre de lecclésiastique.
Cest à lultime limite que les avocats de Michel Potajesuk se
décident à faire appel. Finalement, lavocat général demande la confirmation de
la peine et réclame le placement sous mandat de dépôt du prévenu.
La suite on la connaît, cest finalement de cinq années de prison
quécope le curé. La cour dappel a rendu son arrêt mercredi et les avocats
de la défense ont cinq jours pour se pourvoir en cassation.
Quen sera-t-il? Réponse dans quelques jours.
V.G. et E.B. |