Journal du 20 décembre 2002

Michel Potajesuk condamné à cinq ans de prison
Peine allégée en appel pour l'abbé pédophile

La cour d’appel de Rouen rendait mercredi son arrêt concernant l’affaire d’agressions sexuelles sur mineurs mettant en cause Michel Potajesuk. Il a été condamné à 5 ans de prison assortie d’un suivi socio-judiciaire. Une peine allégée par rapport à celle prononcée en première instance.

Mercredi après-midi, c’est encadré par ses deux avocats, que Michel Potajesuk est entré, tête baissée, dans la salle de la cour d’appel de Rouen.

L’ancien curé de Neufchâtel et de la paroisse du Petit-Caux venait écouter la lecture de l’arrêt qui fixerait le nombre d’années qu’il devra passer derrière les barreaux.

Condamné en première instance à six ans d’emprisonnement pour « agressions sexuelles sur mineurs de plus et moins de quinze ans par personne abusant de sa fonction », il avait interjeté appel, espérant ainsi que sa peine soit réduite.

Le 6 novembre dernier lors de l’audience de la cour d’appel, l’avocat général, Myriam Vervier, avait demandé que soit confirmée cette peine et que l’ancien abbé soit placé sous mandat de dépôt. D’autant plus que lors de ce nouveau procès, on avait par ailleurs pour la première fois entendu parler de « préméditation ». Mais ces réquisitions n’ont pas été suivies et la peine finalement allégée par les juges.

Michel Potajesuk a donc appris à la barre qu’il était condamné à 5 ans de prison, assorti d’un suivi socio-judiciaire de 5 ans. S’il ne devait pas être suivi, une peine complémentaire de 2 ans sera ajoutée. Une obligation de soin a également été prononcée. Par ailleurs il ne doit plus avoir d’activité professionnelle ou bénévole qui le mettrait en contact avec des mineurs. Concernant les parties civiles, l’association Enfance et partage recevra 750 euros au titre des dommages et intérêts. Les parents d’une jeune victime recevront 1000 euros et leur fils 500 euros.

La cour d’appel a également décidé de ne pas délivrer de mandat de dépôt. Michel Potajesuk est donc ressorti libre. Le Parquet général décidera de la date d’exécution de la peine prononcée.

A la sortie de la salle d’audience, Thierry Dulière et Philippe Beaussart, les avocats de Michel Potajesuk expliquaient que « la question d’un éventuel pourvoi en cassation était prématurée. Nous devons d’abord voir l’arrêt et consulter notre client ».

Sous contrôle

Si la défense semble se satisfaire de ce jugement, ce n’est pas vraiment la même chanson dans les rangs de la partie civile qui était représentée par Marie-France Pêtre-Renaud.

L’avocate réagit d’ailleurs assez vivement au lendemain de l’arrêt de la cour d’appel. « Ce que m’inspire ce jugement, c’est qu’il vaut mieux être curé à Rouen qu’à Dieppe. Ce qui me gêne le plus, c’est que la demande de placement sous mandat de dépôt de Michel Potajesuk n’ait pas été suivie.

Je vais m’arranger pour me renseigner et suivre ce dossier pour savoir s’il effectue véritablement sa peine.

Finalement, l’accusé gagne un an dans cette affaire, alors qu’on ne connaît que la partie émergée de l’iceberg. C’est vraiment ennuyeux parce qu’on se dit que finalement, lorsqu’on est jugé en première instance, il vaut mieux faire appel puisque le jugement est plus clément.

Ce procès a été une rude épreuve pour les parents des victimes. Je ne les ai pas encore contactés mais je pense que pour eux, ce jugement marque tout de même la fin d’un calvaire », explique-t-elle.

Reconstruction

L’Église, et notamment le diocèse de Rouen, était restée très discrète sur le sujet, se refusant à tout commentaire tant que le jugement n’était pas rendu. Au sortir de cette décision de la cour d’appel, Christian Nourrichard, vicaire général du diocèse, parle d’une phase de « reconstruction ».

« Maintenant que tout ceci est définitif, je souhaite que les jeunes qui ont été agressés puissent retrouver une vie normale. Il semble qu’un processus de réparation soit en marche. Je crois que Michel Potajesuk a pris conscience du mal qu’il a fait. Michel Potajesuk a fait un grand pas vers sa propre maturité notamment par le biais de sa psychothérapie. Il faut s’engager à reconstruire pour que ce genre de choses ne se reproduise pas ».

Michel Potajesuk va sans doute rejoindre la communauté des béatitudes à Château-Saint-Luc (Tarn), en attendant sa mise en détention.

Point final ?

Ce jugement marque la fin d’une longue procédure. En mai 2000, neuf plaintes pour agressions sexuelles avaient été déposées contre le curé. Placé sous mandat de dépôt, il avait effectué deux mois de détention préventive à la maison d’arrêt de Rouen.

En juin 2002, le curé se retrouve pour la première fois devant la justice à la barre du tribunal correctionnel de Dieppe. Une audience fleuve où les détails sordides de l’affaire sont énoncés un à un. Le tribunal prononce une peine de six ans d’emprisonnement à l’encontre de l’ecclésiastique.

C’est à l’ultime limite que les avocats de Michel Potajesuk se décident à faire appel. Finalement, l’avocat général demande la confirmation de la peine et réclame le placement sous mandat de dépôt du prévenu.

La suite on la connaît, c’est finalement de cinq années de prison qu’écope le curé. La cour d’appel a rendu son arrêt mercredi et les avocats de la défense ont cinq jours pour se pourvoir en cassation.

Qu’en sera-t-il? Réponse dans quelques jours.

V.G. et E.B.


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