| Le port bloqué par la drague
« Ils ont attendu la
dernière limite pour nous recevoir »
Finalement, les membres du personnel du train de
dragage de Dieppe ont été obligés de taper du poing sur la table et de bloquer le
Sardinia Vera à quai pour obtenir une réunion quils réclament depuis 15 jours.
A lheure où nous mettions sous presse, ils étaient reçus par Jacques
Paul, responsable du GIE service dragage.
Sept heures trente, hier jeudi. Les quatorze employés de la DDE maritime
affectés au service dragage, mettent en place le barrage qui va bloquer le port de
Dieppe. A la proue et à la poupe du Puffin, dénormes câbles sont déployés et
fixés dun côté sur le quai Lalitte, et de lautre côté sur le quai du
Hable. Une fois ces amarres raidies, plus aucun bateau ne peut entrer ou sortir du port.
Les grévistes occupent le chenal pour obtenir la venue de la Maqueline, drague
qui leur a été promise et qui finalement ne viendrait pas. Même sils sont
déterminés et quils veulent obtenir des réponses, ils font cependant preuve de
générosité à légard des pêcheurs.
« On sait très bien que si on empêche les pêcheurs de prendre la mer, il
ny aura pas de salaire à la fin du mois. Alors pour marquer le coup, on les fait
patienter une trentaine de minutes et on les laisse passer.
En revanche, nous avons eu un coup de téléphone de M. Bellanger du conseil
général qui nous demandait de débloquer le port pour que les employés de la ligne
transmanche puissent travailler.
Nous avons tenté de lui faire comprendre que nous ne lui en voulions pas
particulièrement mais que cétait le seul moyen de nous faire entendre.
Autre coup de téléphone important aujourdhui, celui du secrétariat de
Jacques Paul, responsable du GIE service dragage. Depuis que notre préavis de grève est
déposé, il a eu cinq jours pour nous contacter et ce matin, alors que nous tendons des
câbles pour barrer le port, on trouve soudain un créneau pour nous recevoir », explique
Didier Lefebvre, délégué syndical.
Pendant que les marins sont occupés à filtrer les entrées et sorties du port,
Didier Lefebvre a loreille collée au téléphone. Depuis la mise en place du
barrage, les coups de fil pleuvent. Les marins viennent de mettre un coup de pied dans la
fourmilière.
Alors quil y a quelques jours, peu de gens sintéressaient à eux,
ils deviennent en un clin dil les personnages les plus convoités du moment.
Seulement les pêcheurs
Au bout du chenal, un bateau de plaisance avance vers le barrage. Sur la
passerelle du Puffin, la consigne est stricte, seuls les pêcheurs pourront passer après
une attente dune demi-heure. En ce qui concerne la plaisance et le transmanche, rien
ne prendra la mer.
Pourtant le petit voilier insiste et ses occupants sen prennent assez
vertement à léquipage de la drague. Les esprits séchauffent un peu mais
finalement le voilier rebrousse chemin.
On annonce ensuite larrivée de Louis-Michel Bonté, sous-préfet, de Mme
Richard, ingénieur à la DDE maritime de Dieppe et des Affaires maritimes. Le
sous-préfet écoute les doléances des grévistes et leur demande de faire un effort. En
effet, ce dernier sappuie sur la visite dune délégation espagnole arrivant
par le ferry pour signer un contrat avec les transporteurs.
De plus, les choses saccélèrent encore puisque les grévistes qui
avaient obtenu une réunion à 17 h, finissent par lobtenir encore un peu plus tôt.
A 13 h hier jeudi, le blocage du port est levé mais il ne fait aucun doute que si à
lissue de la réunion, les grévistes nobtiennent rien, on peut
sattendre à dautres piquets de grève qui cette fois-ci, risquent
dêtre beaucoup moins flexibles.
Eric Bonté
Le service de
dragage menacé
"Rien n'est définitivement
arrêté"
«Je comprends linquiétude des salariés, mais ils
doivent savoir que contrairement à ce qui leur a été dit, rien nest
définitivement arrêté ».
Jeudi matin, Edouard Leveau a tenu à sexprimer sur le devenir du service
de dragage à Dieppe. Depuis plusieurs jours, il suit le dossier de près et la semaine
passée, il a même interrogé le ministre de lEquipement sur ce sujet. « Il
ma confirmé que rien na encore été décidé, assure le député, car
lavenir du dragage dépend en grande partie de lavenir du port ».
Statuer sur le sort du port
« Si le port reste national, explique Edouard Leveau, le
GIE dragage interviendra toujours, mais si le port devient régional ou départemental, le
GIE ne pourra plus intervenir compte tenu des obligations européennes et dautres
formes de dragage seront à envisager. Mais il faut dabord statuer sur le sort du
port ».
Concernant les emplois qui risquent dêtre menacés (lire les Infos de mardi), Edouard Leveau revoit le chiffre à la
baisse. « Le service de dragage concerne quatorze personnes environ. Je dis environ,
insiste-t-il, car certains marins pourront bénéficier dune pré-retraite et
dautres dun départ anticipé au titre de la législation sur lamiante.
Reste à savoir combien de personnes seront disponibles pour former un nouvel équipage
».
Quant à la venue de la Maqueline, Edouard Leveau rappelle que « oui, nous
avions obtenu un accord de principe pour que la Maqueline vienne à Dieppe car
cétait lun des engins les plus appropriés, mais la décision na jamais
été définitive ». Avant dajouter que « de toute façon, la drague navait
une autorisation que jusquen 2006 » et qu« elle naurait pas suffi à
des dragages plus importants ».
M. DS.
Le ferry bloqué
La compagnie navait pas besoin de ce mauvais coup de
pub », souligne Denis Bellenger, directeur de la Transmanche Ferries. Jeudi matin, le
ferry qui devait lever lancre à 8 h pour Newhaven a été bloqué au port de Dieppe
par le service de dragage en grève. La plupart des passagers avaient été avertis la
veille que leur départ était annulé.
« On peut comprendre les difficultés et linquiétude des salariés, mais
être pris de la sorte en otage, cest très gênant. Plus que la perte financière,
cest limage de marque de la compagnie qui en prend un coup », insiste Denis
Bellenger.
Daniel Lefèvre, vice-président du conseil général, « condamne » lui aussi
« cette prise en otage du service transmanche ». Il souligne toutefois que « le service
dragage est vital pour assurer le va-et-vient des ferries dans de bonnes conditions »
tout comme celui du « trafic fruitier ». « Tous les élus doivent naturellement se
mobiliser pour inciter les services du ministère à revoir leur position et une solution
doit être trouvée dans les meilleurs délais », ajoute le conseiller général.
M. DS. |