Journal du 1er novembre 2002

Le port bloqué par la drague

« Ils ont attendu la dernière limite pour nous recevoir »

Finalement, les membres du personnel du train de dragage de Dieppe ont été obligés de taper du poing sur la table et de bloquer le Sardinia Vera à quai pour obtenir une réunion qu’ils réclament depuis 15 jours.

A l’heure où nous mettions sous presse, ils étaient reçus par Jacques Paul, responsable du GIE service dragage.

Sept heures trente, hier jeudi. Les quatorze employés de la DDE maritime affectés au service dragage, mettent en place le barrage qui va bloquer le port de Dieppe. A la proue et à la poupe du Puffin, d’énormes câbles sont déployés et fixés d’un côté sur le quai Lalitte, et de l’autre côté sur le quai du Hable. Une fois ces amarres raidies, plus aucun bateau ne peut entrer ou sortir du port.

Les grévistes occupent le chenal pour obtenir la venue de la Maqueline, drague qui leur a été promise et qui finalement ne viendrait pas. Même s’ils sont déterminés et qu’ils veulent obtenir des réponses, ils font cependant preuve de générosité à l’égard des pêcheurs.

« On sait très bien que si on empêche les pêcheurs de prendre la mer, il n’y aura pas de salaire à la fin du mois. Alors pour marquer le coup, on les fait patienter une trentaine de minutes et on les laisse passer.

En revanche, nous avons eu un coup de téléphone de M. Bellanger du conseil général qui nous demandait de débloquer le port pour que les employés de la ligne transmanche puissent travailler.

Nous avons tenté de lui faire comprendre que nous ne lui en voulions pas particulièrement mais que c’était le seul moyen de nous faire entendre.

Autre coup de téléphone important aujourd’hui, celui du secrétariat de Jacques Paul, responsable du GIE service dragage. Depuis que notre préavis de grève est déposé, il a eu cinq jours pour nous contacter et ce matin, alors que nous tendons des câbles pour barrer le port, on trouve soudain un créneau pour nous recevoir », explique Didier Lefebvre, délégué syndical.

Pendant que les marins sont occupés à filtrer les entrées et sorties du port, Didier Lefebvre a l’oreille collée au téléphone. Depuis la mise en place du barrage, les coups de fil pleuvent. Les marins viennent de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Alors qu’il y a quelques jours, peu de gens s’intéressaient à eux, ils deviennent en un clin d’œil les personnages les plus convoités du moment.

Seulement les pêcheurs

Au bout du chenal, un bateau de plaisance avance vers le barrage. Sur la passerelle du Puffin, la consigne est stricte, seuls les pêcheurs pourront passer après une attente d’une demi-heure. En ce qui concerne la plaisance et le transmanche, rien ne prendra la mer.

Pourtant le petit voilier insiste et ses occupants s’en prennent assez vertement à l’équipage de la drague. Les esprits s’échauffent un peu mais finalement le voilier rebrousse chemin.

On annonce ensuite l’arrivée de Louis-Michel Bonté, sous-préfet, de Mme Richard, ingénieur à la DDE maritime de Dieppe et des Affaires maritimes. Le sous-préfet écoute les doléances des grévistes et leur demande de faire un effort. En effet, ce dernier s’appuie sur la visite d’une délégation espagnole arrivant par le ferry pour signer un contrat avec les transporteurs.

De plus, les choses s’accélèrent encore puisque les grévistes qui avaient obtenu une réunion à 17 h, finissent par l’obtenir encore un peu plus tôt. A 13 h hier jeudi, le blocage du port est levé mais il ne fait aucun doute que si à l’issue de la réunion, les grévistes n’obtiennent rien, on peut s’attendre à d’autres piquets de grève qui cette fois-ci, risquent d’être beaucoup moins flexibles.

Eric Bonté

Le service de dragage menacé
"Rien n'est définitivement arrêté"

«Je comprends l’inquiétude des salariés, mais ils doivent savoir que contrairement à ce qui leur a été dit, rien n’est définitivement arrêté ».

Jeudi matin, Edouard Leveau a tenu à s’exprimer sur le devenir du service de dragage à Dieppe. Depuis plusieurs jours, il suit le dossier de près et la semaine passée, il a même interrogé le ministre de l’Equipement sur ce sujet. « Il m’a confirmé que rien n’a encore été décidé, assure le député, car l’avenir du dragage dépend en grande partie de l’avenir du port ».

Statuer sur le sort du port

« Si le port reste national, explique Edouard Leveau, le GIE dragage interviendra toujours, mais si le port devient régional ou départemental, le GIE ne pourra plus intervenir compte tenu des obligations européennes et d’autres formes de dragage seront à envisager. Mais il faut d’abord statuer sur le sort du port ».

Concernant les emplois qui risquent d’être menacés (lire les Infos de mardi), Edouard Leveau revoit le chiffre à la baisse. « Le service de dragage concerne quatorze personnes environ. Je dis environ, insiste-t-il, car certains marins pourront bénéficier d’une pré-retraite et d’autres d’un départ anticipé au titre de la législation sur l’amiante. Reste à savoir combien de personnes seront disponibles pour former un nouvel équipage ».

Quant à la venue de la Maqueline, Edouard Leveau rappelle que « oui, nous avions obtenu un accord de principe pour que la Maqueline vienne à Dieppe car c’était l’un des engins les plus appropriés, mais la décision n’a jamais été définitive ». Avant d’ajouter que « de toute façon, la drague n’avait une autorisation que jusqu’en 2006 » et qu’« elle n’aurait pas suffi à des dragages plus importants ».

M. DS.

Le ferry bloqué

La compagnie n’avait pas besoin de ce mauvais coup de pub », souligne Denis Bellenger, directeur de la Transmanche Ferries. Jeudi matin, le ferry qui devait lever l’ancre à 8 h pour Newhaven a été bloqué au port de Dieppe par le service de dragage en grève. La plupart des passagers avaient été avertis la veille que leur départ était annulé.

« On peut comprendre les difficultés et l’inquiétude des salariés, mais être pris de la sorte en otage, c’est très gênant. Plus que la perte financière, c’est l’image de marque de la compagnie qui en prend un coup », insiste Denis Bellenger.

Daniel Lefèvre, vice-président du conseil général, « condamne » lui aussi « cette prise en otage du service transmanche ». Il souligne toutefois que « le service dragage est vital pour assurer le va-et-vient des ferries dans de bonnes conditions » tout comme celui du « trafic fruitier ». « Tous les élus doivent naturellement se mobiliser pour inciter les services du ministère à revoir leur position et une solution doit être trouvée dans les meilleurs délais », ajoute le conseiller général.

M. DS.


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