Journal du 20 septembre 2002

Emotion après la disparition de cinq pompiers à Neuilly
L'obligation de rester vigilant

Vive émotion à la caserne de Dieppe après le décès samedi de cinq pompiers parisiens dans un incendie à Neuilly. Un drame qui fait prendre conscience à tous que les risques sont toujours présents, au détour de toute intervention.

Sauver ou périr ». Samedi dernier, cette devise des sapeurs-pompiers a malheureusement pris toute sa dimension. A Paris, cinq soldats du feu sont décédés lors d’une intervention sur l’incendie d’une chambre de bonne. Un appel d’air dans l’espace confiné où le feu avait pris a provoqué une explosion. A Dieppe comme dans l’ensemble des casernes françaises, les pompiers ont appris le drame avec émotion.

A deux reprises, ce week-end et mercredi à l’heure des obsèques aux Invalides, une minute de silence a été respectée à la caserne dieppoise et le drapeau mis en berne. « Nous sommes tous très choqués car ça peut nous arriver. Ça remet les pendules à l’heure. Et ça nous fait prendre encore plus conscience qu’il faut être vigilant et ne pas se reposer sur ses lauriers », confie le lieutenant Wilfrid Marie. « L’habitude tue. Même si on fait peu de feux à Dieppe, on se dit : la prochaine fois que j’ouvrirai la porte, je ferai comme j’ai appris, même si les trois dernières fois, c’était seulement un feu de corbeille », ajoute-t-il. Pourtant il avoue que s’il s’était retrouvé au feu à la place de ces cinq hommes, il aurait fait comme eux. « Je suis convaincu qu’ils ont bien fait leur travail. Il y a toujours des risques. Il faut bien aller voir derrière la porte. Ce qui prime en premier, avant l’extinction de l’incendie, c’est le sauvetage des personnes. Si nous pompiers n’y allons pas, qui ira? »

Deux heures de formation par jour

Les risques de leurs métiers, le lieutenant et ses collègues les connaissent bien. Dans le cas d’incendie en lieu clos, comme samedi à Neuilly, il en existe deux types: le flash-over et le backdraft. « Les appartements sont de mieux en mieux isolés et confinés », explique-t-il. Dans le premier cas, le flash-over: un canapé se consume, la fumée prend de la hauteur au plafond, la chaleur monte et les objets contenus dans la pièce dégagent des vapeurs combustibles. Au plafond se créent des flammèches, puis l’ensemble s’embrase d’un seul coup.

Autre risque, le backdraft: « c’est une explosion des fumées contenues dans la pièce ». Comme il n’y a pas d’entrée d’air dans la pièce, le feu n’est pas alimenté en oxygène, il commence à s’étouffer et les gaz combustibles se propagent. Mais si un pompier ouvre la porte ou casse un carreau, alors l’oxygène se mélange et c’est l’explosion.

« Il a des signes précurseurs. Dans ce dernier cas, on voit peu de fumée sortir de la pièce, la porte est très chaude et bouge sous l’effet de la pression. Et lors de l’explosion, l’onde de choc est importante », explique le lieutenant. Depuis cinq ou six ans, les pompiers sont formés à ces risques et lors de leur formation continue à la caserne, ceux-ci sont évoqués. Ainsi avant la fin de l’année, le lieutenant a prévu « une piqûre de rappel » sur le sujet. « Vu ce qui s’est passé, on en reparlera, mais on n’attend pas ces drames pour cela. Tous les jours nous avons deux heures de formation ».

V.G.


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