| Les trente-cinq coquillards dieppois
sont partis hier soir pour être sur zone à 0 heure le 1er octobre, date officielle
douverture de la pêche. La saison ne sannonce guère florissante,
dabord parce que les prix de congélation nont pas été fixés contrairement
à lhabitude et ensuite parce que lIfremer réclame des mesures pour
préserver les ressources. Le grand départ, cétait hier
soir à la marée de 17 h. Pour être en place le 1er octobre dès que les douze coups de
minuit auront retenti. A lheure où vous lisez ces lignes, les trente-cinq
coquillards dieppois sont tous en mer. Partis à la conquête de « lor blanc ».
Jusquau dernier moment, les quais ont résonné dune activité intense pour
préparer les bateaux à laube de la saison qui commence. Saison essentielle pour
léconomie de la pêcherie locale quand on sait que pour un bateau qui fait à la
fois le chalut (pendant lété) et la coquille le reste de lannée, cette
dernière représente 80 % de son chiffre daffaires annuel. La campagne 2001-2002
sest soldée par plus de 1 600 tonnes de coquilles déposées en criée de Dieppe.
« A 14 F,
on ne sen sort pas ! »
Cette année cependant, lambiance nest guère
souriante sur les quais puisque les patrons-pêcheurs sont partis un peu à
laveuglette. La question des tarifs de congélation proposée par Ofimer
nétant toujours pas réglée. Lan dernier, lorganisme achetait la
coquille haut-normande entre 18 et 20 F, « un bon prix » selon Patrick Leroy,
propriétaire du Jénivic et du Fernaki. « Mais cette année, on ne sait rien et il
semblerait que Ofimer ait des problèmes. On parle de prix bien plus bas que lan
dernier, qui pourraient saligner sur les prix pratiqués en Bretagne, autour de 14
francs. A ce prix-là, par contre, on ne sen sort pas. Et puis il ne faut pas
oublier que les conditions de pêche en Bretagne et chez nous nont rien à voir »
revendique le patron. « Les prix ne pourront pas baisser car on sait que la demande est
toujours là. Les mareyeurs nous lont confirmé. Maintenant, si Ofimer tire ses prix
vers le bas, les mareyeurs feront pareil. »
250 kg par marin
Soumis aux quotas, les coquillards dieppois ne ramèneront
pas plus de 250 kg de coquilles par marin embarqué. Selon Ifremer, le niveau du gisement
semble dailleurs très faible. Ses responsables nhésitent pas à pointer du
doigt lensemble des pêcheurs qui se seraient livrés à une surpêche sans se
soucier de lavenir. Selon Patrick Leroy, le problème se manifesterait surtout en
baie de Seine, zone traditionnellement interdite aux bateaux dieppois de plus de 16
mètres.
Linstitut de contrôle de la ressource halieutique estime cependant que
lensemble du littoral est concerné par une raréfaction de la coquille. Plusieurs
mesures sont avancées pour maintenir le niveau du gisement, à commencer par une
restriction des heures douverture de pêche, en particulier la nuit. Ce sera
vraisemblablement le cas dans la zone de la Baie de Seine. Une mesure qui semble plus
difficile à mettre en uvre sur lensemble du littoral, mais qui pourrait être
remplacée par une fermeture de la période de pêche plus tôt dans le calendrier. La
date du 15 février est ainsi avancée plutôt que le 15 mai comme cest le cas
depuis plusieurs années. Une hypothèse que les pêcheurs dieppois naccepteront pas
facilement dautant quils contredisent les constats établis par Ifremer à
propos des réserves. Leur récente réaction blocage symbolique du port de
commerce et du port de plaisance lorsquil était question de retarder la date
douverture est là pour témoigner de leur détermination à travailler comme
dhabitude.
P. R. |