| Quelle sanction pour avoir insulté
une enseignante ? Cest toute la question. Le papa de Paul, 12 ans, trouve
démesurée la lettre quil vient de recevoir du collège Claude-Monet de
Saint-Nicolas qui fait à lenfant un rappel à la loi et prévient quun tel
acte, en cas de dépôt de plainte, pourrait lui valoir jusquà 7500 euros
damende et six mois... de prison ! Quand jai ouvert
la lettre, franchement je me suis demandé si mon fils navait pas incendié son
collège...» Christian Aubry est le papa de Paul, un enfant de 5e scolarisé au collège
Claude-Monet de Saint-Nicolas dAliermont.
Le lundi 9 septembre, lenfant pourtant sans histoire a insulté une
enseignante qui lui demandait de sortir dun couloir. «Mon fils a reconnu avoir tenu
les propos quon lui reproche et à partir de là, jestime quil devait
être sanctionné, prendre un coup de pied aux fesses, voire être exclu pendant deux
jours» poursuit le père de lenfant. « Mais là, jestime que les menaces que
vient de nous envoyer le collège, en courrier recommandé avec accusé de réception,
sont pour le moins démesurées : on nous rappelle en effet, photocopie du code civil à
lappui, que le délit doutrage est passible dune amende de 7500 euros et
dune peine de 6 mois demprisonnement...»
Ce nest sûrement pas le fait que son fils ait été sanctionné pour son
comportement qui amène Christian Aubry à réagir, «mais cest la démesure dans la
menace. Cest incroyable. Mettez-vous à ma place, quand jai vu cela, jai
vraiment cru que mon fils avait commis quelque chose de terrible. Je ne nie pas pas
quinsulter un prof est une faute très grave, mais entre cela et le menacer de 6
mois de prison !!! Jaurais préféré que le collège me passe un coup de fil et que
nous voyions ensemble comment réagir pour que Paul ne recommence pas ce genre de chose,
et surtout quil comprenne que quand un règlement existe, chacun a le devoir de le
respecter.»
Ce nest évidemment pas par hasard si M. Dumouchel, principal-adjoint du
collège de Saint-Nicolas a signé un tel courrier aux parents de Paul. «Cest la
stricte application de la nouvelle loi destinée à protéger les enseignants...» nous
a-t-il répondu au téléphone.
Dérive répressive ?
Face à la recrudescence dincidents, parfois très
graves, dans certains établissements scolaires, et pas seulement dans les zones dites
défavorisées lire notre rubrique tribunal en page 16 où justement, une jeune
élève de Dieppe vient de se voir infliger une condamnation pénale pour outrage à
enseignants lEtat a décidé de réagir en faisant voter une loi des plus
explicites. Cest larticle 433-5, section 4 qui prévoit que «loutrage
est constitué par les paroles, les gestes, les menaces, les écrits ou images de toute
nature (...) adressés à une personne chargée dune mission de service public.».
Alors que certains syndicats enseignants dénoncent «une dérive répressive»
dans lEducation Nationale, le principal-adjoint du collège Claude-Monet qui
reconnaît que la teneur de son courrier accompagné dun rappel à la loi, «peut
effectivement faire peur», estime cependant que «cest la loi et que cest
aussi le rôle de lécole de former les enfants à la citoyenneté. Un
établissement scolaire obéit aux lois de la République que tout le monde doit
respecter.»
Et dajouter que le papa de Paul ne doit surtout pas considérer le
courrier comme une menace, «cest un simple rappel à la loi. Si nous navions
pas réagi de la sorte, la semaine prochaine cest dix cas dinsulte que nous
aurions eu à gérer. La loi existe, elle doit être appliquée !»
En tout cas, pour le petit Paul, le message a sûrement été enregistré. Quant
à la méthode employée, à chacun de se forger une opinion.
P. R.
« Il y a nécessité de protéger
les enseignants »
Philippe Lebey et Vivianne Becquet sont proviseur et
proviseur adjoint du lycée Jehan-Ango à Dieppe depuis quatre ans. A la tête de 1755
élèves cette année, ils estiment légitime que lon adopte de nouveaux moyens pour
protéger les enseignants et le système en général.
« Je ne suis pas choqué par cette loi, les limites sont trop souvent
dépassées », explique le proviseur. « Nous vivons dans une mini-société », reprend
son adjointe. Dans ce lycée plutôt tranquille, les dérapages verbaux sont rares ;
pourtant, ils sont immédiatement suivis par une sanction. Létablissement reste en
« veille éducative ». « Il est intolérable quun enseignant soit insulté,
cest notre rôle déducateurs de rappeler à lordre les auteurs de tels
actes », insiste M.Lebey. « Notre objectif est que les élèves deviennent des citoyens.
Une sanction est bien entendu un échec, lexclusion est le dernier recours. Parfois,
chez les jeunes cest devenu banal, ils sont habitués à parler comme ça chez eux,
on en tient compte évidemment dans notre jugement. »
Bien que le lycée nait pas de problème de violence, les enseignants sont
plus sensibles donc plus vigilants depuis quelques années. Rappeler les limites à ne pas
dépasser, sans cesse, mais aussi prévenir et informer. La loi, cest la loi. «
Nous informons les élèves sur les règles de vie dans létablissement, il y a une
nécessité à protéger les enseignants, cest évident. Cependant, lobjectif
est de progresser avec lélève, avant tout. On ne le renvoie pas pour le plaisir
», explique Vivianne Becquet. « Limpunité de linaction pousse des
gestionnaires détablissements à ne pas réagir, cest ce qui me dérange le
plus », conclut M. Lebey. |