| Les élus du village de 225 âmes,
particulièrement attachés à la qualité de leur environnement ont signé un arrêté
municipal interdisant les expérimentations de culture de plantes génétiquement
modifiées sur le territoire communal. Ils seront également très vigilants pour
quaucun OGM nentre dans les menus de la restauration scolaire. Cest
un adorable petit village niché au creux dune vallée, coincé entre plusieurs
massifs forestiers. Lair y est bon et vif, le cadre de vie exceptionnel. Et à
Cressy, on y tient à cette richesse de lenvironnement, à cette nature préservée.
Pour les protéger plus encore, le conseil municipal a suscité un débat autour
dune question qui anime le quotidien des défendeurs de la qualité de la vie: les
OGM (organismes génétiquement modifiés). A Cressy, on nen veut pas, ou tout au
moins, on voudrait que les choses soient faites en transparence. Après la commune voisine
de Bracquetuit qui la première a pris un arrêté municipal déclarant son opposition
totale aux essais de culture de plantes génétiquement modifiées, Cressy a pris la même
position, tout aussi ferme.
Avec une surface cultivée de 400 hectares, le petit village de 225 âmes est
potentiellement exposé aux OGM. « On a vu avec la vache folle que les éleveurs les plus
consciencieux pouvaient être concernés sans le savoir. » expliquent de concert Guy
Peignon, maire de la commune et Claude Bonnot, un habitant du village aux airs de «
soixante-huitard » devenu lun des interlocuteurs des élus du village pour parler
environnement. « Attention, on ne dit pas fermement non aux OGM, on attend seulement de
lEtat quil prenne les mesures pour que tout soit fait dans la transparence. »
« Les agriculteurs
eux-mêmes
sont demandeurs de plus dinformations »
En résumé, les élus locaux, comme la population tout
entière dailleurs, demandent simplement à être en mesure de comprendre. « Il y a
dans le conseil municipal des agriculteurs et selon leurs témoignages, ils peuvent
ignorer eux-mêmes la nature des semences quils utilisent. Ils sont les premiers à
réclamer davantage dinformations. »
Alors quune association mène une campagne nationale de prévention
auprès des communes, le maire de Cressy ne doute pas que lexemple donné par
lui-même et la commune voisine de Bracquetuit sera suivi par des milliers dautres.
Guy Peignon invoque « une question de santé publique. A la cantine scolaire par exemple,
nous veillons à la qualité des nourritures servies aux enfants, mais nous ne pouvons pas
être certains déchapper à des plats qui comportent des OGM. Cest pour cela
aussi que la réglementation doit être précisée en faisant clairement apparaître la
notion OGM sur les emballages
»
Le maire et Claude Bonnot citent également des exemples dans le Pays de Caux
dexpériences de plantations de betteraves modifiées résistantes aux désherbants
et « qui ont eu des conséquences directes et importantes sur lenvironnement. Les
plantes sauvages qui bordaient les zones de culture ont été contaminées et de fait
résistent elles aussi aux désherbants. Cest de cela dont nous ne voulons pas car
dès lors que le mouvement est engagé, on ne peut plus larrêter. »
« Secret-défense »
Le conseil municipal de Cressy espère quun vaste
mouvement naîtra de linquiétude des élus et des populations face aux OGM, « car
jusquà présent, les essais en plein champ étaient classés secret-défense, même
les maires des villages concernés étaient tenus à lécart des informations. Si
demain, quelquun veut mener une expérience de la sorte chez lui, sur le territoire
de la commune, aucun texte législatif ne loblige à nous en informer. Alors que les
risques existent bel et bien puisque lon sait que les gènes se propagent.
Et selon Guy Peignon, « quand un citoyen pose une question, on se contente de
lui répondre quil ny a aucun risque. Le paradoxe va jusquà nous
demander à nous, élus, de faire la démonstration de la toxicité potentielle des OGM.
Pour notre part, nous estimons que ce serait aux multinationales qui travaillent sur ces
projets dapporter la preuve quils sont sans danger. »
En tout cas, à Cressy, même si on se refuse à faire de lobscurantisme,
on ne veut pas dOGM, « chez nous au contraire, on encourage nos agriculteurs à
faire du bio
»
P. R.
Le texte de larrêté
municipal
« Le Conseil municipal invite lEtat à prendre en
compte lintérêt de la santé publique et de la protection de lenvironnement
quand il autorise les cultures en plein champ de plantes génétiquement modifiées. Il
déclare être fermement opposé à tous essais privés ou publics et toutes cultures de
plantes génétiquement modifiées sur le territoire de la commune, ainsi quà la
consommation de tous produits génétiquement modifiés dans la restauration scolaire
communale et toute restauration communale. Il émet le souhait que le maire mette en
uvre ses prérogatives pour interdire de telles cultures sur le territoire de la
commune ainsi que lutilisation de tout aliment génétiquement modifié dans la
restauration scolaire. » |