Journal du 17 septembre 2002

La commune a pris un arrêté municipal
Les OGM hors la loi

Les élus du village de 225 âmes, particulièrement attachés à la qualité de leur environnement ont signé un arrêté municipal interdisant les expérimentations de culture de plantes génétiquement modifiées sur le territoire communal. Ils seront également très vigilants pour qu’aucun OGM n’entre dans les menus de la restauration scolaire.

C’est un adorable petit village niché au creux d‘une vallée, coincé entre plusieurs massifs forestiers. L’air y est bon et vif, le cadre de vie exceptionnel. Et à Cressy, on y tient à cette richesse de l’environnement, à cette nature préservée.

Pour les protéger plus encore, le conseil municipal a suscité un débat autour d’une question qui anime le quotidien des défendeurs de la qualité de la vie: les OGM (organismes génétiquement modifiés). A Cressy, on n’en veut pas, ou tout au moins, on voudrait que les choses soient faites en transparence. Après la commune voisine de Bracquetuit qui la première a pris un arrêté municipal déclarant son opposition totale aux essais de culture de plantes génétiquement modifiées, Cressy a pris la même position, tout aussi ferme.

Avec une surface cultivée de 400 hectares, le petit village de 225 âmes est potentiellement exposé aux OGM. « On a vu avec la vache folle que les éleveurs les plus consciencieux pouvaient être concernés sans le savoir. » expliquent de concert Guy Peignon, maire de la commune et Claude Bonnot, un habitant du village aux airs de « soixante-huitard » devenu l’un des interlocuteurs des élus du village pour parler environnement. « Attention, on ne dit pas fermement non aux OGM, on attend seulement de l’Etat qu’il prenne les mesures pour que tout soit fait dans la transparence. »

 « Les agriculteurs eux-mêmes
sont demandeurs de plus d’informations »

En résumé, les élus locaux, comme la population tout entière d’ailleurs, demandent simplement à être en mesure de comprendre. « Il y a dans le conseil municipal des agriculteurs et selon leurs témoignages, ils peuvent ignorer eux-mêmes la nature des semences qu’ils utilisent. Ils sont les premiers à réclamer davantage d’informations. »

Alors qu’une association mène une campagne nationale de prévention auprès des communes, le maire de Cressy ne doute pas que l’exemple donné par lui-même et la commune voisine de Bracquetuit sera suivi par des milliers d’autres. Guy Peignon invoque « une question de santé publique. A la cantine scolaire par exemple, nous veillons à la qualité des nourritures servies aux enfants, mais nous ne pouvons pas être certains d’échapper à des plats qui comportent des OGM. C’est pour cela aussi que la réglementation doit être précisée en faisant clairement apparaître la notion OGM sur les emballages… »

Le maire et Claude Bonnot citent également des exemples dans le Pays de Caux d’expériences de plantations de betteraves modifiées résistantes aux désherbants et « qui ont eu des conséquences directes et importantes sur l’environnement. Les plantes sauvages qui bordaient les zones de culture ont été contaminées et de fait résistent elles aussi aux désherbants. C’est de cela dont nous ne voulons pas car dès lors que le mouvement est engagé, on ne peut plus l’arrêter. »

« Secret-défense »

Le conseil municipal de Cressy espère qu’un vaste mouvement naîtra de l’inquiétude des élus et des populations face aux OGM, « car jusqu’à présent, les essais en plein champ étaient classés secret-défense, même les maires des villages concernés étaient tenus à l’écart des informations. Si demain, quelqu’un veut mener une expérience de la sorte chez lui, sur le territoire de la commune, aucun texte législatif ne l’oblige à nous en informer. Alors que les risques existent bel et bien puisque l’on sait que les gènes se propagent.

Et selon Guy Peignon, « quand un citoyen pose une question, on se contente de lui répondre qu’il n’y a aucun risque. Le paradoxe va jusqu’à nous demander à nous, élus, de faire la démonstration de la toxicité potentielle des OGM. Pour notre part, nous estimons que ce serait aux multinationales qui travaillent sur ces projets d’apporter la preuve qu’ils sont sans danger. »

En tout cas, à Cressy, même si on se refuse à faire de l’obscurantisme, on ne veut pas d’OGM, « chez nous au contraire, on encourage nos agriculteurs à faire du bio… »

P. R.

Le texte de l’arrêté municipal

« Le Conseil municipal invite l’Etat à prendre en compte l’intérêt de la santé publique et de la protection de l’environnement quand il autorise les cultures en plein champ de plantes génétiquement modifiées. Il déclare être fermement opposé à tous essais privés ou publics et toutes cultures de plantes génétiquement modifiées sur le territoire de la commune, ainsi qu’à la consommation de tous produits génétiquement modifiés dans la restauration scolaire communale et toute restauration communale. Il émet le souhait que le maire mette en œuvre ses prérogatives pour interdire de telles cultures sur le territoire de la commune ainsi que l’utilisation de tout aliment génétiquement modifié dans la restauration scolaire. »


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