| Rien ne va plus aux établissements
Lardans, la baisse d'activité de l'entreprise oblige la direction à licencier huit
salariés et à réviser le contrat d'une neuvième personne à temps partiel. Les
salariés ont débrayé pendant quatre heures lundi. Dix-huit
ans d'ancienneté, aucune faute professionnelle, polyvalent, à la journée quand il faut,
aujourd'hui on me licencie sans aucune explication », tel est ce qu'on pouvait lire sur
l'un des nombreux panneaux brandis par la trentaine de salariés du Tissage du Ronchay à
Luneray hier matin.
Sur 47 salariés, plus de la moitié a fait grève lundi de 11 h à 15 h afin de
protester contre la décision de la direction de licencier huit personnes et de
transformer le contrat à temps complet d'une neuvième personne en contrat à temps
partiel. Sous couvert de la CFDT, représentée au sein de l'entreprise par Arnaud
Hébert, les salariés ont déclenché ce mouvement de grève pour montrer leur colère et
leur incompréhension face aux critères choisis pour ces licenciements secs.
« Lors de la réunion du comité d'entreprise il y a quinze jours, la direction
avait informé d'une baisse d'activité de l'entreprise sans préciser qu'il s'ensuivrait
des licenciements », souligne le délégué CFDT. « Une semaine après, il y a eu une
réunion de consultation pour nous signaler les huit licenciements sans nous donner
d'explications sur les critères de choix des individus ».
De ce fait, les huit salariés concernés par ces mesures ont été convoqués
mercredi dernier avec l'assistance d'un délégué syndical pour un entretien avec la
direction. Demain ou après-demain, ils devraient recevoir leur lettre de licenciement.
Au pied du mur
Avec le soutien de la section dieppoise de la CFDT,
représentée lundi par Sylvain Bienaimé, le comité d'entreprise a décidé de faire
expertiser les comptes de l'entreprise pour savoir si le Tissage du Ronchay est bel et
bien en péril. « La CFDT va mettre un droit d'alerte afin de déterminer si les
licenciements sont indispensables ou pas. A première vue, il nous semble aussi que les
critères de licenciement choisis sont mauvais, notamment en direction d'une personne qui
se trouve être en âge de préretraite. Notre souci aussi est la reconversion qui va
être proposée à ces personnes, toutes ont entre quinze et trente ans d'ancienneté »,
poursuit Sylvain Bienaimé.
Du côté de la direction, on explique que les licenciements sont justifiés par
une chute des commandes de l'ordre de 15 %. « L'entreprise connaît des difficultés
depuis l'an dernier avec notamment la crise sur le marché de l'exportation. Nous avons
résisté jusqu'en juin mais les chiffres sont toujours aussi mauvais », explique Nicolas
Lardans. « Cela ne met pas en péril l'entreprise, nous sommes obligés d'ajuster la
production aux commandes, cela fait plus d'un an qu'on hésitait mais là nous sommes au
pied du mur d'autant que les chiffres pour 2003 ne s'annoncent guère meilleurs ».
Le Tissage du Ronchay, spécialisé dans le tissu industriel et notamment la
fabrication de jute, était la seule entreprise de la région et sans doute en France à
préserver une activité saine dans la filière textile. Avec l'effondrement du marché à
l'exportation, elle subit de plein fouet une crise qui enregistre actuellement des records
en Allemagne et en Belgique.
Murielle Picard |