| Cétait écrit. Sans surprise,
Edouard Leveau a été réélu maire de Dieppe dimanche matin au cours dun conseil
municipal extraordinaire qui sest déroulé dans une ambiance pour le moins
électrique. Seul candidat à sa propre succession, Edouard Leveau retrouve donc son
fauteuil quelques jours après lavoir quitté suite à sa démission. Il lui reste
désormais à remettre son équipe au travail en rétablissant lunité. Mais rien ne
sera plus comme avant. Loccasion était trop belle pour
Christian Cuvilliez de monter au créneau avant lélection du maire. Quand on
connaît les talents dorateur de lancien député-maire de Dieppe, cest
même un véritable tapis rouge qui était déroulé sous ses pieds. Applaudi et conspué
à la fois lors de son entrée dans larène, le chef de file du Parti communiste
dieppois a rapidement demandé et pris la parole.
« Vous avez trois minutes », lui indique en préambule Robert Gruel (doyen du
conseil qui en assumait la présidence). En fait, il faudra une vingtaine de minutes à
Christian Cuvilliez pour décocher quelques flèches acérées en direction dEdouard
Leveau. Lancien député-maire reviendra sur les engagements dEdouard Leveau
18 mois plus tôt : « Ces promesses nont pas été tenues et nous voici revenus à
la case départ. La machine à décerveler tourne à plein régime, cinquante agents
municipaux ayant quitté leur service de gré ou de force. Les autres vivent dans la peur
et le soupçon lorsquils nont pas été placardisés. La devise républicaine
est devenue autocratique. Tous ceux qui ne sont pas daccord avec le monarque sont
contre le monarque. Ils sont voués à lostracisme, à la dénonciation, à
lopprobre, muselés, bâillonnés, infantilisés, culpabilisés, transformés en
zombies ».
Cen est trop pour Jean Bazin qui sort de ses gonds et interpelle Christian
Cuvilliez : « Quelles ont été vos méthodes durant 30 ans M. Cuvilliez ? »
Lancien député-maire repart en campagne dans la foulée : « Quel gâchis, quelle
palidonie ! Léchec cuisant que vous avez subi au second tour des élections
cantonales est lévénement qui a déclenché ce psychodrame. Cela a révélé la
gravité des fractures dont la municipalité de droite est affligée ».
« Version dieppoise du grand
guignol »
Hors de lui, Christian Cuvilliez enfonce encore le clou : «
Du Havre à Rouen et dEvreux au Tréport, on va se faire des gorges chaudes de cette
version dieppoise du grand guignol. Moi, j'ai honte pour ma ville et pour ses habitants.
Tous ces efforts de 30 ans pour construire un pôle déquilibre régional (
),
je crains quils ne soient rapidement éclipsés, dilapidés. Nous ne présenterons
donc pas de candidat à cette consultation en trompe lil et nous ne
participerons pas à ce vote truqué ». Acclamations à gauche. Sifflets et quolibets
chez les militants de droite.
Cest Jean Beaufils qui intervient le premier au nom du groupe socialiste :
« Cette crise met en évidence le mépris que vous avez pour les élus de
lopposition. Ce mépris, on le retrouve à légard de la population qui vous a
fait confiance par son vote. Mépris aussi pour limage que Dieppe donne à
lextérieur. Nous sommes la risée de tous ».
Et Jean Beaufils de souligner que « la crise a eu un bon côté : elle a mis au
grand jour un état desprit, une façon de travailler que nous avons toujours
dénoncés. Elle montre la volonté hégémonique de lexécutif, le gouvernement de
la ville par un petit clan dultras ». Et lancien député de dénoncer les
choix politiques de la municipalité en place : Intercommunalité, chasse aux sorcières,
gestion du personnel, vie associative, tout y passe. « Le navire na plus de
capitaine, léquipage est démotivé et divisé, au moindre souffle, cest la
crise. Pendant vos règlements de compte, Dieppe ne bouge plus, les grands projets sont au
point mort ».
Emboîtant le pas de leur chef de file, Daniel Paris et Sandrine Hurel
sexpriment à leur tour au nom du PS dieppois. « Comme vous ne tirez pas les
leçons de ce qui vient de se passer, nous en prenons acte, note Daniel Paris. Nous ferons
preuve de patience mais aussi de courage pour rassembler toutes les Dieppoises et tous les
Dieppois autour dun projet de ville ».
« Etre maire nest pas un
jeu »
Quant à Sandrine Hurel, elle note qu« être maire
nest pas un jeu. Ne vous étonnez donc pas de récolter lironie. Nombreux sont
les Dieppois qui vont se sentir trahis par le nettoyage, la purge que vous allez infliger
à une partie de votre majorité. Votre clan se sépare de ses brebis soi- disant galeuses
qui ne furent en réalité que de pitoyables moutons qui vont se faire tondre sans honte
et sans réaction. Il vous reste quatre ans à occuper cette mairie et cela ne suffira pas
pour effacer aux yeux des Dieppois votre nouveau caprice ». En toute logique, le groupe
socialiste na présenté aucun candidat et na pas participé au vote.
Cest enfin lheure du vote. Les élus de lopposition
sabstiennent et Edouard Leveau est seul en lice. Il recueille 26 voix sur 30 votants
de droite. Deux voix se portent sur Patrick Hoornaert (non candidat) et deux bulletins
sont blancs. Preuve quEdouard Leveau a su ratisser large pour obtenir ce vote de
confiance. Les adjoints sont élus tour à tour avec facilité. Seul bémol pour les
postes de 9e et 10e adjoints pour lesquels Monique Cotigny, écartée, se porte candidate.
En vain.
Maintenant que les onze adjoints quil a présentés sont élus, Edouard
Leveau peut contre-attaquer : « Il y a 18 mois, nous avons trouvé une situation
difficile avec des finances asséchées, des équipements municipaux à bout de souffle
comme les piscines, des dossiers vides en dépit de grands effets dannonces et des
conditions de travail inacceptables pour les agents municipaux. Jen passe et des
meilleures ! »
Le maire réélu énonce quelques réussites comme « le petit théâtre
rouvert, le 60e anniversaire du raid anglo-canadien et le 12e festival de cerfs-volants »
pour prouver que son équipe a travaillé. Il souligne aussi que « le projet de
communauté dagglomération sera prochainement une réalité. En même temps, nous
avons mené une gestion draconienne qui nous permet aujourdhui de voir lavenir
sereinement. Jai souhaité remanier mon équipe au moment où nous entamons le
deuxième quart de notre mandat : nous sommes maintenant opérationnels pour tenir
lensemble des engagements que nous avons envers les Dieppois ».
Il sagira du grand stade, de la rénovation du centre-ville, de
laménagement de Dieppe-Sud et du port de commerce, de la réhabilitation de
Neuville-Nord, de la construction dune crèche et dun hôtel social, de
laménagement de la station balnéaire et encore de la réhabilitation des immeubles
du centre-ville. Vaste programme. Le conseil municipal prend fin. « Léquipe de la
majorité est en ordre de marche » assure Edouard Leveau. Par contre, pour la remise des
écharpes tricolores et la grande photo de famille, il faudra patienter encore un peu.
Christophe Quesne
Edouard Leveau réélu maire de
Dieppe
Au cours de sa séance du dimanche 3 novembre, Edouard
Leveau a été réélu maire de Dieppe.
Il a obtenu 26 voix contre 2 voix à Patrick Hoornaert qui navait pas fait
acte de candidature. On a dénombré également 2 bulletins blancs. Les élus communistes
et socialistes nont pas participé au vote.
Ont également été élus :
1er adjoint : Pierre Hamel (25 voix) 1 à Patrick Hoornaert qui nétait
pas candidat et 4 bulletins blancs et 9 abstentions.
2e adjoint : Françoise Billiez (27 voix) et 3 blancs et 9 abstentions.
3e adjoint : Patrick Hoornaert (21 voix) et 9 blancs et 9 abstentions.
4e adjoint : Pierre Blondel (21 voix), 2 pour Christine Gallais qui
nétait pas candidate, 7 blancs et 9 abstentions.
5e adjoint : Yvette Sannier (21 voix), 3 pour Monique Cotigny qui nétait
pas candidate, 6 blancs et 9 abstentions.
6e adjoint : Hubert Vergnory (29 voix), 1 blanc et 9 abstentions.
7e adjoint : Jean Bazin (20 voix), 6 voix pour Christine Gallais qui
nétait pas candidate, 4 blancs et 9 abstentions.
8e adjoint : Marie-Claude Bellenger (23 voix), 7 blancs et 9 abstentions.
9e adjoint : Gérard Martine (17 voix), 11 pour Monique Cotigny qui était
candidate, 2 blancs et 9 abstentions.
10e adjoint : Maurice Lemasson (19 voix), 11 pour Monique Cotigny qui était
candidate et 9 abstentions.
11e adjoint : Annie Ouvry (23 voix), 1 pour Monique Cotigny qui nétait
pas candidate et 1 pour Frédérique Loos qui nétait pas candidate, 5 blancs et 9
abstentions.
Conseil municipal extraordinaire
Les jeux du cirque
Ils étaient près de 500 Dieppois, militants de
gauche et de droite à avoir envahi
la salle du conseil municipal et ses abords pour assister à la réélection du maire. Le
tout dans une ambiance surréaliste entre cris, applaudissements et vociférations. Une
«belle » image de libre expression de la démocratie.
Hallucinant, ahurissant, surréaliste. Le spectacle valait le détour dimanche
matin à la mairie de Dieppe. La salle du conseil municipal sest transformée en un
instant, le temps de la réélection du maire, suite à la démission dEdouard
Leveau, en une véritable arène, en stade de football, voire même en cour de
récréation. Difficile en un seul mot de résumer limpression ressentie à la vue
dun public de 500 Dieppois, militants de gauche et de droite déchaînés, au
comportement limite, prêts à hurler à qui mieux mieux sur telle ou telle personnalité
politique locale selon le parti auquel il appartient.
Il faut dire que chaque camp avait rameuté ses plus fidèles et virulents
supporters. A droite, on avait même envoyé des invitations. « Cest complet. Je
suis là depuis huit heures et demie, et il ny avait déjà plus de place »,
pouvait-on entendre dans le hall de la mairie. Dailleurs, environ 150 personnes ont
dû se contenter du couloir et des escaliers pour suivre les débats, sans limage,
mais avec le son. Car à moins dêtre sourd, la clameur qui séchappait des
lieux ne pouvait échapper à personne.
Tout a donc débuté avec lentrée en piste des deux ennemis jurés,
têtes de file politique. Quand Christian Cuvilliez, conseiller municipal de
lopposition (PC) arrive, ce sont des huées et des applaudissements qui
laccueillent. Et quand Edouard Leveau fait son apparition, applaudissements et
huées senchaînent avec un petit plus pour le maire démissionnaire : une standing
ovation des premiers rangs où avait notamment pris place son épouse, Annick. Le ton est
donné. Et tout ira crescendo jusquà la réélection tant attendue et tant
prévisible dEdouard Leveau au siège de maire.
Les militants sont chauds. La salle principale de la mairie est transformée en
véritable chaudron. Une banderole est brandie à bout de bras. « Aux urnes citoyens.
Retournons aux élections. Votons ! Votons ! Quun vent nouveau balaie le clan Leveau
». La séance peut être ouverte par le premier adjoint Pierre Hamel qui donne ensuite la
présidence du conseil, comme le veut la loi, au doyen de lassemblée Robert Gruel.
A peine a-t-il prononcé trois mots que lopposition demande la parole pour ne plus
la rendre pendant de très, très longues minutes
Pagaille
Christian Cuvilliez avait, comme il se doit, préparé un
discours de six pages, tirant à boulets rouges sur les 18 mois de mandat passés. Une
lecture hachée par les vociférations du public qui réagit à chaque pique envoyée. Les
rappels au calme se multiplient mais rien ny fait. Annick Leveau sénerve sur
son siège. Et lance des « Voleur !», fixant rageusement Christian Cuvilliez. Mais
celui-ci en rajoute, ne faisant quempirer les choses. Au doyen qui lui demandait de
conclure et de sinterrompre, il lance avec un air de défi « Si vous préférez je
vais lire mon texte sur le balcon de la mairie ». Au premier rang, on entame une
Marseillaise. On sexclame que ce sont des « discours dignes du Kremlin ». Les
militants de gauche, de leur côté, réclament la démission dEdouard Leveau. La
salle se transforme en champ de foire.
Finalement, Christian Cuvilliez parvient au bout de son discours pour expliquer
que son groupe ne souhaite pas participer au vote. Tour à tour Daniel Paris, Jean
Beaufils et Sandrine Hurel, conseillers municipaux socialistes, prennent la parole pour
une intervention limitée à une minute, leur rappelle le doyen. « Vous avez semé le
ridicule autour de vous. Etre maire ce nest pas un jeu », souligne cette dernière
en sadressant à lex-futur maire. Jean Bazin prend alors la parole « pour 30
secondes », pour dire que la majorité na « aucune leçon à recevoir ni des
communistes ni des socialistes ».
La salle sagite. Une jeune femme tente de se lever pour sortir de son sac
une affiche demandant à Edouard Leveau de démissionner « vraiment ». Une autre femme,
(du camp adverse, sil est à préciser) tente de lempoigner. La police
municipale savance pour intervenir. Cest la pagaille. Certains militants ont
des comportements limites. On évite de peu la mêlée
Une autre femme dun
âge respectable enrage, savance vers les tables du conseil jusque devant Edouard
Leveau. Nez contre nez, elle lui dit ses quatre vérités avant dêtre raccompagnée
dans lassistance par deux policiers.
Triste spectacle
Petit à petit, la salle retrouve son calme et des renforts
de police sont appelés sur place, au cas où
Lélection du maire peut
débuter. Mais lorsque le doyen demande à Sandrine Hurel dêtre lune des deux
scrutateurs, avec Jean Bazin, tout est prêt de nouveau à senvenimer
puisquelle refuse « de participer à cette guignolerie ». Finalement la politique
reprend ses droits. Un par un, les trente conseillers municipaux (les neuf conseillers de
lopposition ayant décidé de ne prendre part à aucun vote) glissent leur bulletin
dans lurne. Et comme prévu, Edouard Leveau, qui est le seul candidat à sa
succession récupère son fauteuil, même si Patrick Hoornaert (UDF) lun de ses
adjoints, qui avait un temps caressé lidée dêtre candidat (idée
abandonnée rapidement en cours de route), récolte deux voix.
Le nouveau maire prend place et débute son discours mais dans le brouhaha
personne ne distingue ses premiers mots
Vient ensuite lélection des onze
adjoints. Occasion pour lopposition de demander des précisions sur la profession de
Jean Bazin, élu 7e adjoint et qui était jusqualors attaché parlementaire
dEdouard Leveau. « Or un agent salarié par la mairie ne peut pas être adjoint,
stipule la loi », est-il rappelé à ce dernier. « Mais depuis trois jours la situation
professionnelle de M. Bazin a changé, puisquil a démissionné de son poste à
lassemblée nationale », rétorque le premier magistrat de la ville.
Le débat est clos, le conseil municipal achevé. Après plus de trois heures
dun triste spectacle, reste aux Dieppois à reprendre le chemin de leurs foyers. Et
aux membres du conseil leur travail.
Véronique Guiborel
Virés !
Comme prévu, ce sont quatre adjoints qui ont été
remerciés à l'occasion du vote de la nouvelle équipe municipale. Frédérique Loos
(culture), Monique Cotigny (environnement), Christine Gallais (finances) et Laurent Martin
(tourisme) perdent leurs postes respectifs. Non sans amertume
Frédérique Loos : « Maintenant,
c'est le RMI
»
Ancienne adjointe à la culture, Frédérique Loos (sans
étiquette politique) s'attendait à être remerciée lors de ce remaniement opéré par
Edouard Leveau : « Ce n'est pas une surprise, nous a-t-elle expliqué. Lorsque j'ai vu
qu Edouard Leveau souhaitait refondre une nouvelle équipe, je savais que je n'en
ferais plus partie ». Frédérique Loos souligne quelle se retrouve à la rue : «
Lundi matin (Ndlr : hier), je n'ai plus rien. Maintenant, c'est le RMI qui m'attend
puisque les indemnités d'adjoint n'ouvrent pas droit aux Assedic ».
De son propre bilan de 18 mois, elle retient « l'élargissement de la
programmation à DSN, les animations gratuites à la MJP et les bonnes relations avec
l'école de musique ou encore Dieppe Ville d'Art et d'Histoire. Il n'y a pas eu de rupture
entre la politique que j'ai menée et celle de mon prédécesseur Arnaud Coignet. Nous
avions pour priorité de donner l'accès à la culture à tous. Je n'ai fait que prolonger
ce qu'il avait fait puisque cela avait été bien fait. Et c'est peut-être aussi ce qui
m'est reproché mais je considère que la culture doit être apolitique ».
Tout en restant fidèle à la ligne politique d'économie tracée par la
majorité municipale, Frédérique Loos a fait avec ce qu'on lui a donné : « Mon budget
a été réduit de moitié mais nous avons quand même réussi à faire des choses ».
Christine Gallais : « Je ne suis
pas une politicienne »
Hier adjointe aux finances, Christine Gallais (UDF) tenait
en quelque sorte les cordons de la bourse de la municipalité dieppoise. Remerciée elle
aussi, Mme Gallais souligne d'emblée « faire de la politique au sens noble du terme. Je
ne suis pas une politicienne mais une technicienne. Et pour le coup, j'ai été très
surprise d'être montrée du doigt publiquement. Je pensais qu'il existait d'autres
méthodes ».
Travaillant depuis vingt ans aux côtés de différents maires, Christine
Gallais explique «avoir connu des crises entre des maires et leurs adjoints. A chaque
fois, cela se réglait dans un bureau, les yeux dans les yeux. Dans mon cas, Edouard
Leveau ne m'a pas convoquée une seule fois en 18 mois pour me signifier que mon travail
ne correspondait pas à ses attentes. Dans ce cas, un adjoint responsable s'en va et on
n'en parle plus. Mais là, le maire conduit la politique de la ville, il ne vous reproche
rien ouvertement mais à l'arrivée il vous remercie. C'est assez frustrant ».
L'ancienne patronne des finances municipales explique « avoir parfois fait des
mises en garde notamment lorsqu'il s'agissait d'investissements lourds. Les premiers
résultats de la politique municipale étaient annoncés et nous commencions à prouver
que nous pouvions gérer la ville autrement. Il s'agissait de mener de grands projets tout
en gérant correctement l'argent des contribuables ».
Et Christine Gallais de conclure : « Je ressens l'amertume et la déception que
doivent aussi ressentir les Dieppois qui nous ont accordé leur confiance en mars 2001.
C'est pour eux que je suis triste. Les choses auraient pu être faites plus proprement,
sans déchirements ».
Monique Cotigny : « Ils ont voulu
ma tête »
Des quatre adjoints remerciés, Monique Cotigny (sans
étiquette) est clairement entrée en dissidence. Pour preuve ses candidatures déclarées
dimanche matin aux postes de 9e et 10e adjoints. Elle a eu des mots très durs pour les
plus proches collaborateurs d'Edouard Leveau : « J'ai été virée sans ménagement. Il y
a des méthodes que je réprouve comme par exemple le fait que tout le courrier des
adjoints est ouvert avant d arriver sur notre bureau ».
Monique Cotigny souligne s'être battue « pour l'usine d'incinération, les
espaces verts ou encore le pavillon bleu. J'ai trouvé un héritage difficile mais je n'ai
jamais baissé les bras. J'avais aussi quelques projets importants dans les cartons comme
le passage au tri sélectif ou le remplacement du four de l'usine d'incinération ».
Et Mme Cotigny de s'en prendre ouvertement au directeur général des services :
« Claude Martin ne me supportait pas. Il a demandé ma tête et on la lui a donnée. Je
ne suis pas du genre à marcher avec les doigts sur les coutures du pantalon, cinq mètres
derrière le chef. Concernant enfin la démission d'Edouard Leveau, il ment lorsqu'il dit
avoir pris sa décision le lundi soir en bureau municipal. Le bruit courait dès le soir
du premier tour de la cantonale et le conseil général était au courant le lundi matin
qui a suivi le deuxième tour ».
Se considérant « poignardée par sa propre équipe », Monique Cotigny a fait
ses cartons dimanche après-midi. Hier, elle a rejoint la Tunisie pour s'accorder quelques
jours de vacances : « Je pars chasser, conclut-elle tout sourire. Ce ne sera pas une
chasse aux sorcières mais une chasse aux sangliers
»
Laurent Martin : « Notre travail
na pas été jugé »
Malgré de bons résultats à son poste dadjoint au
tourisme et notamment lorganisation sans faille du 12e festival de cerfs-volants -
lequel a dailleurs été salué par Edouard Leveau sitôt sa réélection -, Laurent
Martin na pas échappé à la tourmente. Le bon petit soldat du défunt RPR
dérangeait et il a payé également le prix de sa candidature à la candidature au sein
de lUMP lors des dernières cantonales de Dieppe-Ouest. « Je suis amer. Notre
travail na même pas été jugé. La vraie raison (de son éviction du poste
dadjoint, ndlr) je la saurai un jour. Quelques-uns ont voulu ma tête, je finirai
par savoir qui. » Par rapport aux conditions dans lesquelles sest déroulé le
conseil municipal, il trouve cela « lamentable. Mais à partir du moment où on a pris le
risque de régler le problème de cette manière, on sexposait à cette réaction.
Ce nest pas très digne. » Et lavenir ? « Je reste au conseil municipal.
Jai déjà rencontré en fin de semaine le maire, mais je veux le rencontrer de
nouveau pour voir ce que peut devenir une éventuelle délégation, voir si les promesses
seront tenues ».
Tout s'est joué
jeudi soir
C'est jeudi soir, lors d'une réunion extraordinaire des
élus de la majorité municipale, que les adjoints remerciés ont été officiellement mis
au courant. Après que les élus avaient reçu un courrier les invitant à faire preuve de
davantage de compétence, de disponibilité et de confiance, c'est Pierre Hamel qui a
ouvert cette réunion de jeudi. L'ancien maire de Bracquemont a appelé chacun « à être
solidaire de l'équipe et à faire l'unanimité derrière Edouard Leveau ». Il a invité
les élus qui ne seraient pas en phase à démissionner.
Edouard Leveau prenait ensuite le fauteuil de Pierre Hamel pour évoquer la
communauté d'agglomération qui va voir le jour. Il précisa aussi qu'aucun adjoint ne
siégera sur la structure intercommunale. Ces postes seront réservés à des conseillers
municipaux.
Apprenant qu'elle était débarquée, Monique Cotigny a demandé des comptes et
réclamé le courrier qui devait lui être remis à l'issue de la réunion. Mêmes
demandes chez Frédérique Loos et Christine Gallais. Ainsi, Mmes Cotigny, Gallais et Loos
ont lu à haute voix, devant leurs collègues élus, les courriers qui leur étaient
adressés. Aucune réaction dans la salle. Edouard Leveau avait alors les mains libres
pour procéder à son remaniement.
Réactions
- A l'issue du conseil municipal extraordinaire de dimanche
matin, le nouveau maire élu Edouard Leveau disait sa volonté de vite se remettre au
travail avec toute son équipe : « Dès cet après-midi (Ndlr : lire dimanche), j'écris
à Charles Revet pour le port et le dragage. L'opposition réclamait évidemment de
nouvelles élections mais nous en sommes en place et nous le resterons. Les Dieppois sont
venus nombreux soutenir le projet pour lequel nous avons été élus voici 18 mois et
notre équipe est recomposée pour les quatre ans et demi de mandat qu'il nous reste à
mener. Le meilleur exemple, c'est l'arrivée de Maurice Lemasson qui a déjà travaillé
sur des gros dossiers comme celui du port ». Le maire de Dieppe a recueilli 26 voix sur
30, un score qu'il qualifie de « normal après un remaniement important ». Édouard
Leveau et son équipe doivent maintenant passer à l'action. Ils ont quatre ans et demi
pour obtenir des résultats concrets (emploi et diminution de la fiscalité locale
notamment) et faire oublier aux Dieppois ce qui vient de se passer. Ce ne sera pas une
mince affaire.
- Prostré à l'annonce de son résultat (21 voix pour et 9 bulletins blancs),
le chef de file de l'UDF Patrick Hoornaert note que « c'est significatif. Notre unité en
a pris un coup ». S'il ne s'est pas porté candidat au fauteuil de maire, c'est parce
qu'il n'avait pas de majorité : « Je m'en suis donc remis au suffrage démocratique.
Désormais, je vais être beaucoup plus attentif à ce qui va se faire. Je serai un élu
sans complaisance ». Patrick Hoornaert veut se donner encore du temps pour prendre une
décision définitive quant à son rôle au sein de l'actuelle majorité municipale. A
demi-mots, il sous-entend qu'il pourrait prendre du recul (jusqu'à démissionner ?) en
fonction des orientations qui seront prises. « J'attends aussi de voir quelles seront les
délégations qui seront confiées. Je suis un homme d'équipe et ma décision appartient
donc à une équipe. Mon grand regret de cette journée, c'est de voir que la ville de
Dieppe vient de perdre ses meilleurs adjoints ».
- A la sortie du conseil municipal Françoise Billiez avait déjà oublié les
divisions dhier pour se consacrer à sa mission de demain. Elle fut la seule pendant
lorage à avoir su passer entre les gouttes. « Je vais continuer à travailler avec
cur et conviction, dans lintérêt des Dieppois et des Neuvillais. Je trouve
que tout le reste est dérisoire. A partir de demain je retourne au travail. Jai
été fidèle à Edouard Leveau. Cest comme dans un couple, il peut y avoir des
histoires. Je conserve mes grands principes : fidélité, travail et détermination. Par
contre je suis triste pour mes collègues, qui ne sont plus adjoints. » |