Journal du 5 novembre 2002

Il a été réélu maire de Dieppe dimanche matin
Edouard Leveau sans surprise

C’était écrit. Sans surprise, Edouard Leveau a été réélu maire de Dieppe dimanche matin au cours d’un conseil municipal extraordinaire qui s’est déroulé dans une ambiance pour le moins électrique. Seul candidat à sa propre succession, Edouard Leveau retrouve donc son fauteuil quelques jours après l’avoir quitté suite à sa démission. Il lui reste désormais à remettre son équipe au travail en rétablissant l’unité. Mais rien ne sera plus comme avant.

L’occasion était trop belle pour Christian Cuvilliez de monter au créneau avant l’élection du maire. Quand on connaît les talents d’orateur de l’ancien député-maire de Dieppe, c’est même un véritable tapis rouge qui était déroulé sous ses pieds. Applaudi et conspué à la fois lors de son entrée dans l’arène, le chef de file du Parti communiste dieppois a rapidement demandé et pris la parole.

« Vous avez trois minutes », lui indique en préambule Robert Gruel (doyen du conseil qui en assumait la présidence). En fait, il faudra une vingtaine de minutes à Christian Cuvilliez pour décocher quelques flèches acérées en direction d’Edouard Leveau. L’ancien député-maire reviendra sur les engagements d’Edouard Leveau 18 mois plus tôt : « Ces promesses n’ont pas été tenues et nous voici revenus à la case départ. La machine à décerveler tourne à plein régime, cinquante agents municipaux ayant quitté leur service de gré ou de force. Les autres vivent dans la peur et le soupçon lorsqu’ils n’ont pas été placardisés. La devise républicaine est devenue autocratique. Tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le monarque sont contre le monarque. Ils sont voués à l’ostracisme, à la dénonciation, à l’opprobre, muselés, bâillonnés, infantilisés, culpabilisés, transformés en zombies ».

C’en est trop pour Jean Bazin qui sort de ses gonds et interpelle Christian Cuvilliez : « Quelles ont été vos méthodes durant 30 ans M. Cuvilliez ? » L’ancien député-maire repart en campagne dans la foulée : « Quel gâchis, quelle palidonie ! L’échec cuisant que vous avez subi au second tour des élections cantonales est l’événement qui a déclenché ce psychodrame. Cela a révélé la gravité des fractures dont la municipalité de droite est affligée ».

« Version dieppoise du grand guignol »

Hors de lui, Christian Cuvilliez enfonce encore le clou : « Du Havre à Rouen et d’Evreux au Tréport, on va se faire des gorges chaudes de cette version dieppoise du grand guignol. Moi, j'ai honte pour ma ville et pour ses habitants. Tous ces efforts de 30 ans pour construire un pôle d’équilibre régional (…), je crains qu’ils ne soient rapidement éclipsés, dilapidés. Nous ne présenterons donc pas de candidat à cette consultation en trompe l’œil et nous ne participerons pas à ce vote truqué ». Acclamations à gauche. Sifflets et quolibets chez les militants de droite.

C’est Jean Beaufils qui intervient le premier au nom du groupe socialiste : « Cette crise met en évidence le mépris que vous avez pour les élus de l’opposition. Ce mépris, on le retrouve à l’égard de la population qui vous a fait confiance par son vote. Mépris aussi pour l’image que Dieppe donne à l’extérieur. Nous sommes la risée de tous ».

Et Jean Beaufils de souligner que « la crise a eu un bon côté : elle a mis au grand jour un état d’esprit, une façon de travailler que nous avons toujours dénoncés. Elle montre la volonté hégémonique de l’exécutif, le gouvernement de la ville par un petit clan d’ultras ». Et l’ancien député de dénoncer les choix politiques de la municipalité en place : Intercommunalité, chasse aux sorcières, gestion du personnel, vie associative, tout y passe. « Le navire n’a plus de capitaine, l’équipage est démotivé et divisé, au moindre souffle, c’est la crise. Pendant vos règlements de compte, Dieppe ne bouge plus, les grands projets sont au point mort ».

Emboîtant le pas de leur chef de file, Daniel Paris et Sandrine Hurel s’expriment à leur tour au nom du PS dieppois. « Comme vous ne tirez pas les leçons de ce qui vient de se passer, nous en prenons acte, note Daniel Paris. Nous ferons preuve de patience mais aussi de courage pour rassembler toutes les Dieppoises et tous les Dieppois autour d’un projet de ville ».

« Etre maire n’est pas un jeu »

Quant à Sandrine Hurel, elle note qu’« être maire n’est pas un jeu. Ne vous étonnez donc pas de récolter l’ironie. Nombreux sont les Dieppois qui vont se sentir trahis par le nettoyage, la purge que vous allez infliger à une partie de votre majorité. Votre clan se sépare de ses brebis soi- disant galeuses qui ne furent en réalité que de pitoyables moutons qui vont se faire tondre sans honte et sans réaction. Il vous reste quatre ans à occuper cette mairie et cela ne suffira pas pour effacer aux yeux des Dieppois votre nouveau caprice ». En toute logique, le groupe socialiste n’a présenté aucun candidat et n’a pas participé au vote.

C’est enfin l’heure du vote. Les élus de l’opposition s’abstiennent et Edouard Leveau est seul en lice. Il recueille 26 voix sur 30 votants de droite. Deux voix se portent sur Patrick Hoornaert (non candidat) et deux bulletins sont blancs. Preuve qu’Edouard Leveau a su ratisser large pour obtenir ce vote de confiance. Les adjoints sont élus tour à tour avec facilité. Seul bémol pour les postes de 9e et 10e adjoints pour lesquels Monique Cotigny, écartée, se porte candidate. En vain.

Maintenant que les onze adjoints qu’il a présentés sont élus, Edouard Leveau peut contre-attaquer : « Il y a 18 mois, nous avons trouvé une situation difficile avec des finances asséchées, des équipements municipaux à bout de souffle comme les piscines, des dossiers vides en dépit de grands effets d’annonces et des conditions de travail inacceptables pour les agents municipaux. J’en passe et des meilleures ! »

Le maire réélu énonce quelques réussites comme « le petit théâtre rouvert, le 60e anniversaire du raid anglo-canadien et le 12e festival de cerfs-volants » pour prouver que son équipe a travaillé. Il souligne aussi que « le projet de communauté d’agglomération sera prochainement une réalité. En même temps, nous avons mené une gestion draconienne qui nous permet aujourd’hui de voir l’avenir sereinement. J’ai souhaité remanier mon équipe au moment où nous entamons le deuxième quart de notre mandat : nous sommes maintenant opérationnels pour tenir l’ensemble des engagements que nous avons envers les Dieppois ».

Il s’agira du grand stade, de la rénovation du centre-ville, de l’aménagement de Dieppe-Sud et du port de commerce, de la réhabilitation de Neuville-Nord, de la construction d’une crèche et d’un hôtel social, de l’aménagement de la station balnéaire et encore de la réhabilitation des immeubles du centre-ville. Vaste programme. Le conseil municipal prend fin. « L’équipe de la majorité est en ordre de marche » assure Edouard Leveau. Par contre, pour la remise des écharpes tricolores et la grande photo de famille, il faudra patienter encore un peu.

Christophe Quesne

Edouard Leveau réélu maire de Dieppe

Au cours de sa séance du dimanche 3 novembre, Edouard Leveau a été réélu maire de Dieppe.

Il a obtenu 26 voix contre 2 voix à Patrick Hoornaert qui n’avait pas fait acte de candidature. On a dénombré également 2 bulletins blancs. Les élus communistes et socialistes n’ont pas participé au vote.

Ont également été élus :

1er adjoint : Pierre Hamel (25 voix) 1 à Patrick Hoornaert qui n’était pas candidat et 4 bulletins blancs et 9 abstentions.

2e adjoint : Françoise Billiez (27 voix) et 3 blancs et 9 abstentions.

3e adjoint : Patrick Hoornaert (21 voix) et 9 blancs et 9 abstentions.

4e adjoint : Pierre Blondel (21 voix), 2 pour Christine Gallais qui n’était pas candidate, 7 blancs et 9 abstentions.

5e adjoint : Yvette Sannier (21 voix), 3 pour Monique Cotigny qui n’était pas candidate, 6 blancs et 9 abstentions.

6e adjoint : Hubert Vergnory (29 voix), 1 blanc et 9 abstentions.

7e adjoint : Jean Bazin (20 voix), 6 voix pour Christine Gallais qui n’était pas candidate, 4 blancs et 9 abstentions.

8e adjoint : Marie-Claude Bellenger (23 voix), 7 blancs et 9 abstentions.

9e adjoint : Gérard Martine (17 voix), 11 pour Monique Cotigny qui était candidate, 2 blancs et 9 abstentions.

10e adjoint : Maurice Lemasson (19 voix), 11 pour Monique Cotigny qui était candidate et 9 abstentions.

11e adjoint : Annie Ouvry (23 voix), 1 pour Monique Cotigny qui n’était pas candidate et 1 pour Frédérique Loos qui n’était pas candidate, 5 blancs et 9 abstentions.

Conseil municipal extraordinaire

Les jeux du cirque

Ils étaient près de 500 Dieppois, militants de gauche et de droite à avoir envahi
la salle du conseil municipal et ses abords pour assister à la réélection du maire. Le tout dans une ambiance surréaliste entre cris, applaudissements et vociférations. Une «belle » image de libre expression de la démocratie.

Hallucinant, ahurissant, surréaliste. Le spectacle valait le détour dimanche matin à la mairie de Dieppe. La salle du conseil municipal s’est transformée en un instant, le temps de la réélection du maire, suite à la démission d’Edouard Leveau, en une véritable arène, en stade de football, voire même en cour de récréation. Difficile en un seul mot de résumer l’impression ressentie à la vue d’un public de 500 Dieppois, militants de gauche et de droite déchaînés, au comportement limite, prêts à hurler à qui mieux mieux sur telle ou telle personnalité politique locale selon le parti auquel il appartient.

Il faut dire que chaque camp avait rameuté ses plus fidèles et virulents supporters. A droite, on avait même envoyé des invitations. « C’est complet. Je suis là depuis huit heures et demie, et il n’y avait déjà plus de place », pouvait-on entendre dans le hall de la mairie. D’ailleurs, environ 150 personnes ont dû se contenter du couloir et des escaliers pour suivre les débats, sans l’image, mais avec le son. Car à moins d’être sourd, la clameur qui s’échappait des lieux ne pouvait échapper à personne.

Tout a donc débuté avec l’entrée en piste des deux ennemis jurés, têtes de file politique. Quand Christian Cuvilliez, conseiller municipal de l’opposition (PC) arrive, ce sont des huées et des applaudissements qui l’accueillent. Et quand Edouard Leveau fait son apparition, applaudissements et huées s’enchaînent avec un petit plus pour le maire démissionnaire : une standing ovation des premiers rangs où avait notamment pris place son épouse, Annick. Le ton est donné. Et tout ira crescendo jusqu’à la réélection tant attendue et tant prévisible d’Edouard Leveau au siège de maire.

Les militants sont chauds. La salle principale de la mairie est transformée en véritable chaudron. Une banderole est brandie à bout de bras. « Aux urnes citoyens. Retournons aux élections. Votons ! Votons ! Qu’un vent nouveau balaie le clan Leveau ». La séance peut être ouverte par le premier adjoint Pierre Hamel qui donne ensuite la présidence du conseil, comme le veut la loi, au doyen de l’assemblée Robert Gruel. A peine a-t-il prononcé trois mots que l’opposition demande la parole pour ne plus la rendre pendant de très, très longues minutes…

Pagaille

Christian Cuvilliez avait, comme il se doit, préparé un discours de six pages, tirant à boulets rouges sur les 18 mois de mandat passés. Une lecture hachée par les vociférations du public qui réagit à chaque pique envoyée. Les rappels au calme se multiplient mais rien n’y fait. Annick Leveau s’énerve sur son siège. Et lance des « Voleur !», fixant rageusement Christian Cuvilliez. Mais celui-ci en rajoute, ne faisant qu’empirer les choses. Au doyen qui lui demandait de conclure et de s’interrompre, il lance avec un air de défi « Si vous préférez je vais lire mon texte sur le balcon de la mairie ». Au premier rang, on entame une Marseillaise. On s’exclame que ce sont des « discours dignes du Kremlin ». Les militants de gauche, de leur côté, réclament la démission d’Edouard Leveau. La salle se transforme en champ de foire.

Finalement, Christian Cuvilliez parvient au bout de son discours pour expliquer que son groupe ne souhaite pas participer au vote. Tour à tour Daniel Paris, Jean Beaufils et Sandrine Hurel, conseillers municipaux socialistes, prennent la parole pour une intervention limitée à une minute, leur rappelle le doyen. « Vous avez semé le ridicule autour de vous. Etre maire ce n’est pas un jeu », souligne cette dernière en s’adressant à l’ex-futur maire. Jean Bazin prend alors la parole « pour 30 secondes », pour dire que la majorité n’a « aucune leçon à recevoir ni des communistes ni des socialistes ».

La salle s’agite. Une jeune femme tente de se lever pour sortir de son sac une affiche demandant à Edouard Leveau de démissionner « vraiment ». Une autre femme, (du camp adverse, s’il est à préciser) tente de l’empoigner. La police municipale s’avance pour intervenir. C’est la pagaille. Certains militants ont des comportements limites. On évite de peu la mêlée… Une autre femme d’un âge respectable enrage, s’avance vers les tables du conseil jusque devant Edouard Leveau. Nez contre nez, elle lui dit ses quatre vérités avant d’être raccompagnée dans l’assistance par deux policiers.

Triste spectacle

Petit à petit, la salle retrouve son calme et des renforts de police sont appelés sur place, au cas où… L’élection du maire peut débuter. Mais lorsque le doyen demande à Sandrine Hurel d’être l’une des deux scrutateurs, avec Jean Bazin, tout est prêt de nouveau à s’envenimer puisqu’elle refuse « de participer à cette guignolerie ». Finalement la politique reprend ses droits. Un par un, les trente conseillers municipaux (les neuf conseillers de l’opposition ayant décidé de ne prendre part à aucun vote) glissent leur bulletin dans l’urne. Et comme prévu, Edouard Leveau, qui est le seul candidat à sa succession récupère son fauteuil, même si Patrick Hoornaert (UDF) l’un de ses adjoints, qui avait un temps caressé l’idée d’être candidat (idée abandonnée rapidement en cours de route), récolte deux voix.

Le nouveau maire prend place et débute son discours mais dans le brouhaha personne ne distingue ses premiers mots… Vient ensuite l’élection des onze adjoints. Occasion pour l’opposition de demander des précisions sur la profession de Jean Bazin, élu 7e adjoint et qui était jusqu’alors attaché parlementaire d’Edouard Leveau. « Or un agent salarié par la mairie ne peut pas être adjoint, stipule la loi », est-il rappelé à ce dernier. « Mais depuis trois jours la situation professionnelle de M. Bazin a changé, puisqu’il a démissionné de son poste à l’assemblée nationale », rétorque le premier magistrat de la ville.

Le débat est clos, le conseil municipal achevé. Après plus de trois heures d’un triste spectacle, reste aux Dieppois à reprendre le chemin de leurs foyers. Et aux membres du conseil leur travail.

Véronique Guiborel

Virés !

Comme prévu, ce sont quatre adjoints qui ont été remerciés à l'occasion du vote de la nouvelle équipe municipale. Frédérique Loos (culture), Monique Cotigny (environnement), Christine Gallais (finances) et Laurent Martin (tourisme) perdent leurs postes respectifs. Non sans amertume…

Frédérique Loos : « Maintenant, c'est le RMI… »

Ancienne adjointe à la culture, Frédérique Loos (sans étiquette politique) s'attendait à être remerciée lors de ce remaniement opéré par Edouard Leveau : « Ce n'est pas une surprise, nous a-t-elle expliqué. Lorsque j'ai vu qu’ Edouard Leveau souhaitait refondre une nouvelle équipe, je savais que je n'en ferais plus partie ». Frédérique Loos souligne qu’elle se retrouve à la rue : « Lundi matin (Ndlr : hier), je n'ai plus rien. Maintenant, c'est le RMI qui m'attend puisque les indemnités d'adjoint n'ouvrent pas droit aux Assedic ».

De son propre bilan de 18 mois, elle retient « l'élargissement de la programmation à DSN, les animations gratuites à la MJP et les bonnes relations avec l'école de musique ou encore Dieppe Ville d'Art et d'Histoire. Il n'y a pas eu de rupture entre la politique que j'ai menée et celle de mon prédécesseur Arnaud Coignet. Nous avions pour priorité de donner l'accès à la culture à tous. Je n'ai fait que prolonger ce qu'il avait fait puisque cela avait été bien fait. Et c'est peut-être aussi ce qui m'est reproché mais je considère que la culture doit être apolitique ».

Tout en restant fidèle à la ligne politique d'économie tracée par la majorité municipale, Frédérique Loos a fait avec ce qu'on lui a donné : « Mon budget a été réduit de moitié mais nous avons quand même réussi à faire des choses ».

Christine Gallais : « Je ne suis pas une politicienne »

Hier adjointe aux finances, Christine Gallais (UDF) tenait en quelque sorte les cordons de la bourse de la municipalité dieppoise. Remerciée elle aussi, Mme Gallais souligne d'emblée « faire de la politique au sens noble du terme. Je ne suis pas une politicienne mais une technicienne. Et pour le coup, j'ai été très surprise d'être montrée du doigt publiquement. Je pensais qu'il existait d'autres méthodes ».

Travaillant depuis vingt ans aux côtés de différents maires, Christine Gallais explique «avoir connu des crises entre des maires et leurs adjoints. A chaque fois, cela se réglait dans un bureau, les yeux dans les yeux. Dans mon cas, Edouard Leveau ne m'a pas convoquée une seule fois en 18 mois pour me signifier que mon travail ne correspondait pas à ses attentes. Dans ce cas, un adjoint responsable s'en va et on n'en parle plus. Mais là, le maire conduit la politique de la ville, il ne vous reproche rien ouvertement mais à l'arrivée il vous remercie. C'est assez frustrant ».

L'ancienne patronne des finances municipales explique « avoir parfois fait des mises en garde notamment lorsqu'il s'agissait d'investissements lourds. Les premiers résultats de la politique municipale étaient annoncés et nous commencions à prouver que nous pouvions gérer la ville autrement. Il s'agissait de mener de grands projets tout en gérant correctement l'argent des contribuables ».

Et Christine Gallais de conclure : « Je ressens l'amertume et la déception que doivent aussi ressentir les Dieppois qui nous ont accordé leur confiance en mars 2001. C'est pour eux que je suis triste. Les choses auraient pu être faites plus proprement, sans déchirements ».

Monique Cotigny : « Ils ont voulu ma tête »

Des quatre adjoints remerciés, Monique Cotigny (sans étiquette) est clairement entrée en dissidence. Pour preuve ses candidatures déclarées dimanche matin aux postes de 9e et 10e adjoints. Elle a eu des mots très durs pour les plus proches collaborateurs d'Edouard Leveau : « J'ai été virée sans ménagement. Il y a des méthodes que je réprouve comme par exemple le fait que tout le courrier des adjoints est ouvert avant d’ arriver sur notre bureau ».

Monique Cotigny souligne s'être battue « pour l'usine d'incinération, les espaces verts ou encore le pavillon bleu. J'ai trouvé un héritage difficile mais je n'ai jamais baissé les bras. J'avais aussi quelques projets importants dans les cartons comme le passage au tri sélectif ou le remplacement du four de l'usine d'incinération ».

Et Mme Cotigny de s'en prendre ouvertement au directeur général des services : « Claude Martin ne me supportait pas. Il a demandé ma tête et on la lui a donnée. Je ne suis pas du genre à marcher avec les doigts sur les coutures du pantalon, cinq mètres derrière le chef. Concernant enfin la démission d'Edouard Leveau, il ment lorsqu'il dit avoir pris sa décision le lundi soir en bureau municipal. Le bruit courait dès le soir du premier tour de la cantonale et le conseil général était au courant le lundi matin qui a suivi le deuxième tour ».

Se considérant « poignardée par sa propre équipe », Monique Cotigny a fait ses cartons dimanche après-midi. Hier, elle a rejoint la Tunisie pour s'accorder quelques jours de vacances : « Je pars chasser, conclut-elle tout sourire. Ce ne sera pas une chasse aux sorcières mais une chasse aux sangliers… »

Laurent Martin : « Notre travail n’a pas été jugé »

Malgré de bons résultats à son poste d’adjoint au tourisme et notamment l’organisation sans faille du 12e festival de cerfs-volants - lequel a d’ailleurs été salué par Edouard Leveau sitôt sa réélection -, Laurent Martin n’a pas échappé à la tourmente. Le bon petit soldat du défunt RPR dérangeait et il a payé également le prix de sa candidature à la candidature au sein de l’UMP lors des dernières cantonales de Dieppe-Ouest. « Je suis amer. Notre travail n’a même pas été jugé. La vraie raison (de son éviction du poste d’adjoint, ndlr) je la saurai un jour. Quelques-uns ont voulu ma tête, je finirai par savoir qui. » Par rapport aux conditions dans lesquelles s’est déroulé le conseil municipal, il trouve cela « lamentable. Mais à partir du moment où on a pris le risque de régler le problème de cette manière, on s’exposait à cette réaction. Ce n’est pas très digne. » Et l’avenir ? « Je reste au conseil municipal. J’ai déjà rencontré en fin de semaine le maire, mais je veux le rencontrer de nouveau pour voir ce que peut devenir une éventuelle délégation, voir si les promesses seront tenues ».

Tout s'est joué jeudi soir

C'est jeudi soir, lors d'une réunion extraordinaire des élus de la majorité municipale, que les adjoints remerciés ont été officiellement mis au courant. Après que les élus avaient reçu un courrier les invitant à faire preuve de davantage de compétence, de disponibilité et de confiance, c'est Pierre Hamel qui a ouvert cette réunion de jeudi. L'ancien maire de Bracquemont a appelé chacun « à être solidaire de l'équipe et à faire l'unanimité derrière Edouard Leveau ». Il a invité les élus qui ne seraient pas en phase à démissionner.

Edouard Leveau prenait ensuite le fauteuil de Pierre Hamel pour évoquer la communauté d'agglomération qui va voir le jour. Il précisa aussi qu'aucun adjoint ne siégera sur la structure intercommunale. Ces postes seront réservés à des conseillers municipaux.

Apprenant qu'elle était débarquée, Monique Cotigny a demandé des comptes et réclamé le courrier qui devait lui être remis à l'issue de la réunion. Mêmes demandes chez Frédérique Loos et Christine Gallais. Ainsi, Mmes Cotigny, Gallais et Loos ont lu à haute voix, devant leurs collègues élus, les courriers qui leur étaient adressés. Aucune réaction dans la salle. Edouard Leveau avait alors les mains libres pour procéder à son remaniement.

Réactions

- A l'issue du conseil municipal extraordinaire de dimanche matin, le nouveau maire élu Edouard Leveau disait sa volonté de vite se remettre au travail avec toute son équipe : « Dès cet après-midi (Ndlr : lire dimanche), j'écris à Charles Revet pour le port et le dragage. L'opposition réclamait évidemment de nouvelles élections mais nous en sommes en place et nous le resterons. Les Dieppois sont venus nombreux soutenir le projet pour lequel nous avons été élus voici 18 mois et notre équipe est recomposée pour les quatre ans et demi de mandat qu'il nous reste à mener. Le meilleur exemple, c'est l'arrivée de Maurice Lemasson qui a déjà travaillé sur des gros dossiers comme celui du port ». Le maire de Dieppe a recueilli 26 voix sur 30, un score qu'il qualifie de « normal après un remaniement important ». Édouard Leveau et son équipe doivent maintenant passer à l'action. Ils ont quatre ans et demi pour obtenir des résultats concrets (emploi et diminution de la fiscalité locale notamment) et faire oublier aux Dieppois ce qui vient de se passer. Ce ne sera pas une mince affaire.

- Prostré à l'annonce de son résultat (21 voix pour et 9 bulletins blancs), le chef de file de l'UDF Patrick Hoornaert note que « c'est significatif. Notre unité en a pris un coup ». S'il ne s'est pas porté candidat au fauteuil de maire, c'est parce qu'il n'avait pas de majorité : « Je m'en suis donc remis au suffrage démocratique. Désormais, je vais être beaucoup plus attentif à ce qui va se faire. Je serai un élu sans complaisance ». Patrick Hoornaert veut se donner encore du temps pour prendre une décision définitive quant à son rôle au sein de l'actuelle majorité municipale. A demi-mots, il sous-entend qu'il pourrait prendre du recul (jusqu'à démissionner ?) en fonction des orientations qui seront prises. « J'attends aussi de voir quelles seront les délégations qui seront confiées. Je suis un homme d'équipe et ma décision appartient donc à une équipe. Mon grand regret de cette journée, c'est de voir que la ville de Dieppe vient de perdre ses meilleurs adjoints ».

- A la sortie du conseil municipal Françoise Billiez avait déjà oublié les divisions d’hier pour se consacrer à sa mission de demain. Elle fut la seule pendant l’orage à avoir su passer entre les gouttes. « Je vais continuer à travailler avec cœur et conviction, dans l’intérêt des Dieppois et des Neuvillais. Je trouve que tout le reste est dérisoire. A partir de demain je retourne au travail. J’ai été fidèle à Edouard Leveau. C’est comme dans un couple, il peut y avoir des histoires. Je conserve mes grands principes : fidélité, travail et détermination. Par contre je suis triste pour mes collègues, qui ne sont plus adjoints. »


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