Journal du 19 novembre 2002

Soixante-dix gendarmes
étaient venus saisir le matériel de la rave-party

"On voulait seulement fêter l'anniversaire d'une amie"

Le 31 août dernier, ils étaient plusieurs centaines, inconditionnels de la musique techno, à s’être retrouvés dans une pâture de la région dieppoise. Sans autorisation préalable, ils ont fait les frais du décret du 3 mai 2002 et se sont vu confisquer leur matériel. Vendredi, les deux organisateurs ont comparu devant le tribunal de Dieppe, avec l’espoir de retrouver leurs platines…

C’est l’histoire d’une rave brisée qui était narrée, vendredi, devant le tribunal de Dieppe. « On voulait seulement fêter l’anniversaire d’une amie », raconte l’un des deux jeunes teufeurs, Gatien Zuliani, invité à s’expliquer devant les magistrats. « Une free party dans les règles de l’art ! », réplique le procureur.

Samedi 31 août dernier, dans une pâture d’Heugleville-Sur-Scie, c’est plus de 400 personnes, selon la gendarmerie, qui s’étaient retrouvées, loin de toute habitation, au son de la musique techno ; des dizaines de jeunes alertés par des flyers et autres messages téléphoniques. Après une nuit de fête, les gendarmes de Longueville-sur-Scie, qui ont découvert le ballet des voitures quelques heures plutôt, décident d’intervenir. Ils saisissent l’ensemble du matériel. Les enceintes, les amplis, les éclairages, le groupe électrogène, les platines et les vinyles se retrouvent ainsi stockés à la gendarmerie. Vendredi, devant le tribunal de Dieppe, Gatien et Frédéric souhaitaient récupérer leur bien.

Cependant, depuis la publication, le 3 mai 2002, du décret sur les raves-parties qui soumet leur organisation à une autorisation préalable en préfecture, les jeunes raveurs sont hors la loi. Le puissant et coûteux matériel de sonorisation des deux prévenus (plus de 700 euros de disques et 7 000 de matériel), devrait rester en possession de la justice.

Le tribunal de Dieppe inaugure ainsi la loi concernant tous les rassemblements « donnant lieu à de la musique amplifiée », rassemblant plus de 250 personnes et « susceptibles de présenter des risques pour les participants en raison de l’absence d’aménagement ou de la configuration de lieux. » Ils étaient une vingtaine, vendredi, à avoir souhaité assister à l’audience pour dire non à « la répression de la musique techno. »

Ce qu’ils réclament ? « La liberté d’écouter leur musique, avec une quête de plaisir », explique une jeune teufeuse. Ce qu’on leur reproche est bien souvent l’usage de produits stupéfiants de tous ordres, du gaz hilarant a d’ailleurs été découvert sur les lieux, au grand désarroi des deux organisateurs.

« On a travaillé pendant trois ans pour pouvoir acheter ce matériel. On voulait juste faire la fête, on ne pouvait pas renvoyer et contrôler tout le monde », explique Frédéric Morin, 21 ans, qui attendra encore un peu pour espérer retrouver ses platines et continuer à faire crier ses disques. Le jugement est mis en délibéré au 20 décembre.

B. T.


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