Journal du 24 septembre 2002

Fin des contrats emplois-jeunes
Des aides-éducateurs devenus indispensables

Les contrats des aides-éducateurs dans les écoles et collèges embauchés voilà cinq ans ne devraient pas être renouvelés. Le gouvernement a en effet annoncé voilà deux semaines la fin du dispositif emplois-jeunes. Pourtant ces jeunes se sont petit à petit rendus indispensables, comme au collège Alexandre-Dumas de Neuville-lès-Dieppe, où ils ont permis de créer de nouveaux services pour les élèves. Leur disparition pourrait laisser un grand vide.

Grâce à eux, nous avons pu développer un certain nombre d’actions qui n’auraient pas pu voir le jour autrement ». Même s’il essaie de rester optimiste, Bernard Brébion, le principal du collège Alexandre-Dumas de Neuville-lès-Dieppe, est inquiet, face à la possible disparition des postes d’aides-éducateurs. « Le ministre a annoncé qu’il y aurait des modifications. Il n’a pas dit disparition… », tente-t-il de se rassurer. En effet le ministre délégué à l’Enseignement scolaire, Xavier Darcos, a assuré voilà deux semaines que l’Education nationale trouverait une solution pour intégrer en son sein les 20 000 aides-éducateurs qui le souhaiteraient et dont le contrat emploi-jeune expire cette année.

Mais il est certain que si ces postes devaient être supprimés, le collège en souffrirait. « Pour le moment, la seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que les contrats d’une durée de cinq ans des aides-éducateurs qui devaient arriver à leur terme fin 2002 - début 2003, vont être prolongés jusqu’à la fin de l’année scolaire », ajoute-t-il. Pour le reste, le principal qui soutient depuis le départ cette opération qui « répond à des besoins non satisfaits dans les établissements et permet de mettre le pied à l’étrier à des jeunes » espère « une réponse claire et précise rapidement. »

Le collège emploie sur place quatre aides-éducateurs, qui ont apporté une aide précieuse à l’établissement. Ils proposent en effet de nombreux services aux élèves. Une salle d’informatique avec 14 ordinateurs multimédias a été aménagée. Elle est gérée par un des emplois-jeunes qui est devenu « gestionnaire de l’activité technique ». En d’autres termes, il accueille les classes et leurs professeurs et leur apporte ses connaissances techniques. Il a également développé le site internet, et il aide pendant les cours et les itinéraires de découverte.

Services supplémentaires

Les trois autres aides-éducateurs sont rattachés à la vie scolaire : deux sont plus particulièrement spécialisés dans l’animation et le dernier s’occupe de l’aide aux devoirs. « Avec leur présence, nous avons pu par exemple résoudre un de nos problèmes qui concernait les heures d’études. Les élèves se retrouvaient tous dans une salle, et les punitions étaient nombreuses », explique Bernard Brébion. Désormais les collégiens ont le choix. Soit ils se rendent en salle d’étude pour un travail individuel, soit dans une salle de travaux de groupe, en présence d’un surveillant, soit au CDI, soit en aide aux devoirs ou au club de jeux de société, encadré par des aides-éducateurs. Et ça fonctionne.

« Si ces postes disparaissent, il y aura des services qu’on ne pourra plus rendre aux élèves », souligne le principal. Un problème pour le collège mais également pour les écoles primaires et maternelles. Bernard Brébion en est d’autant plus conscient que son collège est « établissement-support pour les aides-éducateurs », il est l’employeur des 46 aides-éducateurs du secteur du collège. « A Alexandre-Dumas nous avons beaucoup de personnel, ce serait difficile sans eux mais on pourrait trouver des solutions, alors qu’en école maternelle et primaire, personne ne pourrait les remplacer. Et les activités pourraient alors disparaître purement et simplement.»

V.G.

« Les collégiens en pâtiraient »

Frédéric Chaussis, 23 ans, est l’un des quatre aides-éducateurs du collège Alexandre-Dumas. Il s’occupe entres-autres de l’aide aux devoirs et du soutien scolaire. Embauché en mars dernier, il est particulièrement motivé par son poste qui lui permet de suivre une formation avec le Rectorat. « J’ai une licence d’histoire et j’ai tenté avec le CNED le concours de professeur des écoles. Puis j’ai trouvé cette place qui me permet en même temps d’avoir des cours à l’IUFM », explique-t-il.

En juin, il tentera donc de nouveau le concours. « Ce poste permet d’avoir des contacts avec les élèves. Ça donne un bon aperçu du fonctionnement avec les professeurs et de la pédagogie. Ça permet également d’avoir un autre aspect de l’école quand on a toujours été du côté des élèves », explique-t-il.

Il trouve donc dommage qu’une telle initiative puisse s’interrompre. « Dommage pour les aides-éducateurs mais aussi pour les élèves. Il y a une forte demande de leur part, par exemple pour l’aide aux devoirs. Cela leur permet d’avoir quelqu’un pour les épauler quand ils ont des difficultés. Si ces postes disparaissaient c’est eux qui en pâtiraient », conclut-il.

87 aides-éducateurs sur le secteur de Dieppe

Actuellement ce sont quatre-vingt-sept emplois-jeunes de l’Education nationale qui sont affectés au sein d’écoles du premier degré ou d’établissements de second degré de Dieppe et ses environs.

Pour 36 d’entre-eux, le terme du contrat de travail comme aide-éducateur coïncide avec la fin de l’année scolaire 2002-2003 puisqu’ils peuvent bénéficier d’une prolongation de leur contrat jusqu’au 30 juin 2003.

Les fins de contrat des 51 restants s’échelonnent de manière régulière jusqu’au 31 mars 2002.

« Une épée de Damoclès au-dessus de la tête »

Depuis juin, les directions départementales de l’emploi ne signent plus de nouvelles conventions. Les emplois-jeunes sont bel et bien en voie d’extinction. Mais que vont devenir les associations ? Un exemple parmi tant d’autres, le Cercle de la voile de Dieppe. Ici, la tension monte.

« Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête ». Arnaud et Charlie, moniteurs au Cercle de la voile de Dieppe vivent de leur passion, mais l’atmosphère devient de plus en plus pesante, jour après jour. Arrivé il y a trois ans, en remplacement d’un démissionnaire, Charlie Thirode a pris la suite du contrat qu’il considère maintenant presque comme un cadeau empoisonné. En mars, il sera amené à prendre la porte, à moins que… Un peu plus tard, ce sera au tour d’Arnaud Biais d’être dans la même situation. Le problème qui se pose pour l’association est de savoir comment créer des emplois. Les contrats emplois-jeunes étaient aidés par l’Etat, avec une subvention correspondant à 80 % du SMIC, comment les garder ?

« On est pessimiste », affirment les deux jeunes, très inquiets, notamment à la vue des chiffres. « La saison a été moyenne, comme partout. Aujourd’hui, on espère obtenir la labellisation Station Voile qui pourrait nous permettre d’augmenter notre chiffre d’affaire de 30 %. Pour l’instant les comptes ne laissent pas espérer d’embauches définitives », expliquent-ils. La tension est à son comble. « On travaille largement plus de 35 heures, on cherche à développer la structure. On a mis de l’espoir dans cette association. La sanction est difficile à accepter », se plaignent-ils.

« Ambiance malsaine »

Aujourd’hui, ils tentent de passer des diplômes sur leur temps libre en vue d’un autre emploi éventuel et déplorent la situation malsaine qui règne dans la structure. « On sait pertinemment qu’un seul d’entre nous restera, s’il y en a un ! L’ambiance en pâtit », regrette Arnaud.

De plus, l’existence même de l’activité est remise en question. Jean-Pierre Raffarin, à l’heure où il présentait son nouveau contrat jeune, n’a pas hésité. Il a gelé le dispositif emploi-jeune, symbole de la précédente législature. « Emploi jetable ! », évoque violemment Charlie.

Au sein de l’école, outre l’enseignement et les réparations de bateaux, Arnaud et Charlie ont un souci de rentabilité et font de la promotion. Gestion, savoir-faire, ils ont su mettre leurs connaissances à profit pour développer la base. Aujourd’hui, il faudrait quitter le navire après tant d’efforts ?

Charlie sort de la filière STAPS (éducation sportive) et Arnaud a un Deug de biologie en poche. Le nouveau contrat-jeune ne semble donc plus convenir aux diplômés. Il est réservé aux 16-22 ans, sans qualification ou peu qualifiés. Le problème n’a pour autant pas de solution. « Pour l’instant on réfléchit à notre avenir, paraît-il. Un sondage recensant le nombre de personnes dans cette position plutôt instable devrait arriver au ministère. » En attendant, l’ombre plane au-dessus d’Arnaud et de Charlie et de beaucoup d’autres. Le temps presse.

B.T.


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