| Les contrats des aides-éducateurs
dans les écoles et collèges embauchés voilà cinq ans ne devraient pas être
renouvelés. Le gouvernement a en effet annoncé voilà deux semaines la fin du dispositif
emplois-jeunes. Pourtant ces jeunes se sont petit à petit rendus indispensables, comme au
collège Alexandre-Dumas de Neuville-lès-Dieppe, où ils ont permis de créer de nouveaux
services pour les élèves. Leur disparition pourrait laisser un grand vide. Grâce
à eux, nous avons pu développer un certain nombre dactions qui nauraient pas
pu voir le jour autrement ». Même sil essaie de rester optimiste, Bernard
Brébion, le principal du collège Alexandre-Dumas de Neuville-lès-Dieppe, est inquiet,
face à la possible disparition des postes daides-éducateurs. « Le ministre a
annoncé quil y aurait des modifications. Il na pas dit disparition
»,
tente-t-il de se rassurer. En effet le ministre délégué à lEnseignement
scolaire, Xavier Darcos, a assuré voilà deux semaines que lEducation nationale
trouverait une solution pour intégrer en son sein les 20 000 aides-éducateurs qui le
souhaiteraient et dont le contrat emploi-jeune expire cette année.
Mais il est certain que si ces postes devaient être supprimés, le collège en
souffrirait. « Pour le moment, la seule chose dont nous sommes sûrs, cest que les
contrats dune durée de cinq ans des aides-éducateurs qui devaient arriver à leur
terme fin 2002 - début 2003, vont être prolongés jusquà la fin de lannée
scolaire », ajoute-t-il. Pour le reste, le principal qui soutient depuis le départ cette
opération qui « répond à des besoins non satisfaits dans les établissements et permet
de mettre le pied à létrier à des jeunes » espère « une réponse claire et
précise rapidement. »
Le collège emploie sur place quatre aides-éducateurs, qui ont apporté une
aide précieuse à létablissement. Ils proposent en effet de nombreux services aux
élèves. Une salle dinformatique avec 14 ordinateurs multimédias a été
aménagée. Elle est gérée par un des emplois-jeunes qui est devenu « gestionnaire de
lactivité technique ». En dautres termes, il accueille les classes et leurs
professeurs et leur apporte ses connaissances techniques. Il a également développé le
site internet, et il aide pendant les cours et les itinéraires de découverte.
Services supplémentaires
Les trois autres aides-éducateurs sont rattachés à la vie
scolaire : deux sont plus particulièrement spécialisés dans lanimation et le
dernier soccupe de laide aux devoirs. « Avec leur présence, nous avons pu
par exemple résoudre un de nos problèmes qui concernait les heures détudes. Les
élèves se retrouvaient tous dans une salle, et les punitions étaient nombreuses »,
explique Bernard Brébion. Désormais les collégiens ont le choix. Soit ils se rendent en
salle détude pour un travail individuel, soit dans une salle de travaux de groupe,
en présence dun surveillant, soit au CDI, soit en aide aux devoirs ou au club de
jeux de société, encadré par des aides-éducateurs. Et ça fonctionne.
« Si ces postes disparaissent, il y aura des services quon ne pourra plus
rendre aux élèves », souligne le principal. Un problème pour le collège mais
également pour les écoles primaires et maternelles. Bernard Brébion en est
dautant plus conscient que son collège est « établissement-support pour les
aides-éducateurs », il est lemployeur des 46 aides-éducateurs du secteur du
collège. « A Alexandre-Dumas nous avons beaucoup de personnel, ce serait difficile sans
eux mais on pourrait trouver des solutions, alors quen école maternelle et
primaire, personne ne pourrait les remplacer. Et les activités pourraient alors
disparaître purement et simplement.»
V.G.
« Les
collégiens en pâtiraient »
Frédéric Chaussis, 23 ans, est lun des quatre
aides-éducateurs du collège Alexandre-Dumas. Il soccupe entres-autres de
laide aux devoirs et du soutien scolaire. Embauché en mars dernier, il est
particulièrement motivé par son poste qui lui permet de suivre une formation avec le
Rectorat. « Jai une licence dhistoire et jai tenté avec le CNED le
concours de professeur des écoles. Puis jai trouvé cette place qui me permet en
même temps davoir des cours à lIUFM », explique-t-il.
En juin, il tentera donc de nouveau le concours. « Ce poste permet davoir
des contacts avec les élèves. Ça donne un bon aperçu du fonctionnement avec les
professeurs et de la pédagogie. Ça permet également davoir un autre aspect de
lécole quand on a toujours été du côté des élèves », explique-t-il.
Il trouve donc dommage quune telle initiative puisse sinterrompre.
« Dommage pour les aides-éducateurs mais aussi pour les élèves. Il y a une forte
demande de leur part, par exemple pour laide aux devoirs. Cela leur permet
davoir quelquun pour les épauler quand ils ont des difficultés. Si ces
postes disparaissaient cest eux qui en pâtiraient », conclut-il.
87 aides-éducateurs sur le
secteur de Dieppe
Actuellement ce sont quatre-vingt-sept emplois-jeunes de
lEducation nationale qui sont affectés au sein décoles du premier degré ou
détablissements de second degré de Dieppe et ses environs.
Pour 36 dentre-eux, le terme du contrat de travail comme aide-éducateur
coïncide avec la fin de lannée scolaire 2002-2003 puisquils peuvent
bénéficier dune prolongation de leur contrat jusquau 30 juin 2003.
Les fins de contrat des 51 restants séchelonnent de manière régulière
jusquau 31 mars 2002.
«
Une épée de Damoclès au-dessus de la tête »
Depuis juin, les directions départementales de
lemploi ne signent plus de nouvelles conventions. Les emplois-jeunes sont bel et
bien en voie dextinction. Mais que vont devenir les associations ? Un exemple parmi
tant dautres, le Cercle de la voile de Dieppe. Ici, la tension monte.
« Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête ». Arnaud et
Charlie, moniteurs au Cercle de la voile de Dieppe vivent de leur passion, mais
latmosphère devient de plus en plus pesante, jour après jour. Arrivé il y a trois
ans, en remplacement dun démissionnaire, Charlie Thirode a pris la suite du contrat
quil considère maintenant presque comme un cadeau empoisonné. En mars, il sera
amené à prendre la porte, à moins que
Un peu plus tard, ce sera au tour
dArnaud Biais dêtre dans la même situation. Le problème qui se pose pour
lassociation est de savoir comment créer des emplois. Les contrats emplois-jeunes
étaient aidés par lEtat, avec une subvention correspondant à 80 % du SMIC,
comment les garder ?
« On est pessimiste », affirment les deux jeunes, très inquiets, notamment à
la vue des chiffres. « La saison a été moyenne, comme partout. Aujourdhui, on
espère obtenir la labellisation Station Voile qui pourrait nous permettre
daugmenter notre chiffre daffaire de 30 %. Pour linstant les comptes ne
laissent pas espérer dembauches définitives », expliquent-ils. La tension est à
son comble. « On travaille largement plus de 35 heures, on cherche à développer la
structure. On a mis de lespoir dans cette association. La sanction est difficile à
accepter », se plaignent-ils.
« Ambiance malsaine »
Aujourdhui, ils tentent de passer des diplômes sur
leur temps libre en vue dun autre emploi éventuel et déplorent la situation
malsaine qui règne dans la structure. « On sait pertinemment quun seul
dentre nous restera, sil y en a un ! Lambiance en pâtit », regrette
Arnaud.
De plus, lexistence même de lactivité est remise en question.
Jean-Pierre Raffarin, à lheure où il présentait son nouveau contrat jeune,
na pas hésité. Il a gelé le dispositif emploi-jeune, symbole de la précédente
législature. « Emploi jetable ! », évoque violemment Charlie.
Au sein de lécole, outre lenseignement et les réparations de
bateaux, Arnaud et Charlie ont un souci de rentabilité et font de la promotion. Gestion,
savoir-faire, ils ont su mettre leurs connaissances à profit pour développer la base.
Aujourdhui, il faudrait quitter le navire après tant defforts ?
Charlie sort de la filière STAPS (éducation sportive) et Arnaud a un Deug de
biologie en poche. Le nouveau contrat-jeune ne semble donc plus convenir aux diplômés.
Il est réservé aux 16-22 ans, sans qualification ou peu qualifiés. Le problème
na pour autant pas de solution. « Pour linstant on réfléchit à notre
avenir, paraît-il. Un sondage recensant le nombre de personnes dans cette position
plutôt instable devrait arriver au ministère. » En attendant, lombre plane
au-dessus dArnaud et de Charlie et de beaucoup dautres. Le temps presse.
B.T. |