Journal du 17 décembre 2002

Une première mondiale
Des capteurs pour écouter la falaise

Depuis un an, le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) travaille à Mesnil-Val, près de Criel, sur un programme européen de prévision des effondrements de falaises. Il met actuellement au point un système similaire à celui utilisé en sismologie basé sur l’utilisation de micros insérés dans la falaise.

Ecouter les craquements de la falaise pour en prévoir les effondrements et donner l’alerte à la population. C’est la méthode que sont actuellement en train de mettre au point des ingénieurs du BRGM, le Bureau de recherches géologiques et minières basé à Orléans. Leur site d’observation et d’expérience depuis un an : la falaise de Mesnil-Val, près de Criel.

« En décembre dernier, nous avons installé dans la falaise du matériel de surveillance pour essayer de mettre sur pied une méthode d’alerte à court-terme basée sur «l’écoute micro-sismique». Pour cela des micros ont été posés dans la roche. Ainsi que des capteurs plus classiques pour mesurer la déformation de la falaise. Ces capteurs de mouvement sont installés là où la falaise bouge. Ainsi que des capteurs de teneur en eau, car c’est l’un des facteurs sensibles », explique Jean-Christophe Gourry, ingénieur géo-physicien, responsable du projet Protect pour la France et d’un programme de recherche sur la stabilité des falaises.

« Nous tentons donc de faire un transfert technologique en utilisant un procédé déjà utilisé en sismologie. Seulement pour les falaises, nous n’utilisons pas les mêmes gammes de fréquence », ajoute-t-il. En d’autres termes, les craquements de la falaise sont enregistrés (des ordinateurs ont été installés dans une maison à proximité) et analysés dans les laboratoires du BRGM et à Nancy dans ceux de l’INERIS (l’Institut national de l’environnement industriel et des risques).

Une première mondiale

Cette technique, une fois opérationnelle, « serait, semble-t-il selon nos recherches, une première mondiale », souligne avec satisfaction Jean-Christophe Gourry. La première partie du programme de recherche s’achèvera dans un an et demi. « La suite du projet consistera à la mise au point du système d’alerte », explique-t-il. Une alerte à définir avec les collectivités, via une sirène, ou directement en mairie. Les possibilités seront multiples.

Et les premiers résultats obtenus sont satisfaisants. Le 23 juin dernier, 1000 m3 de roche se sont détachés de la falaise. « Si notre système avait été opérationnel nous aurions pu donner l’alerte, car nous avons entendu les craquements et les signes précurseurs quinze heures avant l’effondrement », raconte l’ingénieur.

Une fois mis au point, le système pourra avoir des applications en France, sur les différents types de falaises (continentales...) mais aussi au niveau européen, comme en Angleterre, au Danemark ou en Italie.

V.G.

Une réunion publique fin janvier
Informer les habitants inquiets

Expliquer leur démarche et leur étude pour rassurer les riverains. Tel sera l’objet de la réunion publique qu’organisera le BRGM, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières, le 28 janvier prochain à 20h30, salle du conseil municipal de Criel. « Nous aurions pu programmer cette réunion voilà un an, mais nous ne savions pas ce que donneraient nos recherches », explique Jean-Christophe Gourry, ingénieur géo-physicien.

Une rencontre avec la population qui s’avère de plus en plus utile, face à l’inquiétude des riverains. « A chaque fois que nous venons, dès qu’ils aperçoivent nos véhicules immatriculés 45, ils viennent nous poser des questions. Ils nous questionnent pour savoir si nous sommes à l’origine de l’effondrement de juin dernier. Ils ont peur qu’on déstabilise la falaise. On ne veut pas laisser planer le doute et s’amplifier la rumeur. Nous n’avons rien à cacher, nous travaillons pour eux ».

Il faut dire que les capteurs servant aux études du bureau de recherches ont été installés dans la falaise par une équipe spécialisée en travaux périlleux. Ce qui a pu les inquiéter, celle-ci ayant procédé à des forages horizontaux, « qui ont causé des vibrations, bien sûr. Cela a peut-être accéléré le phénomène de juin mais n’en est pas à l’origine », souligne-t-il.

Pour leur expliquer le travail en cours, « nous avons fait réaliser un petit film, que nous avons déjà projeté devant la ministre en octobre dernier à Paris lors de la Fête de la science. Il montre les objectifs, les premiers résultats, explique les mécanismes... »

Autre message que le BRGM souhaite faire passer : le recul des falaises n’est pas aussi rapide qu’il y paraît. « Cela va beaucoup plus lentement que ce qu’on pense. Grâce à une étude réalisée par les services de IGN et des photos aériennes prises sur Criel depuis 1947, on évalue à environ 40 cm le recul des falaises par an. C’est à la fois énorme et peu, car ça représente 40 mètres en un siècle. Sans oublier qu’il s’agit d’un phénomène ponctuel », note-t-il.

V.G.


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