| Depuis un an, le BRGM (Bureau de
recherches géologiques et minières) travaille à Mesnil-Val, près de Criel, sur un
programme européen de prévision des effondrements de falaises. Il met actuellement au
point un système similaire à celui utilisé en sismologie basé sur lutilisation
de micros insérés dans la falaise. Ecouter les craquements de
la falaise pour en prévoir les effondrements et donner lalerte à la population.
Cest la méthode que sont actuellement en train de mettre au point des ingénieurs
du BRGM, le Bureau de recherches géologiques et minières basé à Orléans. Leur site
dobservation et dexpérience depuis un an : la falaise de Mesnil-Val, près de
Criel.
« En décembre dernier, nous avons installé dans la falaise du matériel de
surveillance pour essayer de mettre sur pied une méthode dalerte à court-terme
basée sur «lécoute micro-sismique». Pour cela des micros ont été posés dans
la roche. Ainsi que des capteurs plus classiques pour mesurer la déformation de la
falaise. Ces capteurs de mouvement sont installés là où la falaise bouge. Ainsi que des
capteurs de teneur en eau, car cest lun des facteurs sensibles », explique
Jean-Christophe Gourry, ingénieur géo-physicien, responsable du projet Protect pour la
France et dun programme de recherche sur la stabilité des falaises.
« Nous tentons donc de faire un transfert technologique en utilisant un
procédé déjà utilisé en sismologie. Seulement pour les falaises, nous
nutilisons pas les mêmes gammes de fréquence », ajoute-t-il. En dautres
termes, les craquements de la falaise sont enregistrés (des ordinateurs ont été
installés dans une maison à proximité) et analysés dans les laboratoires du BRGM et à
Nancy dans ceux de lINERIS (lInstitut national de lenvironnement
industriel et des risques).
Une première mondiale
Cette technique, une fois opérationnelle, « serait,
semble-t-il selon nos recherches, une première mondiale », souligne avec satisfaction
Jean-Christophe Gourry. La première partie du programme de recherche sachèvera
dans un an et demi. « La suite du projet consistera à la mise au point du système
dalerte », explique-t-il. Une alerte à définir avec les collectivités, via une
sirène, ou directement en mairie. Les possibilités seront multiples.
Et les premiers résultats obtenus sont satisfaisants. Le 23 juin dernier, 1000
m3 de roche se sont détachés de la falaise. « Si notre système avait été
opérationnel nous aurions pu donner lalerte, car nous avons entendu les craquements
et les signes précurseurs quinze heures avant leffondrement », raconte
lingénieur.
Une fois mis au point, le système pourra avoir des applications en France, sur
les différents types de falaises (continentales...) mais aussi au niveau européen, comme
en Angleterre, au Danemark ou en Italie.
V.G.
Une réunion publique fin janvier
Informer les habitants inquiets
Expliquer leur démarche et leur étude pour rassurer les
riverains. Tel sera lobjet de la réunion publique quorganisera le BRGM, le
Bureau de Recherches Géologiques et Minières, le 28 janvier prochain à 20h30, salle du
conseil municipal de Criel. « Nous aurions pu programmer cette réunion voilà un an,
mais nous ne savions pas ce que donneraient nos recherches », explique Jean-Christophe
Gourry, ingénieur géo-physicien.
Une rencontre avec la population qui savère de plus en plus utile, face
à linquiétude des riverains. « A chaque fois que nous venons, dès quils
aperçoivent nos véhicules immatriculés 45, ils viennent nous poser des questions. Ils
nous questionnent pour savoir si nous sommes à lorigine de leffondrement de
juin dernier. Ils ont peur quon déstabilise la falaise. On ne veut pas laisser
planer le doute et samplifier la rumeur. Nous navons rien à cacher, nous
travaillons pour eux ».
Il faut dire que les capteurs servant aux études du bureau de recherches ont
été installés dans la falaise par une équipe spécialisée en travaux périlleux. Ce
qui a pu les inquiéter, celle-ci ayant procédé à des forages horizontaux, « qui ont
causé des vibrations, bien sûr. Cela a peut-être accéléré le phénomène de juin
mais nen est pas à lorigine », souligne-t-il.
Pour leur expliquer le travail en cours, « nous avons fait réaliser un petit
film, que nous avons déjà projeté devant la ministre en octobre dernier à Paris lors
de la Fête de la science. Il montre les objectifs, les premiers résultats, explique les
mécanismes... »
Autre message que le BRGM souhaite faire passer : le recul des falaises
nest pas aussi rapide quil y paraît. « Cela va beaucoup plus lentement que
ce quon pense. Grâce à une étude réalisée par les services de IGN et des photos
aériennes prises sur Criel depuis 1947, on évalue à environ 40 cm le recul des falaises
par an. Cest à la fois énorme et peu, car ça représente 40 mètres en un
siècle. Sans oublier quil sagit dun phénomène ponctuel », note-t-il.
V.G. |