Journal du 22 octobre 2002

Edouard Leveau assume sa démission
et se projette vers l'avenir

"Il fallait un électrochoc !"

Edouard Leveau a mis un sacré coup de pied dans la fourmilière en présentant sa démission du poste de maire. Il explique ici les raisons de sa décision et dénonce toute idée de chasse aux sorcières au sein de son équipe. Après un week-end qui a visiblement apaisé les esprits au sein de la majorité municipale, Edouard Leveau est apparu serein lorsque nous l'avons rencontré hier en fin de matinée. Le maire de Dieppe évoque sans détour tous les sujets brûlants du moment. Il ne doute pas que le programme pour lequel son équipe a été élue voici 18 mois sera mis en œuvre. Interview.

- Les Informations dieppoises : Monsieur Leveau, vous avez démissionné de votre mandat de maire 18 mois seulement après votre élection. Qu'est-ce qui vous a amené à prendre une décision aussi importante ?

- Edouard Leveau : Tout est parti d'un bureau municipal qui s'est déroulé lundi dernier. Les discussions se sont envenimées alors que nous discutions de l'organigramme des services de la Ville de Dieppe. Cet organigramme est devenu un dossier politique et deux groupes se sont opposés. (D'un ton ferme) Autant je suis favorable au dialogue autant je ne pouvais pas accepter qu'une personne se lève pour tout démolir. Donc, lorsque des élus ont réclamé des têtes (Ndlr : il s'agissait de celles du directeur général des services, du directeur du cabinet du maire et du directeur de la communication), ce fut l'étincelle de trop. J'en ai déduit que ma gestion ne plaisait plus et que je devais me retirer.

« Nous ne pouvions pas continuer ainsi… »

- La défaite de votre épouse aux élections cantonales et la candidature dissidente de votre adjoint Patrick Hoornaert ont-ils influencé ou accéléré votre décision ?

- Non, pas du tout. Ce n'est jamais un plaisir d'être battu sur une élection. Indirectement, je considère d'ailleurs avoir été battu. Si j'ai proposé mon épouse à la candidature, c'est parce que je pensais qu'elle était la plus apte à faire le lien social entre la politique du conseil général et les besoins de la population compte-tenu de son engagement associatif. Sans oublier qu'elle connaît bien les dossiers. Concernant la candidature de M. Hoornaert, ce ne fut pas une surprise puisqu'il m'en avait parlé. Par contre, c'est vrai que je n'ai pas accepté le fait que certains conseillers municipaux de notre majorité ont fait campagne contre mon épouse. Ce n'était pas fait au grand jour mais de manière sous-jacente.

- Regrettez-vous que votre épouse ait été candidate sur ces cantonales ?

- Moi, je ne le regrette pas. En revanche, elle le regrette pour moi.

- Plutôt que de démissionner, n'aviez-vous pas d'autres moyens pour recadrer les choses en interne, sans mettre les désaccords existants sur la place publique ?

- Malheureusement, je pense qu'il n'y avait pas d'autre solution et je ne regrette donc pas d'avoir démissionné. Certains membres de l'équipe municipale ne travaillaient pas dans le sens demandé. Nous ne pouvions pas continuer ainsi au regard de la confiance que nous ont accordée les Dieppois en mars 2001. Il fallait donc un électrochoc et j'ai mis ma menace à exécution au surlendemain du bureau municipal de lundi dernier. Je me suis laissé du temps et ma démission était mûrement réfléchie. Dans mon esprit, c'était fini. (Visiblement ému) Depuis, les choses ont évolué : j'ai reçu de nombreuses lettres de soutien et les Dieppois m'ont dit de vive voix de ne pas les quitter, notamment dimanche lors du banquet des anciens où j'ai reçu des signes forts d'encouragement. Il y a aussi des élus qui n'appartiennent pas à l'UMP qui me demandent de rester.

Françoise Billiez et Patrick Hoornaert
ont réalisé du bon travail »

- Qu'allez-vous faire désormais ?

- C'est assez simple en fait : le premier adjoint Pierre Hamel convoquera une nouvelle élection au sein du conseil municipal et nous verrons bien ce qui va se passer. A priori, les Dieppois n'auront pas à aller voter. Personnellement, je me représenterai au poste de maire seulement si une majorité des élus dans nos rangs me le demandent. J'ai besoin de sentir cette unité dans l'équipe pour continuer. Quoi qu'il arrive, il ne doit plus y avoir de freins à la mise en œuvre de notre programme.

- Justement, vous avez été élu avec votre équipe sur un programme de rupture après trente années de gestion de la ville par le Parti communiste. Considérez-vous que vous avez pu mettre en place ce programme ?

- Malgré les ennuis techniques et financiers rencontrés, nous avons commencé à mettre en place notre programme. Nous avons traité les priorités mais il reste évidemment beaucoup à faire. Pour avancer, il faut une équipe soudée et non pas des élus qui émettent des voix divergentes, lesquelles vont parfois jusqu'à remettre en cause des dossiers qui ont été votés en conseil municipal ! Mon exigence pour que nous réussissions, c'est l'unité de l'équipe.

- Aviez-vous mesuré le terrible impact qu'aurait votre démission sur les membres de la majorité municipale et la population dieppoise ?

- Je m'attendais effectivement à de vives réactions au sein de la majorité municipale. C'était d'ailleurs le but recherché. En revanche, je ne pensais pas que la population dieppoise serait autant à mes côtés qu'elle l'est depuis quelques jours. Les témoignages de sympathie affluent et cela me touche profondément.

- Que répondez-vous à ceux qui parlent de chasse aux sorcières menée au sein même de la majorité municipale ? Que reprochez-vous par exemple aux adjoints qui semblent mis en cause, qu'il s'agisse de Françoise Billiez ou de Patrick Hoornaert ?

- Comme quelques autres, les deux adjoints que vous citez ont eu tort de croire qu'ils étaient mis en cause. Je vais vous faire une confidence : je considère que Françoise Billiez et Patrick Hoornaert ont réalisé du bon travail et ils n'ont pas à se sentir visés. Si je venais à être réélu maire, Mme Billiez sera toujours maire déléguée de Neuville et M. Hoornaert restera adjoint. Il n'existe pas de liste noire. Je n'ai jamais pratiqué la chasse aux sorcières, pas même au sein du personnel municipal. La couleur politique des employés de la Ville de Dieppe ne m'intéresse pas. Je cherche à améliorer les conditions de travail du personnel mais je veille à ce que chacun réalise le travail qu'on lui demande de faire.

« Notre programme sera respecté »

- La plupart des adjoints entrés en dissidence souhaitent continuer à travailler à vos côtés. En revanche, ils veulent que vous soyez le seul chef. Qu'en pensez-vous ?

- Chacun doit d'abord penser aux Dieppois en privilégiant l'intérêt général sur l'intérêt personnel. (Il réfléchit) Je suis le seul chef comme vous dites mais nous devons travailler tous ensemble. J'ai d'ailleurs réaffirmé ma confiance et mon soutien au directeur général des services, aux membres de mon cabinet et au directeur de la communication. Nous n'avancerons pas sur les dossiers sans cette unité de l'équipe municipale et des services qui gravitent autour.

- Pensez-vous tenir le programme sur lequel vous avez été élu en mars 2001 ?

- Même si la Ville de Dieppe rencontre des problèmes financiers qui retardent quelque peu les dossiers, tous les élus étaient d'accord pour mettre en œuvre le programme sur lequel nous avons été élus. Nous avons ajouté une seule chose à ce programme, c'est l'arrivée des navires de Côte d'Ivoire et du Maroc qui ont choisi Dieppe comme port. Nous aurions pu opter pour la solution financière en vendant les terrains mais nous avons privilégié l'emploi. Notre programme sera respecté et cela a commencé avec la baisse des impôts, la mise aux normes de l'usine d'incinération et la consolidation de la falaise de Neuville sans laquelle la chapelle de Bonsecours était promise à rejoindre le chenal.

« Nous avons des dizaines d’années de retard »

- Où en êtes-vous avec le grand stade et la station balnéaire ?

- La municipalité précédente avait évoqué ces dossiers comme s'ils étaient bouclés mais il n'en était rien en fait. Il n'y avait pas le moindre avant-projet et les études de faisabilité n'avaient pas été menées. Le grand stade va se faire. Il y a un mois, j'ai dîné avec le PDG de Renault, Louis Schweitzer, et il est toujours intéressé par les terrains de l'actuel stade Maurice-Thoumyre. Derrière le grand stade, il y a la question de l'emploi qui me tient particulièrement à cœur. Concernant la station balnéaire, tout reste à faire mais c'est encore une question de gros sous. Nous pourrions par exemple supprimer la piscine de la Maison des Sports au profit d'une autre piscine sur la station balnéaire. La DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales) souhaite obtenir un calendrier des travaux à mener sur les trois piscines dieppoises. Ces travaux sont réclamés depuis 12 ans mais rien n'a été fait par la municipalité précédente. Aujourd'hui, ces piscines sont tout simplement menacées de fermeture et nous devons gérer cette situation en commençant par l'urgence, c'est à dire la piscine de Neuville. Tout est comme cela à Dieppe. Nous avons des dizaines d'années de retard.

- Comprenez-vous l'impatience des Dieppois ?

- Bien évidemment que je la comprends. Ils voudraient voir de nombreuses choses arriver mais nous ne pouvons pas tout faire en même temps. Malgré tout, je suis résolument confiant en l'avenir : chaque membre de la majorité municipale va tirer dans le même sens et notre programme sera appliqué à la lettre.

Interview
Christophe Quesne

Dernière minute

La lettre de démission d’Edouard Leveau est arrivée en Préfecture lundi matin. Le préfet de Seine-Maritime a maintenant un mois pour se prononcer.


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