| Edouard Leveau a mis un sacré coup de
pied dans la fourmilière en présentant sa démission du poste de maire. Il explique ici
les raisons de sa décision et dénonce toute idée de chasse aux sorcières au sein de
son équipe. Après un week-end qui a visiblement apaisé les esprits au sein de la
majorité municipale, Edouard Leveau est apparu serein lorsque nous l'avons rencontré
hier en fin de matinée. Le maire de Dieppe évoque sans détour tous les sujets brûlants
du moment. Il ne doute pas que le programme pour lequel son équipe a été élue voici 18
mois sera mis en uvre. Interview. - Les
Informations dieppoises : Monsieur Leveau, vous avez démissionné de votre mandat de
maire 18 mois seulement après votre élection. Qu'est-ce qui vous a amené à prendre une
décision aussi importante ?
- Edouard Leveau : Tout est parti d'un bureau municipal qui s'est déroulé
lundi dernier. Les discussions se sont envenimées alors que nous discutions de
l'organigramme des services de la Ville de Dieppe. Cet organigramme est devenu un dossier
politique et deux groupes se sont opposés. (D'un ton ferme) Autant je suis favorable au
dialogue autant je ne pouvais pas accepter qu'une personne se lève pour tout démolir.
Donc, lorsque des élus ont réclamé des têtes (Ndlr : il s'agissait de celles du
directeur général des services, du directeur du cabinet du maire et du directeur de la
communication), ce fut l'étincelle de trop. J'en ai déduit que ma gestion ne plaisait
plus et que je devais me retirer.
« Nous ne pouvions pas
continuer ainsi
»
- La défaite de votre épouse aux élections
cantonales et la candidature dissidente de votre adjoint Patrick Hoornaert ont-ils
influencé ou accéléré votre décision ?
- Non, pas du tout. Ce n'est jamais un plaisir d'être battu sur une élection.
Indirectement, je considère d'ailleurs avoir été battu. Si j'ai proposé mon épouse à
la candidature, c'est parce que je pensais qu'elle était la plus apte à faire le lien
social entre la politique du conseil général et les besoins de la population compte-tenu
de son engagement associatif. Sans oublier qu'elle connaît bien les dossiers. Concernant
la candidature de M. Hoornaert, ce ne fut pas une surprise puisqu'il m'en avait parlé.
Par contre, c'est vrai que je n'ai pas accepté le fait que certains conseillers
municipaux de notre majorité ont fait campagne contre mon épouse. Ce n'était pas fait
au grand jour mais de manière sous-jacente.
- Regrettez-vous que votre épouse ait été candidate sur ces
cantonales ?
- Moi, je ne le regrette pas. En revanche, elle le regrette pour moi.
- Plutôt que de démissionner, n'aviez-vous pas d'autres moyens pour
recadrer les choses en interne, sans mettre les désaccords existants sur la place
publique ?
- Malheureusement, je pense qu'il n'y avait pas d'autre solution et je ne
regrette donc pas d'avoir démissionné. Certains membres de l'équipe municipale ne
travaillaient pas dans le sens demandé. Nous ne pouvions pas continuer ainsi au regard de
la confiance que nous ont accordée les Dieppois en mars 2001. Il fallait donc un
électrochoc et j'ai mis ma menace à exécution au surlendemain du bureau municipal de
lundi dernier. Je me suis laissé du temps et ma démission était mûrement réfléchie.
Dans mon esprit, c'était fini. (Visiblement ému) Depuis, les choses ont évolué : j'ai
reçu de nombreuses lettres de soutien et les Dieppois m'ont dit de vive voix de ne pas
les quitter, notamment dimanche lors du banquet des anciens où j'ai reçu des signes
forts d'encouragement. Il y a aussi des élus qui n'appartiennent pas à l'UMP qui me
demandent de rester.
Françoise Billiez et Patrick
Hoornaert
ont réalisé du bon travail »
- Qu'allez-vous faire désormais ?
- C'est assez simple en fait : le premier adjoint Pierre Hamel convoquera une
nouvelle élection au sein du conseil municipal et nous verrons bien ce qui va se passer.
A priori, les Dieppois n'auront pas à aller voter. Personnellement, je me représenterai
au poste de maire seulement si une majorité des élus dans nos rangs me le demandent.
J'ai besoin de sentir cette unité dans l'équipe pour continuer. Quoi qu'il arrive, il ne
doit plus y avoir de freins à la mise en uvre de notre programme.
- Justement, vous avez été élu avec votre équipe sur un programme de
rupture après trente années de gestion de la ville par le Parti communiste.
Considérez-vous que vous avez pu mettre en place ce programme ?
- Malgré les ennuis techniques et financiers rencontrés, nous avons commencé
à mettre en place notre programme. Nous avons traité les priorités mais il reste
évidemment beaucoup à faire. Pour avancer, il faut une équipe soudée et non pas des
élus qui émettent des voix divergentes, lesquelles vont parfois jusqu'à remettre en
cause des dossiers qui ont été votés en conseil municipal ! Mon exigence pour que nous
réussissions, c'est l'unité de l'équipe.
- Aviez-vous mesuré le terrible impact qu'aurait votre démission sur
les membres de la majorité municipale et la population dieppoise ?
- Je m'attendais effectivement à de vives réactions au sein de la majorité
municipale. C'était d'ailleurs le but recherché. En revanche, je ne pensais pas que la
population dieppoise serait autant à mes côtés qu'elle l'est depuis quelques jours. Les
témoignages de sympathie affluent et cela me touche profondément.
- Que répondez-vous à ceux qui parlent de chasse aux sorcières menée
au sein même de la majorité municipale ? Que reprochez-vous par exemple aux adjoints qui
semblent mis en cause, qu'il s'agisse de Françoise Billiez ou de Patrick Hoornaert ?
- Comme quelques autres, les deux adjoints que vous citez ont eu tort de croire
qu'ils étaient mis en cause. Je vais vous faire une confidence : je considère que
Françoise Billiez et Patrick Hoornaert ont réalisé du bon travail et ils n'ont pas à
se sentir visés. Si je venais à être réélu maire, Mme Billiez sera toujours maire
déléguée de Neuville et M. Hoornaert restera adjoint. Il n'existe pas de liste noire.
Je n'ai jamais pratiqué la chasse aux sorcières, pas même au sein du personnel
municipal. La couleur politique des employés de la Ville de Dieppe ne m'intéresse pas.
Je cherche à améliorer les conditions de travail du personnel mais je veille à ce que
chacun réalise le travail qu'on lui demande de faire.
« Notre programme sera
respecté »
- La plupart des adjoints entrés en dissidence
souhaitent continuer à travailler à vos côtés. En revanche, ils veulent que vous soyez
le seul chef. Qu'en pensez-vous ?
- Chacun doit d'abord penser aux Dieppois en privilégiant l'intérêt général
sur l'intérêt personnel. (Il réfléchit) Je suis le seul chef comme vous dites mais
nous devons travailler tous ensemble. J'ai d'ailleurs réaffirmé ma confiance et mon
soutien au directeur général des services, aux membres de mon cabinet et au directeur de
la communication. Nous n'avancerons pas sur les dossiers sans cette unité de l'équipe
municipale et des services qui gravitent autour.
- Pensez-vous tenir le programme sur lequel vous avez été élu en mars
2001 ?
- Même si la Ville de Dieppe rencontre des problèmes financiers qui retardent
quelque peu les dossiers, tous les élus étaient d'accord pour mettre en uvre le
programme sur lequel nous avons été élus. Nous avons ajouté une seule chose à ce
programme, c'est l'arrivée des navires de Côte d'Ivoire et du Maroc qui ont choisi
Dieppe comme port. Nous aurions pu opter pour la solution financière en vendant les
terrains mais nous avons privilégié l'emploi. Notre programme sera respecté et cela a
commencé avec la baisse des impôts, la mise aux normes de l'usine d'incinération et la
consolidation de la falaise de Neuville sans laquelle la chapelle de Bonsecours était
promise à rejoindre le chenal.
« Nous avons des dizaines
dannées de retard »
- Où en êtes-vous avec le grand stade et la
station balnéaire ?
- La municipalité précédente avait évoqué ces dossiers comme s'ils étaient
bouclés mais il n'en était rien en fait. Il n'y avait pas le moindre avant-projet et les
études de faisabilité n'avaient pas été menées. Le grand stade va se faire. Il y a un
mois, j'ai dîné avec le PDG de Renault, Louis Schweitzer, et il est toujours intéressé
par les terrains de l'actuel stade Maurice-Thoumyre. Derrière le grand stade, il y a la
question de l'emploi qui me tient particulièrement à cur. Concernant la station
balnéaire, tout reste à faire mais c'est encore une question de gros sous. Nous
pourrions par exemple supprimer la piscine de la Maison des Sports au profit d'une autre
piscine sur la station balnéaire. La DDASS (Direction Départementale des Affaires
Sanitaires et Sociales) souhaite obtenir un calendrier des travaux à mener sur les trois
piscines dieppoises. Ces travaux sont réclamés depuis 12 ans mais rien n'a été fait
par la municipalité précédente. Aujourd'hui, ces piscines sont tout simplement
menacées de fermeture et nous devons gérer cette situation en commençant par l'urgence,
c'est à dire la piscine de Neuville. Tout est comme cela à Dieppe. Nous avons des
dizaines d'années de retard.
- Comprenez-vous l'impatience des Dieppois ?
- Bien évidemment que je la comprends. Ils voudraient voir de nombreuses choses
arriver mais nous ne pouvons pas tout faire en même temps. Malgré tout, je suis
résolument confiant en l'avenir : chaque membre de la majorité municipale va tirer dans
le même sens et notre programme sera appliqué à la lettre.
Interview
Christophe Quesne
Dernière minute
La lettre de démission dEdouard Leveau est
arrivée en Préfecture lundi matin. Le préfet de Seine-Maritime a maintenant un mois
pour se prononcer. |