Journal du 2 avril 2002

Précisions sur l'acquisition d'armes
Pas si simple...

Après la tuerie qui a fait huit morts à Nanterre, beaucoup de questions se posent sur les moyens d’obtenir une arme. Un armurier et le commissaire Poirot s’expliquent sur ce « parcours du combattant » qu’est celui de l’acquisition d’une arme à feu.

Un flingue, un gun, un pétard, une pétoire, un calibre, autant de termes choisis pour ces machines qui sèment la mort un peu partout dans le monde.

En France, nous sommes pourtant bien loin des grandes villes américaines où près d’un citoyen sur trois est armé. Dans l’hexagone, acquérir une arme à feu n’est pas une mince affaire. Cependant, on peut tout de même se poser des questions quant à la tuerie de Nanterre qui a été perpétrée par un homme ne possédant pas moins de deux « Glock 17 », et un « 357 Magnum Smith & Wesson », deux armes de quatrième catégorie, particulièrement difficiles à se procurer.

A Dieppe, Pierre Fihue, armurier, explique ce « parcours du combattant » qu’il faut effectuer pour être autorisé à posséder une arme à feu.

« Quelles que soient les armes, il y a déjà une condition à laquelle personne ne peut déroger, c’est d’avoir au moins 18 ans. Même pour un pistolet d’alarme, nous ne vendons pas sans avoir de renseignements sur l’identité de l’acheteur.

Chaque vente est répertoriée dans un cahier que nous faisons viser régulièrement par les services de police. Et ça, ce n’est que pour posséder une arme d’alarme qui ne tire que des munitions à blanc où à gaz. Il n’y a donc aucun projectile expulsé par le canon de l’arme.

Là où ça se complique, c’est véritablement lorsqu’on veut acheter une arme de quatrième catégorie.

Ça ne se fait pas tout seul. Il ne suffit pas de débarquer chez un armurier et de sortir le chéquier. C’est beaucoup plus complexe que cela. Pour prétendre posséder une arme, il faut avant tout posséder une licence de tir sportif depuis au moins six mois.

Pendant cette période, le tireur est évalué par les instructeurs de tir qui lui apprennent à tirer avec des armes de petit calibre, le plus souvent, c’est de l’air comprimé. Mais ce sont des armes de pointe, de véritables « Rolls » du tir.

Si le tireur présente de bonnes dispositions, le club auquel il est affilié lui prête alors une arme pour qu’il tire au gros calibre. Mais de toute façon, il n’acquiert pas une arme personnelle tant que la Fédération française de tir n’a pas donné un avis favorable », explique Pierre Fihue.

Tirs contrôlés

Bien entendu, il serait trop facile de s’inscrire dans un club de tir, de patienter six mois, et au bout du compte, de posséder une arme sans le moindre problème. D’autant que les difficultés administratives ne s’arrêtent pas là.

Lorsqu’un acheteur se rend chez l’armurier pour obtenir une arme, il lui faut remplir un formulaire délivré par la préfecture. Formulaire qui est ensuite remis complété aux services compétents par l’armurier lui-même.

Là encore, pas question de négliger le moindre détail. Lorsque la préfecture est en possession du dossier, une enquête de voisinage est alors effectuée par les services de police.

« Lorsque nous devons faire une enquête pour une acquisition d’armes à feu, nous nous renseignons d’abord auprès du voisinage. Nous essayons de trouver les antécédents de l’acheteur, d’en savoir plus sur sa réputation. Bien évidemment, même si nous ne sommes pas censés être dans le secret médical, nous savons si la personne a des antécédents psychiatriques puisque la plupart du temps, nous avons traité l’affaire en amont.

De toute façon, nous rencontrons l’acheteur potentiel et nous jaugeons son comportement. De plus, nous avons accès aux renseignements qui ne figurent pas forcément au casier judiciaire. Par exemple, si l’individu est violent ou s’il a été pris en état d’ivresse manifeste sur la voie publique.

Nous tenons également compte de l’avis de la Fédération française de tir qui est très important.

Ensuite, nous remettons notre rapport au Préfet qui donne ou pas l’accord final », explique le commissaire Poirot, responsable du commissariat de Dieppe.

Une fois toutes ces étapes passées et l’acheteur en possession de son arme, le suivi ne s’arrête pas là. En effet, il doit régulièrement faire l’objet de « tirs contrôlés » obligatoires qui sont répertoriés sur un carnet de tir. Si au cours de l’année, le tireur ne satisfait pas à ces obligations, le responsable du club de tir doit en rendre compte à la préfecture qui ordonne le retrait de l’arme et sa destruction.

« Permis de transport »

Lui-même tireur sportif depuis plusieurs années, Pierre Fihue explique qu’il n’existe pas véritablement de « permis de port d’arme » proprement dit.

« La licence de tir sportif peut être assimilée à un permis de transport d’arme.

Mais attention, il ne faut pas faire n’importe quoi. On ne peut transporter l’arme que si c’est pour se rendre au stand de tir et en plus, l’arme doit être équipée d’un verrou de sécurité ou à défaut, être démontée.

Par ailleurs, les munitions ne doivent théoriquement pas se trouver proches de l’arme pendant le transport.

Il ne faut pas confondre. Le fait d’avoir une licence de tir n’autorise pas à se balader en ville avec une arme à la ceinture », ajoute Pierre Fihue.

Marché parallèle

Alors si c’est aussi difficile qu’on le prétend pour acheter une arme, comment procèdent les braqueurs et autres voyous pour s’en procurer.

« Le marché parallèle existe, il ne faut pas se voiler la face. Les voyous ne viennent pas s’armer chez nous, il ne faut pas rêver.

Le problème, mais là ça n’engage que moi, c’est que la réglementation française est faite de façon à ce que beaucoup d’armes soient hors la loi. Et forcément, le marché parallèle s’accentue d’autant », souligne l’armurier.

Côté police, le commissaire Poirot ne nie pas l’existence d’un marché parallèle. Cependant, pour la région dieppoise, il se veut rassurant: « Il y a forcément des armes qui circulent mais depuis la mise en application de la nouvelle loi qui autorise les fonctionnaires de police à ouvrir les coffres de véhicules, nous avons eu l’occasion de mener des opérations ponctuelles en matière de trafic d’armes et de stupéfiant et rien n’a encore été constaté.

De plus, cette nouvelle loi a ses limites puisqu’elle ne peut être appliquée que sur réquisition du procureur de la République. Peut-être que cela évoluera comme pour les tests d’alcoolémie qui peuvent désormais être pratiqués à n’importe quel moment », précise le commissaire.

En tout cas, marché parallèle ou pas, Richard Durn était en possession de trois armes et visiblement, elles auraient dû lui être retirées depuis longtemps puisque sa licence de tir n’avait pas été renouvelée.

Visiblement, il y a eu un malaise de ce côté mais maintenant, ça ne changera pas grand-chose…

Eric Bonté


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Archives 2002  Recherche   Accueil