| Après la tuerie qui a fait huit morts
à Nanterre, beaucoup de questions se posent sur les moyens dobtenir une arme. Un
armurier et le commissaire Poirot sexpliquent sur ce « parcours du combattant »
quest celui de lacquisition dune arme à feu. Un
flingue, un gun, un pétard, une pétoire, un calibre, autant de termes choisis pour ces
machines qui sèment la mort un peu partout dans le monde.
En France, nous sommes pourtant bien loin des grandes villes américaines où
près dun citoyen sur trois est armé. Dans lhexagone, acquérir une arme à
feu nest pas une mince affaire. Cependant, on peut tout de même se poser des
questions quant à la tuerie de Nanterre qui a été perpétrée par un homme ne
possédant pas moins de deux « Glock 17 », et un « 357 Magnum Smith & Wesson »,
deux armes de quatrième catégorie, particulièrement difficiles à se procurer.
A Dieppe, Pierre Fihue, armurier, explique ce « parcours du combattant »
quil faut effectuer pour être autorisé à posséder une arme à feu.
« Quelles que soient les armes, il y a déjà une condition à laquelle
personne ne peut déroger, cest davoir au moins 18 ans. Même pour un pistolet
dalarme, nous ne vendons pas sans avoir de renseignements sur lidentité de
lacheteur.
Chaque vente est répertoriée dans un cahier que nous faisons viser
régulièrement par les services de police. Et ça, ce nest que pour posséder une
arme dalarme qui ne tire que des munitions à blanc où à gaz. Il ny a donc
aucun projectile expulsé par le canon de larme.
Là où ça se complique, cest véritablement lorsquon veut acheter
une arme de quatrième catégorie.
Ça ne se fait pas tout seul. Il ne suffit pas de débarquer chez un armurier et
de sortir le chéquier. Cest beaucoup plus complexe que cela. Pour prétendre
posséder une arme, il faut avant tout posséder une licence de tir sportif depuis au
moins six mois.
Pendant cette période, le tireur est évalué par les instructeurs de tir qui
lui apprennent à tirer avec des armes de petit calibre, le plus souvent, cest de
lair comprimé. Mais ce sont des armes de pointe, de véritables « Rolls » du tir.
Si le tireur présente de bonnes dispositions, le club auquel il est affilié
lui prête alors une arme pour quil tire au gros calibre. Mais de toute façon, il
nacquiert pas une arme personnelle tant que la Fédération française de tir
na pas donné un avis favorable », explique Pierre Fihue.
Tirs contrôlés
Bien entendu, il serait trop facile de sinscrire dans
un club de tir, de patienter six mois, et au bout du compte, de posséder une arme sans le
moindre problème. Dautant que les difficultés administratives ne sarrêtent
pas là.
Lorsquun acheteur se rend chez larmurier pour obtenir une arme, il
lui faut remplir un formulaire délivré par la préfecture. Formulaire qui est ensuite
remis complété aux services compétents par larmurier lui-même.
Là encore, pas question de négliger le moindre détail. Lorsque la préfecture
est en possession du dossier, une enquête de voisinage est alors effectuée par les
services de police.
« Lorsque nous devons faire une enquête pour une acquisition darmes à
feu, nous nous renseignons dabord auprès du voisinage. Nous essayons de trouver les
antécédents de lacheteur, den savoir plus sur sa réputation. Bien
évidemment, même si nous ne sommes pas censés être dans le secret médical, nous
savons si la personne a des antécédents psychiatriques puisque la plupart du temps, nous
avons traité laffaire en amont.
De toute façon, nous rencontrons lacheteur potentiel et nous jaugeons son
comportement. De plus, nous avons accès aux renseignements qui ne figurent pas forcément
au casier judiciaire. Par exemple, si lindividu est violent ou sil a été
pris en état divresse manifeste sur la voie publique.
Nous tenons également compte de lavis de la Fédération française de
tir qui est très important.
Ensuite, nous remettons notre rapport au Préfet qui donne ou pas laccord
final », explique le commissaire Poirot, responsable du commissariat de Dieppe.
Une fois toutes ces étapes passées et lacheteur en possession de son
arme, le suivi ne sarrête pas là. En effet, il doit régulièrement faire
lobjet de « tirs contrôlés » obligatoires qui sont répertoriés sur un carnet
de tir. Si au cours de lannée, le tireur ne satisfait pas à ces obligations, le
responsable du club de tir doit en rendre compte à la préfecture qui ordonne le retrait
de larme et sa destruction.
« Permis de transport »
Lui-même tireur sportif depuis plusieurs années, Pierre
Fihue explique quil nexiste pas véritablement de « permis de port
darme » proprement dit.
« La licence de tir sportif peut être assimilée à un permis de transport
darme.
Mais attention, il ne faut pas faire nimporte quoi. On ne peut transporter
larme que si cest pour se rendre au stand de tir et en plus, larme doit
être équipée dun verrou de sécurité ou à défaut, être démontée.
Par ailleurs, les munitions ne doivent théoriquement pas se trouver proches de
larme pendant le transport.
Il ne faut pas confondre. Le fait davoir une licence de tir
nautorise pas à se balader en ville avec une arme à la ceinture », ajoute Pierre
Fihue.
Marché parallèle
Alors si cest aussi difficile quon le prétend
pour acheter une arme, comment procèdent les braqueurs et autres voyous pour sen
procurer.
« Le marché parallèle existe, il ne faut pas se voiler la face. Les voyous ne
viennent pas sarmer chez nous, il ne faut pas rêver.
Le problème, mais là ça nengage que moi, cest que la
réglementation française est faite de façon à ce que beaucoup darmes soient hors
la loi. Et forcément, le marché parallèle saccentue dautant », souligne
larmurier.
Côté police, le commissaire Poirot ne nie pas lexistence dun
marché parallèle. Cependant, pour la région dieppoise, il se veut rassurant: « Il y a
forcément des armes qui circulent mais depuis la mise en application de la nouvelle loi
qui autorise les fonctionnaires de police à ouvrir les coffres de véhicules, nous avons
eu loccasion de mener des opérations ponctuelles en matière de trafic darmes
et de stupéfiant et rien na encore été constaté.
De plus, cette nouvelle loi a ses limites puisquelle ne peut être
appliquée que sur réquisition du procureur de la République. Peut-être que cela
évoluera comme pour les tests dalcoolémie qui peuvent désormais être pratiqués
à nimporte quel moment », précise le commissaire.
En tout cas, marché parallèle ou pas, Richard Durn était en possession de
trois armes et visiblement, elles auraient dû lui être retirées depuis longtemps
puisque sa licence de tir navait pas été renouvelée.
Visiblement, il y a eu un malaise de ce côté mais maintenant, ça ne changera
pas grand-chose
Eric Bonté |