| Comme au premier tour, les militants
communistes ont donné de la voix à lannonce de la victoire de Sébastien Jumel. En
revanche, dans le camp Leveau, on sest fait discret tout en essayant de tirer les
enseignements de cette défaite. Il est 19 h, la mairie est
noire de monde. Les premiers résultats tombent et cest Sébastien Jumel qui pointe
en tête dans les premières centaines. Les militants communistes commencent vraiment à y
croire. Certains restent modérés tandis que dautres annoncent déjà la couleur.
«Avec les résultats que nous avons, on sait que Sébastien a gagné et quil
ny a plus de retournement de situation possible», lâche Gilbert Louvet à
lentrée de la mairie. Les résultats ségrainent et les supporters de
Sébastien Jumel font monter la pression. On chante, on charie «ceux den face»
mais finalement, cela reste bon enfant même si les textes de certaines chansons frôlent
lattentat à la pudeur. Lécran placé dans le hall de la mairie continue de
donner les résultats. A chaque fois quune nouvelle page saffiche et que les
résultats parlent en faveur du candidat communiste, les cris et les applaudissements
envahissent la mairie qui ne désemplit pas. Sébastien Jumel est là, il serre des mains,
embrasse ses amis. Annick Leveau a quant à elle préféré rester à la permanence de la
rue de la Rade.
Question de choix
Dans les rangs de la candidate de la majorité
départementale, on commence à se poser des questions. Les chiffres définitifs ne vont
pas tarder à tomber mais on sait déjà quAnnick Leveau ne prendra pas le siège de
son mari.
Cest fait, Sébastien Jumel est proclamé vainqueur par Edouard Leveau. Il
récolte près de 53% des suffrages. Les communistes exultent, Christian Cuvilliez affiche
un large sourire et il est fier. Fier de ce jeune homme de 30 ans qui vient de prouver que
le Parti communiste nétait pas complètement éteint. Chez les supporters
dAnnick Leveau, on reste figé sur le tableau et on essaie encore de croire à un
mauvais rêve. Mais ce nest pas un rêve, cest carrément un cauchemard
quils sont en train de vivre. A peine les résultats sont-ils tombés que la
question du choix de la candidate se pose au sein même de la majorité départementale.
Certains comme Laurent Martin, ne disent rien et séloignent timidement lorsque
résonne lInternationale, en tentant de trouver une explication rationnelle à cette
défaite. Dautres comme Patrick Hoornaert sont déjà prêts à remonter les manches
pour se remettre au travail. Même si le candidat UDF explique que ce nest «pas
plus grave que ça», on sent bien que cette déconvenue est difficile à accepter. Il
faudra attendre un peu avant de savoir si les résultats dénotent dun véritable
vote dadhésion à Sébastien Jumel ou tout simplement dun vote de rejet de ce
quon a appelé le «clan Leveau».
Eric Bonté
Explications
Un résultat sanction
Le résultat de dimanche attire bien évidemment des
commentaires, de la réflexion et une analyse. Aujourdhui, après le retour en force
du Parti communiste à Dieppe cest lappareil Leveau mis en place depuis 18
mois qui semble remis en cause.
Le RPR local et Edouard Leveau ont-ils commis une erreur de casting au moment de
désigner leur candidat pour cette cantonale ? Le résultat de dimanche semble confirmer
une thèse que certains militants de droite ont semble-t-il dores et déjà
adoptée. «Pour battre un jeune, il fallait choisir un jeune... De toute façon, on a
fait une très mauvaise campagne» entendra-t-on quelques instants après la proclamation
des résultats dans les locaux de la rue de la Rade. Sans aucun doute la personnalité
dAnnick Leveau na pas fait lunanimité, y compris dans sa propre famille
politique.
Mercredi soir, lors du débat organisé par les Infos, Annick Leveau déclarait
quil fallait mettre son résultat du premier tour en perspective en y ajoutant celui
de lUDF Patrick Hoornaert. Or, cette addition pure et simple ne sest pas
vérifiée dans les urnes avant-hier. Non seulement Sébatien Jumel a gagné et bien
gagné, mais en plus, la défaite de Mme Leveau doit être considérée comme une défaite
personnelle. «Cest une défaite du clan» commente la rue depuis dimanche 20 h.
Lorsque le candidat du Parti communiste parlait de «rejet» des Leveau, sans doute ne se
trompait-il pas.
Au-delà de lappartenance et des idées politiques, les Dieppois ont très
probablement santionné la manuvre dEdouard Leveau qui a tenté et réussi à
imposer sa femme. Le résultat de dimanche soir, au-delà du siège de conseiller
général, pose évidemment des questions pour lavenir. Désormais, Sébastien Jumel
est en position de force pour préparer les prochaines échéances, y compris les
municipales. Lorsque les Dieppois nont plus voulu de Christian Cuvilliez, ils
lont écarté sans sourciller.
Cette fois, ce sont les Leveau qui sont sanctionnés sans autre fioriture. Le PS
qui dit se réjouir de lélection de Sébastien Jumel Henri Wéber souhaite
pouvoir travailler avec lui au plus vite, en premier lieu pour relancer le dossier de
lIUT ne fait pas forcément une bonne opération en voyant le PCF se
réinstaller dans lun de ses fiefs historiques. Dès dimanche, Sébastien Jumel
commentait dailleurs sa victoire en déclarant : « Celle-ci va permettre au PC de
poursuivre le combat à Dieppe. Dans quatre ans, on sera là.»
Au-delà des personnes, cest peut-être aussi la politique menée sur le
plan local, mais aussi celle du gouvernement Raffarin qui subissent un véritable
avertissement. Pour Patrick Hoornaert, «pourtant le bilan municipal est bon, mais on
souffre dun défaut de communication.». La candidate battue pour sa part déplore :
« Les Dieppois ont oublié le résultat de la gestion communiste... » Un militant RPR,
rappelant les 4 % obtenus par Robert Hue aux Présidentielles dira même sa « honte ».
De lautre côté du port de plaisance, rue de lOranger, «
cest la France den bas qui fête sa victoire ». Cette France den bas
qui a pu, pendant un moment, ségarer à lextrême gauche ou ailleurs,
sest finalement retrouvée autour dun candidat de 30 ans, porteur de valeurs
toujours fortes dans une cité qui na finalement rien oublié de ses traditions
ouvrières.
P. R.
Analyse du deuxième tour de la
cantonale de Dieppe-Ouest
Sébastien Jumel voit
plus loin!
Après un premier tour marqué par une forte abstention (58%
des inscrits) et la domination de Sébastien Jumel qui passait en tête avec 6 points
d'avance sur Annick Leveau, de nombreux observateurs s'attendaient à un duel dans un
mouchoir dimanche. Ce ne fut pas le cas puisque le suspense a tourné court lors de ce
deuxième tour de l'élection cantonale de Dieppe-Ouest. Vainqueur avec 52,90% des
suffrages exprimés, Sébastien Jumel a devancé Annick Leveau de près de 400 voix.
Premier constat, cette élection cantonale n'a pas passionné les foules puisque
seulement un électeur sur deux (exactement 51,49 %) s'est déplacé dimanche. Ensuite, en
l'emportant dans seulement 5 bureaux sur 14, Annick Leveau ne pouvait refaire son handicap
du premier tour. C'est d'autant plus vrai lorsque l'on passe à la loupe l'évolution
bureau par bureau par rapport à la même cantonale de mars 2001.
Comment expliquer cette victoire surprise de Sébastien Jumel? Plusieurs
hypothèses peuvent être avancées. Tout d'abord, le PC a vu juste en misant sur la
jeunesse. Le RPR devenu UMP aurait sans doute été mieux inspiré d'en faire autant afin
de préparer son avenir sur Dieppe. Les ténors de la droite locale ont également
mésestimé le fait que le PC est toujours solidement ancré dans les coeurs. Lors des
dernières élections législatives, Christian Cuvilliez avait donné un premier
avertissement à la droite locale en devançant Edouard Leveau sur Dieppe-Est. Sébastien
Jumel vient d'enfoncer le clou en dominant Annick Leveau sur Dieppe-Ouest !
Cette victoire de Sébastien Jumel résulte peut-être aussi de 18 mois de
gestion de la nouvelle équipe municipale. Il est déjà des voix qui s'élèvent à
droite pour évoquer « la mauvaise idée de présenter Annick Leveau » et expliquer que
« le slogan d'Edouard Leveau " Changer enfin Dieppe " n'a pas été suivi
d'effets. Rien n'a vraiment changé à Dieppe depuis mars 2001. Avec ce revers, il est
temps de donner un coup de barre à droite », explique ce fidèle militant.
Pour Sébastien Jumel et le PC local, l'heure est à la douce euphorie, même si
un militant se veut pondéré : « Nous saurons plus tard si c'est la gauche qui a
vraiment repris du terrain ou si la droite a été sanctionnée par le simple fait que Mme
Leveau était candidate ». Toujours est-il qu'avec cette victoire, Sébastien Jumel et
Christian Cuvilliez voient plus loin. Ils ont retrouvé de l'appétit au point de songer
maintenant à conquérir le canton de Dieppe-Est en 2004!
Annick Leveau limite la casse
dans les bureaux de droite
Par rapport aux scores réalisés par Edouard Leveau en mars
2001, Annick Leveau a reculé dans tous les bureaux sans exception. Notons toutefois
qu'elle limite la casse dans les bureaux classés à droite. C'est au restaurant scolaire
Desceliers qu'elle réalise son meilleur score en faisant presque jeu égal avec son
époux.
Une belle performance d'autant que Edouard Leveau était
quelque peu favorisé en 2001 par le fait d'être à la fois candidat sur la cantonale et
la municipale, dont les scrutins se déroulaient en même temps. Il avait tiré profit sur
la cantonale de la campagne de terrain menée pour la municipale.
Sur les autres bureaux dits de droite, la candidate de l'UMP recule de plus de
5%. Elle perd ainsi plus de 6 points dans les deux premiers bureaux de l'Hôtel de ville
et plus de 5 points sur Richard-Simon et Maternelle Thomas. Dans le 11e bureau Primaire
Broglie, la perte est beaucoup plus importante. Mme Leveau perd 12 points par rapport à
2002. Alors que son époux était en tête l'an dernier avec 52 % des suffrages, elle
plafonne à moins de 40 %!
Dans les bureaux classés à gauche, c'est l'hécatombe. Annick Leveau recule de
13 points à Jules-Ferry 1, de 17 points à Sonia-Delaunay et de 22 points à l'Immeuble
La Fontaine. Dans ce dernier bureau, elle a plus que divisé par deux le score réalisé
par Edouard Leveau en mars 2001 (17,25 % des voix dimanche contre 38,84 % voici 18 mois!).
Pas de doute, Annick Leveau n'a pas su convaincre le Dieppe d'en-bas.
Par rapport aux scores réalisés par Liliane Bozansky en mars 2001, Sébastien
Jumel a progressé partout de manière importante. Dans un bureau traditionnellement à
droite comme Maternelle Broglie, il gagne ainsi 7,48 points, recueillant sur son nom près
d'un électeur sur trois (31,84 %). Un très bon score réalisé sur Caude-Côte et
l'esplanade du vieux-château! D'autant plus surprenant que Sébastien Jumel n'a pas
vraiment fait campagne dans les quartiers résidentiels.
Fort de la leçon des municipales, le PC n'a pas oublié en revanche de faire
campagne dans les quartiers populaires à l'occasion de cette élection cantonale
partielle. C'est ainsi que Sébastien Jumel enregistre des scores exceptionnels sur le
Val-Druel (Sonia-Delaunay) et à l'immeuble La Fontaine, avec respectivement 77 % et près
de 83 % des suffrages exprimés !
Le candidat du PC cartonne encore à Jules-Ferry 1, en ralliant sur son nom plus
de deux électeurs sur trois (67,90 %)! Il recueille là les fruits d'un gros travail de
proximité. Il faut remonter loin en arrière, du temps d'Irénée Bourgois, pour
retrouver des scores aussi importants réalisés par un candidat de gauche dans les
quartiers populaires. Qui l'eût cru voici 18 mois ?
Ch. Q. |