Journal du 15 octobre 2002

Elections cantonales
Sébastien Jumel l'emporte avec près de 53% des suffrages

Quand résonne l'Internationale

Comme au premier tour, les militants communistes ont donné de la voix à l’annonce de la victoire de Sébastien Jumel. En revanche, dans le camp Leveau, on s’est fait discret tout en essayant de tirer les enseignements de cette défaite.

Il est 19 h, la mairie est noire de monde. Les premiers résultats tombent et c’est Sébastien Jumel qui pointe en tête dans les premières centaines. Les militants communistes commencent vraiment à y croire. Certains restent modérés tandis que d’autres annoncent déjà la couleur. «Avec les résultats que nous avons, on sait que Sébastien a gagné et qu’il n’y a plus de retournement de situation possible», lâche Gilbert Louvet à l’entrée de la mairie. Les résultats s’égrainent et les supporters de Sébastien Jumel font monter la pression. On chante, on charie «ceux d’en face» mais finalement, cela reste bon enfant même si les textes de certaines chansons frôlent l’attentat à la pudeur. L’écran placé dans le hall de la mairie continue de donner les résultats. A chaque fois qu’une nouvelle page s’affiche et que les résultats parlent en faveur du candidat communiste, les cris et les applaudissements envahissent la mairie qui ne désemplit pas. Sébastien Jumel est là, il serre des mains, embrasse ses amis. Annick Leveau a quant à elle préféré rester à la permanence de la rue de la Rade.

Question de choix

Dans les rangs de la candidate de la majorité départementale, on commence à se poser des questions. Les chiffres définitifs ne vont pas tarder à tomber mais on sait déjà qu’Annick Leveau ne prendra pas le siège de son mari.

C’est fait, Sébastien Jumel est proclamé vainqueur par Edouard Leveau. Il récolte près de 53% des suffrages. Les communistes exultent, Christian Cuvilliez affiche un large sourire et il est fier. Fier de ce jeune homme de 30 ans qui vient de prouver que le Parti communiste n’était pas complètement éteint. Chez les supporters d’Annick Leveau, on reste figé sur le tableau et on essaie encore de croire à un mauvais rêve. Mais ce n’est pas un rêve, c’est carrément un cauchemard qu’ils sont en train de vivre. A peine les résultats sont-ils tombés que la question du choix de la candidate se pose au sein même de la majorité départementale. Certains comme Laurent Martin, ne disent rien et s’éloignent timidement lorsque résonne l’Internationale, en tentant de trouver une explication rationnelle à cette défaite. D’autres comme Patrick Hoornaert sont déjà prêts à remonter les manches pour se remettre au travail. Même si le candidat UDF explique que ce n’est «pas plus grave que ça», on sent bien que cette déconvenue est difficile à accepter. Il faudra attendre un peu avant de savoir si les résultats dénotent d’un véritable vote d’adhésion à Sébastien Jumel ou tout simplement d’un vote de rejet de ce qu’on a appelé le «clan Leveau».

Eric Bonté

Explications

Un résultat sanction

Le résultat de dimanche attire bien évidemment des commentaires, de la réflexion et une analyse. Aujourd’hui, après le retour en force du Parti communiste à Dieppe c’est l’appareil Leveau mis en place depuis 18 mois qui semble remis en cause.

Le RPR local et Edouard Leveau ont-ils commis une erreur de casting au moment de désigner leur candidat pour cette cantonale ? Le résultat de dimanche semble confirmer une thèse que certains militants de droite ont semble-t-il d’ores et déjà adoptée. «Pour battre un jeune, il fallait choisir un jeune... De toute façon, on a fait une très mauvaise campagne» entendra-t-on quelques instants après la proclamation des résultats dans les locaux de la rue de la Rade. Sans aucun doute la personnalité d’Annick Leveau n’a pas fait l’unanimité, y compris dans sa propre famille politique.

Mercredi soir, lors du débat organisé par les Infos, Annick Leveau déclarait qu’il fallait mettre son résultat du premier tour en perspective en y ajoutant celui de l’UDF Patrick Hoornaert. Or, cette addition pure et simple ne s’est pas vérifiée dans les urnes avant-hier. Non seulement Sébatien Jumel a gagné et bien gagné, mais en plus, la défaite de Mme Leveau doit être considérée comme une défaite personnelle. «C’est une défaite du clan» commente la rue depuis dimanche 20 h. Lorsque le candidat du Parti communiste parlait de «rejet» des Leveau, sans doute ne se trompait-il pas.

Au-delà de l’appartenance et des idées politiques, les Dieppois ont très probablement santionné la manœuvre d’Edouard Leveau qui a tenté et réussi à imposer sa femme. Le résultat de dimanche soir, au-delà du siège de conseiller général, pose évidemment des questions pour l’avenir. Désormais, Sébastien Jumel est en position de force pour préparer les prochaines échéances, y compris les municipales. Lorsque les Dieppois n’ont plus voulu de Christian Cuvilliez, ils l’ont écarté sans sourciller.

Cette fois, ce sont les Leveau qui sont sanctionnés sans autre fioriture. Le PS qui dit se réjouir de l’élection de Sébastien Jumel — Henri Wéber souhaite pouvoir travailler avec lui au plus vite, en premier lieu pour relancer le dossier de l’IUT — ne fait pas forcément une bonne opération en voyant le PCF se réinstaller dans l’un de ses fiefs historiques. Dès dimanche, Sébastien Jumel commentait d’ailleurs sa victoire en déclarant : « Celle-ci va permettre au PC de poursuivre le combat à Dieppe. Dans quatre ans, on sera là.»

Au-delà des personnes, c’est peut-être aussi la politique menée sur le plan local, mais aussi celle du gouvernement Raffarin qui subissent un véritable avertissement. Pour Patrick Hoornaert, «pourtant le bilan municipal est bon, mais on souffre d’un défaut de communication.». La candidate battue pour sa part déplore : « Les Dieppois ont oublié le résultat de la gestion communiste... » Un militant RPR, rappelant les 4 % obtenus par Robert Hue aux Présidentielles dira même sa « honte ».

De l’autre côté du port de plaisance, rue de l’Oranger, « c’est la France d’en bas qui fête sa victoire ». Cette France d’en bas qui a pu, pendant un moment, s’égarer à l’extrême gauche ou ailleurs, s’est finalement retrouvée autour d’un candidat de 30 ans, porteur de valeurs toujours fortes dans une cité qui n’a finalement rien oublié de ses traditions ouvrières.

P. R.

Analyse du deuxième tour de la cantonale de Dieppe-Ouest

Sébastien Jumel voit plus loin!

Après un premier tour marqué par une forte abstention (58% des inscrits) et la domination de Sébastien Jumel qui passait en tête avec 6 points d'avance sur Annick Leveau, de nombreux observateurs s'attendaient à un duel dans un mouchoir dimanche. Ce ne fut pas le cas puisque le suspense a tourné court lors de ce deuxième tour de l'élection cantonale de Dieppe-Ouest. Vainqueur avec 52,90% des suffrages exprimés, Sébastien Jumel a devancé Annick Leveau de près de 400 voix.

Premier constat, cette élection cantonale n'a pas passionné les foules puisque seulement un électeur sur deux (exactement 51,49 %) s'est déplacé dimanche. Ensuite, en l'emportant dans seulement 5 bureaux sur 14, Annick Leveau ne pouvait refaire son handicap du premier tour. C'est d'autant plus vrai lorsque l'on passe à la loupe l'évolution bureau par bureau par rapport à la même cantonale de mars 2001.

Comment expliquer cette victoire surprise de Sébastien Jumel? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Tout d'abord, le PC a vu juste en misant sur la jeunesse. Le RPR devenu UMP aurait sans doute été mieux inspiré d'en faire autant afin de préparer son avenir sur Dieppe. Les ténors de la droite locale ont également mésestimé le fait que le PC est toujours solidement ancré dans les coeurs. Lors des dernières élections législatives, Christian Cuvilliez avait donné un premier avertissement à la droite locale en devançant Edouard Leveau sur Dieppe-Est. Sébastien Jumel vient d'enfoncer le clou en dominant Annick Leveau sur Dieppe-Ouest !

Cette victoire de Sébastien Jumel résulte peut-être aussi de 18 mois de gestion de la nouvelle équipe municipale. Il est déjà des voix qui s'élèvent à droite pour évoquer « la mauvaise idée de présenter Annick Leveau » et expliquer que « le slogan d'Edouard Leveau " Changer enfin Dieppe " n'a pas été suivi d'effets. Rien n'a vraiment changé à Dieppe depuis mars 2001. Avec ce revers, il est temps de donner un coup de barre à droite », explique ce fidèle militant.

Pour Sébastien Jumel et le PC local, l'heure est à la douce euphorie, même si un militant se veut pondéré : « Nous saurons plus tard si c'est la gauche qui a vraiment repris du terrain ou si la droite a été sanctionnée par le simple fait que Mme Leveau était candidate ». Toujours est-il qu'avec cette victoire, Sébastien Jumel et Christian Cuvilliez voient plus loin. Ils ont retrouvé de l'appétit au point de songer maintenant à conquérir le canton de Dieppe-Est en 2004!

Annick Leveau limite la casse
dans les bureaux de droite

Par rapport aux scores réalisés par Edouard Leveau en mars 2001, Annick Leveau a reculé dans tous les bureaux sans exception. Notons toutefois qu'elle limite la casse dans les bureaux classés à droite. C'est au restaurant scolaire Desceliers qu'elle réalise son meilleur score en faisant presque jeu égal avec son époux.

Une belle performance d'autant que Edouard Leveau était quelque peu favorisé en 2001 par le fait d'être à la fois candidat sur la cantonale et la municipale, dont les scrutins se déroulaient en même temps. Il avait tiré profit sur la cantonale de la campagne de terrain menée pour la municipale.

Sur les autres bureaux dits de droite, la candidate de l'UMP recule de plus de 5%. Elle perd ainsi plus de 6 points dans les deux premiers bureaux de l'Hôtel de ville et plus de 5 points sur Richard-Simon et Maternelle Thomas. Dans le 11e bureau Primaire Broglie, la perte est beaucoup plus importante. Mme Leveau perd 12 points par rapport à 2002. Alors que son époux était en tête l'an dernier avec 52 % des suffrages, elle plafonne à moins de 40 %!

Dans les bureaux classés à gauche, c'est l'hécatombe. Annick Leveau recule de 13 points à Jules-Ferry 1, de 17 points à Sonia-Delaunay et de 22 points à l'Immeuble La Fontaine. Dans ce dernier bureau, elle a plus que divisé par deux le score réalisé par Edouard Leveau en mars 2001 (17,25 % des voix dimanche contre 38,84 % voici 18 mois!). Pas de doute, Annick Leveau n'a pas su convaincre le Dieppe d'en-bas.

Par rapport aux scores réalisés par Liliane Bozansky en mars 2001, Sébastien Jumel a progressé partout de manière importante. Dans un bureau traditionnellement à droite comme Maternelle Broglie, il gagne ainsi 7,48 points, recueillant sur son nom près d'un électeur sur trois (31,84 %). Un très bon score réalisé sur Caude-Côte et l'esplanade du vieux-château! D'autant plus surprenant que Sébastien Jumel n'a pas vraiment fait campagne dans les quartiers résidentiels.

Fort de la leçon des municipales, le PC n'a pas oublié en revanche de faire campagne dans les quartiers populaires à l'occasion de cette élection cantonale partielle. C'est ainsi que Sébastien Jumel enregistre des scores exceptionnels sur le Val-Druel (Sonia-Delaunay) et à l'immeuble La Fontaine, avec respectivement 77 % et près de 83 % des suffrages exprimés !

Le candidat du PC cartonne encore à Jules-Ferry 1, en ralliant sur son nom plus de deux électeurs sur trois (67,90 %)! Il recueille là les fruits d'un gros travail de proximité. Il faut remonter loin en arrière, du temps d'Irénée Bourgois, pour retrouver des scores aussi importants réalisés par un candidat de gauche dans les quartiers populaires. Qui l'eût cru voici 18 mois ?

Ch. Q.


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