| Recadrage à la mairie de Dieppe. Pour
savoir à qui il peut se fier, Edouard Leveau met en place une charte des élus. Ceux qui
ne la signeront pas seront exclus de la majorité municipale. «
Il sagit juste de clarifier les choses pour savoir qui appartient encore à la
majorité. » Directeur de cabinet du maire, Michel Niciejewski ne comprend pas le
tapage autour de la charte que doivent signer les élus de la majorité, estimant
quelle est une décision « logique et pleine de bon sens ». Et
pourtant
Le document tout chaud révolte certains élus qui, « au nom de la liberté
dexpression » naccepteront pas de signer cette lettre de démission en blanc.
Michel Niciejewski est, malgré tout, confiant : « Ce sont les élus qui ont eu cette
idée après tout ce qui sétait passé, les nombreuses déclarations sans fondement
parues dans la presse. Il y a eu un débat autour de cette charte au point quune
phrase a été changée pour redessiner les contours de la majorité. » Optimiste, le
directeur de cabinet indique : « Il sagit juste de clarifier les choses. Les
anciens adjoints la signeront peut-être. Ils étaient daccord au cours de la
réunion, il faut aller au bout de la démarche ». Pourtant, certains élus
appartenant encore à la majorité affirment ne pas avoir été invités au débat : « Je
reste conseillère municipale et pourtant, ils veulent nous exclure de la majorité. Je
nai même pas été invitée » indique Frédérique Loos, ancienne adjointe à
la culture. Monique Cotigny, ancienne adjointe en charge du cadre de vie, de
lenvironnement et de la voirie, abonde dans ce sens et se considère « persona
non grata. » Lors de sa démission-réélection, le 3 novembre, Edouard Leveau avait,
en effet, choisi de retirer à quatre adjoints, certaines de leurs délégations.
Travail déquipe
Au cours de la réunion, «26 élus étaient présents.
Il ny avait que deux ou trois excusés» affirme Michel Niciejewski qui précise
donc : « Tout le monde signera sans doute » considérant que cette charte est
bonne pour tous : « Certains conseillers municipaux se sentaient exclus du travail
municipal. Lintérêt est juste que tout le monde soit informé pour coordonner
linformation pour les projets importants. Il ne sagit pas que les élus
apprennent certaines décisions par le biais de la presse.»
Ainsi, la charte assure vouloir « éviter toutes critiques, débat, articles
de presse ou déclarations pouvant mettre en cause un autre élu appartenant à la
majorité municipale ou un projet initié par un élu de la majorité ou par la majorité
elle-même. Les débats auront lieu en interne, au bureau municipal et en réunion de
majorité. » Autrement dit, les élus restent entre eux et lavent leur linge sale en
famille.
« Beaucoup délus souhaitent signer parce quils ont le sens de
léquipe. Il faut juste avoir envie de travailler ensemble » souligne Michel
Niciejewski qui considère que « certains élus se sont exclus eux-mêmes en prenant
certaines positions dans la presse. »
Cest là, lobjectif principal de la charte : Edouard Leveau veut
pouvoir à tout moment compter ses alliés : « En cas de manquement grave constaté à
cette charte, lélu sexclura lui-même de la majorité municipale ». Une
phrase qui est venue remplacer, après débat, semble-t-il, les dernières lignes
dune première ébauche : « Tout manquement grave à cette charte sera
sanctionné par la majorité municipale qui pourra exiger la démission de lélu.
» Mais un élu ne lest que par les électeurs, et aucune majorité ne peut ordonner
sa démission. Un engagement moral pour les uns, une condition intolérable pour les
autres : « Personne na autorité sur le peuple pour modifier la composition
dun conseil municipal » sinsurge un élu.
Pourtant, Michel Niciejewski précise : « Dans certaines collectivités, les
élus signent la démission en blanc au moment même de lélection. Beaucoup
délus dieppois souhaitent la signer. Ils nont pas peur puisquils
travaillent en équipe. Dès quon adhère à un projet commun, la signature est
évidente. »
Repérer les «
traîtres »
Proposée quelques mois après lélection et quelques
semaines après une démission réélection qui a fait grand bruit tant au sein de la
mairie que dans la population, la charte se veut très claire: « Ceux qui signent
appartiennent à la majorité et ceux qui ne la signent pas, ny appartiennent plus.
Pour sa gestion courante, la mairie a besoin dunanimité. Les débats auront donc
lieu en interne de la même façon que chez nos prédécesseurs. »
Pourtant clairement choisie par les Dieppois eux-mêmes, la majorité semble
avoir besoin de redessiner ses contours après le coup de pied dans la fourmilière
dEdouard Leveau : «Il faut que les gens se sentent solidaires du maire. Une
majorité à 25 ou 26 au lieu de 30, ce nest pas gênant pour prendre les décisions
mais il faut que les contours soient clairs» affirme le directeur de cabinet qui
assure que « les gens viennent signer naturellement. »
Un geste que dautres pourtant ont bien des difficultés à accepter. « Je
ne signerais pas, indique Monique Cotigny. Le maire veut faire entrer tout le monde
dans le rang sans une tête qui dépasse. Il nen est pas question. »
Les signatures que le directeur de cabinet dit recueillir facilement ne semblent
pas si évidentes pour tout le monde. Ils sont en effet quelques-uns à refuser
daliéner leur parole et leurs opinions au profit dune majorité qui souhaite
tout décider en interne. Grâce à la charte, les « traîtres » seront repérés
et certainement marqués au fer rouge lorsquil sagira de décider de confier
des dossiers ou des postes dans certaines instances comme au sein de la future communauté
dagglomération. Les Dieppois, quant à eux, nattendent quune chose :
que les dossiers avancent dans une mairie qui, tant quelle ne sera pas apaisée, ne
pourra pas se mettre au travail.
S. B.
Paroles délus
Frédérique Loos :
Un manque de confiance flagrant
« Je suis plutôt contre cette charte. Nous ne sommes plus
à lécole maternelle, les gens sont suffisamment adultes pour savoir ce quils
ont à faire. Cest une façon de museler les adjoints.
Sil navait plus confiance en lancienne majorité, le maire
doit forcément avoir confiance en celle quil a lui-même désignée. Sil a
besoin de proposer une charte pareille, cest que ça ne doit pas être le cas. Même
sans cette charte, tous connaissaient déjà les dissidents ».
Monique Cotigny: Ne pas parler,
écrire ou même communiquer
« Lors de la réélection du maire, nous avions demandé
une réunion pour recadrer les choses. Elle navait pas été faite. Mais ce
nest pas de cette façon que nous voulions procéder. Là, on veut nous empêcher
décrire, de parler ou même de communiquer. Il semble que pour que la communication
municipale soit cohérente, il faut que nous soyons tous sur la même liste, DL, UDF comme
UMP. Il ne faut pas quil y en ait un qui bouge, mais que tous soient sous les ordres
».
Annie Ouvry :
Un engagement moral
« Cette charte est une bonne chose parce quelle est
un engagement moral de tous les élus pour travailler ensemble dans la même direction.
Jai signé et ça ne me pose aucun problème. Nous en avons discuté plusieurs fois
et nous pouvons nous exprimer en interne. Emettre des critiques dans la presse, cest
se désolidariser de léquipe. Je ne pense pas que ce soit très bon pour la
population quelle ait une image dune équipe qui manque de cohésion. »
Pierre Hamel :
« Cest une lettre de recadrage »
« Cette charte je lai signée. Cétait déjà
un projet latent avant les événements. Cest plutôt une lettre de recadrage. Je
trouve cela normal : on a été élu sur une liste, où on est tous de sensibilité
proche, on fait partie dune équipe
Ce nest pas une révolution,
cest plus pour éviter les dérapages. Et si on nest pas daccord, on
sen va. »
Françoise Billiez:
« On ne me musèlera pas »
« Je nai pas besoin dune charte pour
réaffirmer mes convictions. Jai toujours été fidèle à Edouard Leveau et ce
depuis vingt ans. Je pourrais signer cette charte mais je nen vois pas
lintérêt car tout ce quelle contient me semble évident et superflu. Je suis
daccord pour ne pas tirer contre son camp et pour que les débats aient lieu en
interne mais je revendique le droit de mexprimer interne. On ne me musèlera pas. Je
ne veux pas être traitée comme une enfant à qui on dirait : si tu nes pas sage on
te vire. De toute façon, je ne me laisserais pas virer. Etre élu, cest un pacte
moral que tout le monde doit ou devrait respecter. Ma devise, cest servir et non me
servir. Je considère que je fais mon boulot et je suis assez grande pour prendre mes
responsabilités » |