| Exploitant agricole depuis trente ans en Côte
dIvoire, Alain Mauviard est rentré précipitamment en France à la suite du coup
dEtat du 19 septembre. Ce Dieppois dorigine a vécu sur le continent africain
son troisième push. Il livre aujourdhui son témoignage aux Infos. Entre tristesse
et inquiétude. Je suis triste pour les Ivoiriens et pour la Côte
dIvoire, le pays navait pas besoin de cela », confie Alain Mauviard.
Cest avec beaucoup de peine que ce Dieppois dorigine a quitté la Côte
dIvoire il y a tout juste quelques jours.
Exploitant agricole à une centaine de kilomètres dAbidjan, il a été
témoin des tragiques événements qui, dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre,
ont basculé le pays dans la violence.
Le visage fatigué, les traits tirés, il raconte : « Jétais en train de
dormir dans ma maison à Abidjan lorsque jai été réveillé vers 4 h par des coups
de mortier. Je les ai entendus jusquau lendemain midi. Ils venaient de lécole
de gendarmerie que les rebelles ont attaquée ».
Les mutins bien armés
En quatre années, cest le troisième coup dEtat
auquel Alain Mauviard assiste. « Je nai jamais eu peur, assure-t-il, mais cette
fois, jai été particulièrement surpris par la violence des détonations. Les
mutins sont très bien armés, organisés et déterminés ».
Cloîtré chez lui pendant deux jours avec la télévision pour seule compagnie,
le Dieppois tente de se ravitailler le samedi : « Mais la ville était entièrement
paralysée. Il ny avait plus de commerces, plus de banques ouvertes, tout le monde
était dans lexpectative ».
Le lundi 23 septembre, malgré des nouvelles peu rassurantes, un couvre-feu et
la poursuite des combats dans le Nord du pays, à Abidjan, la vie reprend presque
normalement.
Pour Alain Mauviard, cest le moment de retourner sur ses plantations
dananas. Situées à une centaine de kilomètres dAbidjan sur les rives du
Ghana, elles sont encore loin de la zone de conflit. « Pour le moment, les rebelles
détiennent les villes frontalières du Nord plus celle de Bouaké (1), précise
lexploitant agricole, mais la situation peut dégénérer très vite. Je redoute que
ce coup dEtat ne se transforme en guerre ethnique entre les populations du Nord et
du Sud ».
A demi-mots, Alain Mauviard laisse entendre que les mutins nont pu agir
seuls : « Je narrive pas à croire quune poignée de soldats arrive à
défier de la sorte toute une armée sous prétexte quils sont mal payés.
Dautant plus quils possèdent des armes très sophistiquées. Qui les leur a
fournies ? », interroge-t-il avant de poursuivre : « Avec ses plantations de coton et de
sucre et les investissements de plusieurs grandes sociétés étrangères, les enjeux
économiques sont très importants en Côte dIvoire et tout particulièrement dans
le Nord. Je pense quils font des envieux du côté des pays frontaliers ».
Avenir compromis
« Je ne suis guère optimiste, ajoute Alain Mauviard,
lavenir du pays est fortement compromis. La Côte dIvoire perd sa
crédibilité vis-à-vis des investisseurs étrangers. Ils vont sans doute retirer leurs
capitaux, moi-même jhésite à poursuivre mes investissements ».
Le chef dentreprise qui devait prochainement agrandir ses 580 hectares
dexploitation a décidé de retarder son projet, voire de lannuler. «
Jai 53 ans et je songe sérieusement à quitter définitivement le pays. Mais ce
sera une décision dure à prendre, jy ai investi trente années de ma vie (...)»
Maria da Silva
(1) Depuis le jour de linterview, les rebelles ont gagné le centre du
pays.
Le régime du
président menacé
La Côte dIvoire narrive pas à se guérir des
soulèvements militaires depuis le retour au pouvoir des civils. La dernière tentative de
coup dEtat entamé dans la nuit du 18 au 19 septembre à Abidjan, Bouaké et Korhogo
est toujours en cours et les rebelles du mouvement patriotique de Côte dIvoire ont
pris de nouvelles villes ces derniers jours renforçant leur contrôle sur la moitié nord
du pays.
Mercredi, Abidjan a été le théâtre dune manifestation loyaliste tandis
quà Bouaké, deuxième ville du pays tenue par les mutins depuis le 19 septembre,
trois mille personnes ont manifesté en faveur de la rébellion. Leur objectif : renverser
le régime du président Laurent Gbagbo. |