Journal du 4 octobre 2002

Dieppois et exploitant agricole en Côte d'Ivoire
Alain Mauviard vit son troisième coup d'Etat

Exploitant agricole depuis trente ans en Côte d’Ivoire, Alain Mauviard est rentré précipitamment en France à la suite du coup d’Etat du 19 septembre. Ce Dieppois d’origine a vécu sur le continent africain son troisième push. Il livre aujourd’hui son témoignage aux Infos. Entre tristesse et inquiétude.

Je suis triste pour les Ivoiriens et pour la Côte d’Ivoire, le pays n’avait pas besoin de cela », confie Alain Mauviard. C’est avec beaucoup de peine que ce Dieppois d’origine a quitté la Côte d’Ivoire il y a tout juste quelques jours.

Exploitant agricole à une centaine de kilomètres d’Abidjan, il a été témoin des tragiques événements qui, dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre, ont basculé le pays dans la violence.

Le visage fatigué, les traits tirés, il raconte : « J’étais en train de dormir dans ma maison à Abidjan lorsque j’ai été réveillé vers 4 h par des coups de mortier. Je les ai entendus jusqu’au lendemain midi. Ils venaient de l’école de gendarmerie que les rebelles ont attaquée ».

Les mutins bien armés

En quatre années, c’est le troisième coup d’Etat auquel Alain Mauviard assiste. « Je n’ai jamais eu peur, assure-t-il, mais cette fois, j’ai été particulièrement surpris par la violence des détonations. Les mutins sont très bien armés, organisés et déterminés ».

Cloîtré chez lui pendant deux jours avec la télévision pour seule compagnie, le Dieppois tente de se ravitailler le samedi : « Mais la ville était entièrement paralysée. Il n’y avait plus de commerces, plus de banques ouvertes, tout le monde était dans l’expectative ».

Le lundi 23 septembre, malgré des nouvelles peu rassurantes, un couvre-feu et la poursuite des combats dans le Nord du pays, à Abidjan, la vie reprend presque normalement.

Pour Alain Mauviard, c’est le moment de retourner sur ses plantations d’ananas. Situées à une centaine de kilomètres d’Abidjan sur les rives du Ghana, elles sont encore loin de la zone de conflit. « Pour le moment, les rebelles détiennent les villes frontalières du Nord plus celle de Bouaké (1), précise l’exploitant agricole, mais la situation peut dégénérer très vite. Je redoute que ce coup d’Etat ne se transforme en guerre ethnique entre les populations du Nord et du Sud ».

A demi-mots, Alain Mauviard laisse entendre que les mutins n’ont pu agir seuls : « Je n’arrive pas à croire qu’une poignée de soldats arrive à défier de la sorte toute une armée sous prétexte qu’ils sont mal payés. D’autant plus qu’ils possèdent des armes très sophistiquées. Qui les leur a fournies ? », interroge-t-il avant de poursuivre : « Avec ses plantations de coton et de sucre et les investissements de plusieurs grandes sociétés étrangères, les enjeux économiques sont très importants en Côte d’Ivoire et tout particulièrement dans le Nord. Je pense qu’ils font des envieux du côté des pays frontaliers ».

Avenir compromis

« Je ne suis guère optimiste, ajoute Alain Mauviard, l’avenir du pays est fortement compromis. La Côte d’Ivoire perd sa crédibilité vis-à-vis des investisseurs étrangers. Ils vont sans doute retirer leurs capitaux, moi-même j’hésite à poursuivre mes investissements ».

Le chef d’entreprise qui devait prochainement agrandir ses 580 hectares d’exploitation a décidé de retarder son projet, voire de l’annuler. « J’ai 53 ans et je songe sérieusement à quitter définitivement le pays. Mais ce sera une décision dure à prendre, j’y ai investi trente années de ma vie (...)»

Maria da Silva

(1) Depuis le jour de l’interview, les rebelles ont gagné le centre du pays.

Le régime du président menacé

La Côte d’Ivoire n’arrive pas à se guérir des soulèvements militaires depuis le retour au pouvoir des civils. La dernière tentative de coup d’Etat entamé dans la nuit du 18 au 19 septembre à Abidjan, Bouaké et Korhogo est toujours en cours et les rebelles du mouvement patriotique de Côte d’Ivoire ont pris de nouvelles villes ces derniers jours renforçant leur contrôle sur la moitié nord du pays.

Mercredi, Abidjan a été le théâtre d’une manifestation loyaliste tandis qu’à Bouaké, deuxième ville du pays tenue par les mutins depuis le 19 septembre, trois mille personnes ont manifesté en faveur de la rébellion. Leur objectif : renverser le régime du président Laurent Gbagbo.


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