| Mercredi après-midi, dans
latmosphère feutrée dun salon privé du Casino, Annick Leveau et Sébastien
Jumel, candidats au poste de conseiller général du canton de Dieppe-Ouest, ont fait
monter la pression au cours du débat organisé par les Infos et Paris Normandie. A 16 h,
la première question était posée, le décor planté
Ambiance. Une
pièce de monnaie tournoie dans les airs, elle retombe côté pile sur la face dune
main. Annick Leveau vient de gagner le tirage au sort, elle va parler la première.
Sébastien Jumel réclame quelques minutes supplémentaires, Christian Cuvilliez
nest pas encore là. Le candidat trépigne sur sa chaise tandis quAnnick
Leveau installe méthodiquement ses affaires sur la table. La montre, les dossiers, son
texte dintroduction et
ses petites pastilles pour la gorge au cas où.
Dix maximum
Dix supporters. La règle du jeu était stricte, pas plus de
dix supporters par candidat. Pourtant, alors que la première question est à peine posée
et quAnnick Leveau commence à y répondre, la porte souvre en lâchant un
couinement plaintif. Gérard Pestrinaux entre dans la salle. Jusque là, rien
danormal mais
Mais lancien conseiller municipal est le onzième homme.
Dans le camp dAnnick Leveau, personne ne sy trompe.
Les illades rageuses fusent en direction de celui qui vient de
sinstaller aux côtés du candidat communiste. Lambiance devient
particulièrement moite et électrique. Les deux candidats, même sils ne
sadressent pas directement la parole, se rendent coups pour coups.
Leurs supporters observent sans commenter mais certaines expressions des visages
en disent long.
Annick Leveau, bien rôdée depuis le début du débat à qualifier Sébastien
Jumel « dadversaire communiste », finit par se prendre un peu les pieds dans le
tapis et lâche un « mon candidat communiste ». Sébastien Jumel, du tac au tac, répond
« quaux dernières nouvelles, il nest pas le candidat dAnnick Leveau
».
La situation fait sourire, détend un peu latmosphère mais rapidement, la
froideur du débat reprend sa place. Finalement, cette entrevue que lon pressentait
tendue, est restée dans les limites de la courtoisie. En revanche, et si les échanges
sont restés corrects, les deux camps nont pas trinqué à lissue du débat.
Faut peut-être pas trop en demander
Eric Bonté
Le face à face
Cest une première à Dieppe. Organisé par
les Informations Dieppoises, avec nos confrères de Paris-Normandie, dans les salons du
Casino, le débat qui a opposé mercredi soir Annick Leveau à Sébastien Jumel a permis
aux deux candidats de se livrer à une joute orale sans filet, à deux jours dun
deuxième tour de lélection cantonale qui sannonce des plus serrés. La
candidate de lUMP et celui du Parti communiste qui ont soigneusement évité de
croiser leurs regards pendant plus dune heure de discussion avec les journalistes,
ont tour à tour évoqué les grands dossiers dieppois. Des dossiers essentiels pour
lavenir auxquels il faudra satteler dès lundi au lendemain de
lélection. Le débat qui a pris la forme dun grand oral inédit pour les deux
candidats aura également permis de mettre en lumière dune part des capacités
oratoires jusqualors méconnues et en second lieu de révéler une excellente
maîtrise des dossiers.
Pour respecter une règle du jeu claire et absolue, les deux candidats mis sur
la sellette devant un public réduit à dix supporters chacun loption du
débat public ayant été rejetée de crainte de débordements se sont exprimés à
tour de rôle et ont maîtrisé leur envie manifeste den découdre parfois un peu
plus vertement. La longue histoire locale des relations entre le RPR et le PCF
nayant pas toujours été placée sous le signe de la plus grande délicatesse. Si
les vieilles histoires ont parfois failli resurgir, les candidats, et nous les en
remercions, se sont finalement largement concentrés sur lavenir. Lessentiel !
Labstention
57 % de Dieppois ne sont pas allés voter dimanche dernier,
pourquoi ? Pourtant, le rôle du conseil général se traduit par des actions concrètes
dans la vie de tous les jours.
Annick Leveau :
« Une telle abstention est évidemment à déplorer pour tout le monde, mais
cest toujours le cas dans des cantonales partielles. Quant à mon résultat (31,44
%), il faut lajouter à celui de Patrick Hoornaert (17,26 %) proche de moi. Au
total, nous arrivons à près de 49 % ce qui est plus que le résultat obtenu par mon mari
en mars 2001. Je nai donc pas de raison dêtre déçue. Les Dieppois nous
connaissent et ils savent bien que le nom de Leveau que je porte, est symbole
dhonnêteté et de courage. Laction du conseil général est essentielle dans
la vie quotidienne de tous, en terme daction sociale, pour le développement. Pour
Dieppe, il serait dangereux denvoyer à Rouen pour nous représenter un élu dont
les amis combattent la politique de Charles Revet dont nous profitons tous. Un seul
exemple, cest Charles Revet qui a fait renaître la ligne transmanche détruite par
les amis de mon adversaire communiste. »
Sébastien Jumel :
« Ces abstentions sont évidemment problématiques mais je ne me permettrais
pas de culpabiliser ceux qui ne sont pas allés voter. Pour remédier à cela, il faut
faire de la politique autrement, celle que je propose. Une politique de proximité et de
dialogue. Mon résultat (37,68 %) est évidemment très encourageant, il est porteur
despoir. Lélectorat de gauche sest mobilisé et je crois que le
mouvement va encore samplifier dimanche. Notre travail au contact des gens a permis
de fédérer diverses sensibilités parmi la population dont le vote traduit la lucidité
des Dieppois qui rejettent la politique de droite. Jai le sentiment que le résultat
de dimanche dernier a marqué un rejet fort de la candidature imposée par Edouard Leveau.
Concernant le débat qui voudrait supprimer les Départements au profit des seules
Régions, jestime que les conseils généraux ont toute leur place. Cependant,
travailler en croisant davantage les financements et les idées avec dautres
collectivités me paraît judicieux. »
Quelle politique sociale ?
Sébastien Jumel :
Laction sociale est la première des compétences des conseils généraux
même si en Seine-Maritime on a un peu de mal à le voir. Les problèmes ne manquent pas,
dans le logement, dans laccueil des personnes âgées, au Château Michel par
exemple où les coûts sont difficilement supportables pour les familles. Trop souvent, la
politique sociale défendue par Mme Leveau se contente dêtre de lassistanat
politique.
Annick Leveau :
Comment mon adversaire politique peut-il nous reprocher des problèmes de
logement à Dieppe alors que pendant trente ans, ses amis nont rien fait ! Au
contraire de ce quil dit, jaffirme que le conseil général fait énormément
sur le terrain du social. On a coutume de dire quil accompagne les gens de la
naissance jusquà la mort et cest le cas. Sans laction du conseil
général, bien des associations ne pourraient pas vivre. »
Quelle tutelle pour le port de
commerce ?
Région ou Département ?
Annick Leveau :
« Dans la mesure où cest le conseil général qui a tout fait pour
sauver le port de Dieppe, au vu de largent quil a investi et puisque
lEtat na pas été à la hauteur de ses engagements, cest évidemment le
Département qui doit obtenir la tutelle. »
Sébastien Jumel :
« Selon moi, la question ne doit pas se poser comme ça. Le port de Dieppe doit
rester un port dintérêt national de manière à toujours figurer à
léchelle de lEurope. cest dans cette optique quavec Christian
Cuvilliez, nous nous sommes battus pour obtenir la modernisation de la ligne SNCF, pour
laménagement de la RN 27. En revanche, les infrastructures portuaires devraient
pouvoir bénéficier de financements croisés du Département et de la région. »
Terminaison de la RN 27, quand
?
Sébastien Jumel :
« Le plan de financement était arrêté entre lEtat, la Région et le
Département et si le projet est arrêté cest parce que le Département na
pas honoré son engagement. Elu, jexigerai du département quil tienne sa
promesse. »
Annick Leveau :
« Pour moi le dossier est extrêmement simple. La RN 27 est une route nationale
et relève donc de la compétence de lEtat et de la Région. Le Département, lui,
soccupe du réseau départemental et assume pleinement sa mission. »
Et le gymnase Delvincourt ?
Annick Leveau :
« Il est vrai que le dossier a pris un peu de retard mais cest parce
quil a fallu associer le collège Braque au projet initial. Il a donc fallu rouvrir
des discussions avec lEducation Nationale pour imaginer un nouveau projet dont la
forme sera innovante mais aujourdhui les choses ont bien évolué. En la matière,
jestime quil vaut mieux bien réfléchir, quitte à perdre du temps, plutôt
que de faire nimporte quoi comme ce fut le cas avec la municipalité communiste qui
a construit la salle Aubertot de Neuville aujourdhui fermée parce que le toit ne
tient plus ! »
Sébastien Jumel :
« Cest lune des promesses non tenues dEdouard Leveau. Un beau
panneau a été installé au moment des élections de mars 2001, mais depuis : rien ! Si
je suis élu conseiller général je ferai en sorte que le dossier reparte au plus vite.
Enfin ! »
Autre dossier en stand-by, la
station balnéaire
Sébastien Jumel :
« Le projet de station balnéaire nécessite une réflexion à léchelle
intercommunale. Le dossier avait été monté en concertation, les demandes de subventions
avaient été faites, le dossier était bouclé. Dailleurs, Edouard Leveau a
lui-même participé à la discussion et aujourdhui, si le dossier est bloqué,
cest du fait de la nouvelle municipalité de droite. Le conseil général pourrait
évidemment accompagner ce projet, et je my emploierai. »
Annick Leveau :
« Ce dossier est typiquement un dossier Ville. Le conseil général ne peut pas
décider à la place de la Ville, dautant quil sagit dun
véritable serpent de mer. Tous les six ans, la municipalité communiste a ressorti ce
fameux projet sans jamais rien faire de concret. On en parle depuis 30 ans.
Aujourdhui, quoi quon en dise, la station balnéaire nest sûrement pas
enterrée et je mefforcerai dobtenir du conseil général quil
accompagne la Ville. »
Urgence pour lemploi avec
14 % de chômage à Dieppe
Annick Leveau :
« Les communistes ont-ils fait ce quil fallait pour conserver les emplois
? Non et cest même tout le contraire. En revanche, laction de la majorité de
Charles Revet a permis de relancer la ligne Dieppe-Newhaven, il va aider au financement de
travaux importants sur le port où les projets accompagnés par la Ville et le
Département sont nombreux. »
Sébastien Jumel :
« Cette question est à rapprocher de celle de la RN 27, de la communauté
dagglomération qui doit voir le jour, du dossier de station balnéaire
Tous
ces dossiers sont en lien avec les questions de lemploi. Au contraire, la politique
de droite représentée par Annick Leveau dans cette élection, vise à casser les 35
heures, les emplois-jeunes
Le conseiller général peut évidemment favoriser
limplantation dentreprises et défendre les emplois quand ils sont menacés.
»
P. R. |