Journal du 11 octobre 2002

Cantonales partielles
Sébastien Jumel face à Annick Leveau

Dans la moiteur d'une première

Mercredi après-midi, dans l’atmosphère feutrée d’un salon privé du Casino, Annick Leveau et Sébastien Jumel, candidats au poste de conseiller général du canton de Dieppe-Ouest, ont fait monter la pression au cours du débat organisé par les Infos et Paris Normandie. A 16 h, la première question était posée, le décor planté… Ambiance.

Une pièce de monnaie tournoie dans les airs, elle retombe côté pile sur la face d’une main. Annick Leveau vient de gagner le tirage au sort, elle va parler la première. Sébastien Jumel réclame quelques minutes supplémentaires, Christian Cuvilliez n’est pas encore là. Le candidat trépigne sur sa chaise tandis qu’Annick Leveau installe méthodiquement ses affaires sur la table. La montre, les dossiers, son texte d’introduction et… ses petites pastilles pour la gorge au cas où.

Dix maximum

Dix supporters. La règle du jeu était stricte, pas plus de dix supporters par candidat. Pourtant, alors que la première question est à peine posée et qu’Annick Leveau commence à y répondre, la porte s’ouvre en lâchant un couinement plaintif. Gérard Pestrinaux entre dans la salle. Jusque là, rien d’anormal mais… Mais l’ancien conseiller municipal est le onzième homme. Dans le camp d’Annick Leveau, personne ne s’y trompe.

Les œillades rageuses fusent en direction de celui qui vient de s’installer aux côtés du candidat communiste. L’ambiance devient particulièrement moite et électrique. Les deux candidats, même s’ils ne s’adressent pas directement la parole, se rendent coups pour coups.

Leurs supporters observent sans commenter mais certaines expressions des visages en disent long.

Annick Leveau, bien rôdée depuis le début du débat à qualifier Sébastien Jumel « d’adversaire communiste », finit par se prendre un peu les pieds dans le tapis et lâche un « mon candidat communiste ». Sébastien Jumel, du tac au tac, répond « qu’aux dernières nouvelles, il n’est pas le candidat d’Annick Leveau ».

La situation fait sourire, détend un peu l’atmosphère mais rapidement, la froideur du débat reprend sa place. Finalement, cette entrevue que l’on pressentait tendue, est restée dans les limites de la courtoisie. En revanche, et si les échanges sont restés corrects, les deux camps n’ont pas trinqué à l’issue du débat. Faut peut-être pas trop en demander…

 Eric Bonté

Le face à face

C’est une première à Dieppe. Organisé par les Informations Dieppoises, avec nos confrères de Paris-Normandie, dans les salons du Casino, le débat qui a opposé mercredi soir Annick Leveau à Sébastien Jumel a permis aux deux candidats de se livrer à une joute orale sans filet, à deux jours d’un deuxième tour de l’élection cantonale qui s’annonce des plus serrés. La candidate de l’UMP et celui du Parti communiste qui ont soigneusement évité de croiser leurs regards pendant plus d’une heure de discussion avec les journalistes, ont tour à tour évoqué les grands dossiers dieppois. Des dossiers essentiels pour l’avenir auxquels il faudra s’atteler dès lundi au lendemain de l’élection. Le débat qui a pris la forme d’un grand oral inédit pour les deux candidats aura également permis de mettre en lumière d’une part des capacités oratoires jusqu’alors méconnues et en second lieu de révéler une excellente maîtrise des dossiers.

Pour respecter une règle du jeu claire et absolue, les deux candidats mis sur la sellette devant un public réduit à dix supporters chacun — l’option du débat public ayant été rejetée de crainte de débordements — se sont exprimés à tour de rôle et ont maîtrisé leur envie manifeste d’en découdre parfois un peu plus vertement. La longue histoire locale des relations entre le RPR et le PCF n’ayant pas toujours été placée sous le signe de la plus grande délicatesse. Si les vieilles histoires ont parfois failli resurgir, les candidats, et nous les en remercions, se sont finalement largement concentrés sur l’avenir. L’essentiel !

L’abstention

57 % de Dieppois ne sont pas allés voter dimanche dernier, pourquoi ? Pourtant, le rôle du conseil général se traduit par des actions concrètes dans la vie de tous les jours.

Annick Leveau :

« Une telle abstention est évidemment à déplorer pour tout le monde, mais c’est toujours le cas dans des cantonales partielles. Quant à mon résultat (31,44 %), il faut l’ajouter à celui de Patrick Hoornaert (17,26 %) proche de moi. Au total, nous arrivons à près de 49 % ce qui est plus que le résultat obtenu par mon mari en mars 2001. Je n’ai donc pas de raison d’être déçue. Les Dieppois nous connaissent et ils savent bien que le nom de Leveau que je porte, est symbole d’honnêteté et de courage. L’action du conseil général est essentielle dans la vie quotidienne de tous, en terme d’action sociale, pour le développement. Pour Dieppe, il serait dangereux d’envoyer à Rouen pour nous représenter un élu dont les amis combattent la politique de Charles Revet dont nous profitons tous. Un seul exemple, c’est Charles Revet qui a fait renaître la ligne transmanche détruite par les amis de mon adversaire communiste. »

Sébastien Jumel :

« Ces abstentions sont évidemment problématiques mais je ne me permettrais pas de culpabiliser ceux qui ne sont pas allés voter. Pour remédier à cela, il faut faire de la politique autrement, celle que je propose. Une politique de proximité et de dialogue. Mon résultat (37,68 %) est évidemment très encourageant, il est porteur d’espoir. L’électorat de gauche s’est mobilisé et je crois que le mouvement va encore s’amplifier dimanche. Notre travail au contact des gens a permis de fédérer diverses sensibilités parmi la population dont le vote traduit la lucidité des Dieppois qui rejettent la politique de droite. J’ai le sentiment que le résultat de dimanche dernier a marqué un rejet fort de la candidature imposée par Edouard Leveau. Concernant le débat qui voudrait supprimer les Départements au profit des seules Régions, j’estime que les conseils généraux ont toute leur place. Cependant, travailler en croisant davantage les financements et les idées avec d’autres collectivités me paraît judicieux. »

Quelle politique sociale ?

Sébastien Jumel :

L’action sociale est la première des compétences des conseils généraux même si en Seine-Maritime on a un peu de mal à le voir. Les problèmes ne manquent pas, dans le logement, dans l’accueil des personnes âgées, au Château Michel par exemple où les coûts sont difficilement supportables pour les familles. Trop souvent, la politique sociale défendue par Mme Leveau se contente d’être de l’assistanat politique.

Annick Leveau :

Comment mon adversaire politique peut-il nous reprocher des problèmes de logement à Dieppe alors que pendant trente ans, ses amis n’ont rien fait ! Au contraire de ce qu’il dit, j’affirme que le conseil général fait énormément sur le terrain du social. On a coutume de dire qu’il accompagne les gens de la naissance jusqu’à la mort et c’est le cas. Sans l’action du conseil général, bien des associations ne pourraient pas vivre. »

Quelle tutelle pour le port de commerce ?
Région ou Département ?

Annick Leveau :

« Dans la mesure où c’est le conseil général qui a tout fait pour sauver le port de Dieppe, au vu de l’argent qu’il a investi et puisque l’Etat n’a pas été à la hauteur de ses engagements, c’est évidemment le Département qui doit obtenir la tutelle. »

Sébastien Jumel :

« Selon moi, la question ne doit pas se poser comme ça. Le port de Dieppe doit rester un port d’intérêt national de manière à toujours figurer à l’échelle de l’Europe. c’est dans cette optique qu’avec Christian Cuvilliez, nous nous sommes battus pour obtenir la modernisation de la ligne SNCF, pour l’aménagement de la RN 27. En revanche, les infrastructures portuaires devraient pouvoir bénéficier de financements croisés du Département et de la région. »

Terminaison de la RN 27, quand ?

Sébastien Jumel :

« Le plan de financement était arrêté entre l’Etat, la Région et le Département et si le projet est arrêté c’est parce que le Département n’a pas honoré son engagement. Elu, j’exigerai du département qu’il tienne sa promesse. »

Annick Leveau :

« Pour moi le dossier est extrêmement simple. La RN 27 est une route nationale et relève donc de la compétence de l’Etat et de la Région. Le Département, lui, s’occupe du réseau départemental et assume pleinement sa mission. »

Et le gymnase Delvincourt ?

Annick Leveau :

« Il est vrai que le dossier a pris un peu de retard mais c’est parce qu’il a fallu associer le collège Braque au projet initial. Il a donc fallu rouvrir des discussions avec l’Education Nationale pour imaginer un nouveau projet dont la forme sera innovante mais aujourd’hui les choses ont bien évolué. En la matière, j’estime qu’il vaut mieux bien réfléchir, quitte à perdre du temps, plutôt que de faire n’importe quoi comme ce fut le cas avec la municipalité communiste qui a construit la salle Aubertot de Neuville aujourd’hui fermée parce que le toit ne tient plus ! »

Sébastien Jumel :

« C’est l’une des promesses non tenues d’Edouard Leveau. Un beau panneau a été installé au moment des élections de mars 2001, mais depuis : rien ! Si je suis élu conseiller général je ferai en sorte que le dossier reparte au plus vite. Enfin ! »

Autre dossier en stand-by, la station balnéaire

Sébastien Jumel :

« Le projet de station balnéaire nécessite une réflexion à l’échelle intercommunale. Le dossier avait été monté en concertation, les demandes de subventions avaient été faites, le dossier était bouclé. D’ailleurs, Edouard Leveau a lui-même participé à la discussion et aujourd’hui, si le dossier est bloqué, c’est du fait de la nouvelle municipalité de droite. Le conseil général pourrait évidemment accompagner ce projet, et je m’y emploierai. »

Annick Leveau :

« Ce dossier est typiquement un dossier Ville. Le conseil général ne peut pas décider à la place de la Ville, d’autant qu’il s’agit d’un véritable serpent de mer. Tous les six ans, la municipalité communiste a ressorti ce fameux projet sans jamais rien faire de concret. On en parle depuis 30 ans. Aujourd’hui, quoi qu’on en dise, la station balnéaire n’est sûrement pas enterrée et je m’efforcerai d’obtenir du conseil général qu’il accompagne la Ville. »

Urgence pour l’emploi avec 14 % de chômage à Dieppe

Annick Leveau :

« Les communistes ont-ils fait ce qu’il fallait pour conserver les emplois ? Non et c’est même tout le contraire. En revanche, l’action de la majorité de Charles Revet a permis de relancer la ligne Dieppe-Newhaven, il va aider au financement de travaux importants sur le port où les projets accompagnés par la Ville et le Département sont nombreux. »

Sébastien Jumel :

« Cette question est à rapprocher de celle de la RN 27, de la communauté d’agglomération qui doit voir le jour, du dossier de station balnéaire… Tous ces dossiers sont en lien avec les questions de l’emploi. Au contraire, la politique de droite représentée par Annick Leveau dans cette élection, vise à casser les 35 heures, les emplois-jeunes… Le conseiller général peut évidemment favoriser l’implantation d’entreprises et défendre les emplois quand ils sont menacés. »

P. R.


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