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Journal du 8 octobre 2002
Snekkar Arctic
Le constructeur mis en cause
| 18 mois de prison avec sursis et 45735
euros damende ont été requis contre Guy Roux, le constructeur du
chalutier-congélateur qui avait sombré le 21 février 1986 (lire notre édition de vendredi). Les familles des
disparus ont le sentiment davoir été entendues et attendent maintenant avec
impatience le 28 janvier, que le jugement soit enfin rendu. «Nous
avons eu limpression dêtre soutenus par le parquet », se félicitent les
avocats de la partie civile à la sortie de la cour dappel de Paris. Les avocats des
18 familles des victimes qui ont plaidé durant deux jours des erreurs de conception, ont
de quoi être satisfaits. Guy Roux, le constructeur du Snekkar-Arctic risque 18 mois de
prison avec sursis et 45735 euros damende. Jusquici les jugements à
répétition avaient successivement mis en cause, puis réhabilité, la responsabilité du
constructeur naval, mais jamais la peine requise naura été aussi lourde.
Aujourdhui, Bernard Malet, président de lAssociation des familles des
disparus (lAFSA) est plutôt optimiste. « La peine de prison est supérieure de six
mois à celle qui avait été requise à Rennes (ndlr: le dernier jugement en date qui a
été cassé par la suite) et lamende est multipliée par dix. Et sil y a
encore cassation, ce qui ne métonnerait pas du tout, nous avons la possibilité de
faire appel devant la Cour de justice européenne, car ces dizaines dannées
dinstruction, dexpertises et de contre-expertises sont intolérables, alors
que Guy Roux a déjà été condamné deux fois », explique Bernard Malet, à qui ces
deux jours ont redonné lespoir que justice soit enfin rendue.
« Aucune faute de
léquipage »
Dans son réquisitoire, lavocat général, Marcel
Balit, estime que le constructeur est en partie responsable du drame « et surtout il
na retenu aucune faute de léquipage », insiste Bernard Malet. Lors de la
première journée daudience, Guy Roux, ancien PDG des Ateliers et Chantiers de la
Manche, avait tenté de reporter la faute sur les marins mais lavocat général, à
lheure des réquisitions, nen a pas tenu compte, bien au contraire.
Lerreur de conception du chalutier, notamment linexistence de protection
étanche en cas de fortes tempêtes, lui a été attribuée sans concession. « Vous
navez pas respecté les règles de lart », lui a lancé lavocat
général. Celui-ci a aussi précisé que les panneaux électriques avaient été
modifiés sur son frère jumeau, le Snekkar Nordic et son cousin germain, le Snekkar (voir
ci-dessous) depuis le naufrage, insistant un peu plus sur la responsabilité du
constructeur.
De son côté, lavocat de Guy Roux, Maître Michel Quimbert, a réclamé
la relaxe pure et simple de son client, sappuyant notamment sur la loi du 10 juillet
2000 sur les délits non intentionnels en évoquant une « responsabilité indirecte ».
Lavocat de Jean Bourel, le préposé du bureau Véritas, qui nencourait aucune
faute pénale (ndlr: exclue par un arrêt de la cour dappel de Rouen en 1995), mais
une mise en cause de sa responsabilité civile, a remis en question le rôle de
larmateur. « Les marins de ce navire étaient obsédés par le souci de rendement.
Ils sont morts par la faute dun armement qui na pas fourni léquipement
nécessaire pour le sauvetage ou na pas montré aux marins comment sen servir
», a défendu vivement Maître Alain Guy-Viénot. Les avocats de la partie civile
réclament des dommages et intérêts presque deux fois supérieurs à ceux requis par la
cour dappel de Rennes (60500 euros pour les veuves, 39400 euros pour les enfants et
parents et 15240 euros pour les frères et surs.)
« Cette épopée judiciaire fera jurisprudence dans le monde maritime », clame
Bernard Malet qui pense déjà à réunir des fonds pour une éventuelle cassation et un
nouvel épisode judiciaire. La justice rendra son verdict le 28 janvier. « Cest une
affaire qui dure depuis si longtemps que je me demande quand même si la cour de cassation
aura le culot de revenir sur le jugement », sinterroge finalement le président de
lAFSA.
Briac Trébert
Des précédents sur les autres
Snekkar
Le 3 novembre dernier, le Snekkar, « issu du même chantier
de construction que le Snekkar Arctic », précise Bernard Malet, a connu une série
dincidents. Le tableau électrique tombe en panne à 20 miles des côtes
norvégiennes, le bateau est stoppé alors que le vent dépasse les 30 nuds.
Leau sinfiltre à bord, le groupe électrogène de secours ne fonctionne pas
et les pompes non plus. Heureusement, lissue sera moins tragique quen 1986
puisquun remorqueur emmènera le bateau jusquau port le plus proche. Le navire
dieppois arrivera à quai avec 20 cm deau à bord.
Un mois après le naufrage du Snekkar Arctic déjà, le Snekkar Nordic, son
frère jumeau, avait été en proie à des difficultés. Les anomalies ont été aussitôt
corrigées.
Combinaisons de survie : le
piège mortel
Certains marins nont pu enfiler leur combinaison de
survie à temps, ce qui leur a coûté la vie. « Il y avait une taille unique sur le
bateau », sindigne Bernard Malet « des marins se sont retrouvés avec une
combinaison trop petite à mettre ». Lavocat de la défense, Alain Guy-Viénot,
lui, met en cause le manque dentraînement de la part des marins. Joint par
téléphone, Philippe Vinot, chef de centre de sécurité des marins de la Seine Maritime
et ancien officier de sécurité sur des bateaux de commerce, explique que lenfilage
dune combinaison est de lordre dune minute. « Une personne bien
entraînée, qui sest servie de la combinaison test prévue à cet effet dans le
bateau na besoin que dune minute pour lenfiler, si les conditions sont
favorables. Après, il y a une différence entre lexercice et la réalité, il
suffit que le marin ne sache pas où elle se trouve exactement dans un navire plongé dans
le noir par exemple », évoque-t-il. Dans leau, le corps se refroidit trente fois
plus rapidement que dans lair. Cette nuit-là, la température y était de 5 °C. De
plus, la mer était agitée et, avec les embruns, lair est pauvre en oxygène et
riche en eau. Sans combinaison, les marins nont pu survivre plus de trente minutes. |
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