| Le Saint-Germain a longtemps servi de
toit pour les dizaines de réfugiés qui errent dans Dieppe depuis plusieurs semaines. Les
premiers coups de pelleteuse dans la coque du navire ont fait sortir les Kurdes irakiens
qui y avaient trouvé refuge. Aujourdhui, il ne leur reste quun feu et
laide de lassociation daide aux réfugiés pour espérer rester en
vie
Depuis quelques jours, le sort sacharne sur les
dizaines de clandestins irakiens présents dans la cité dAngo. Alors que la pluie
et le vent redoublent de violence, cest le refuge dans lequel ils avaient
lhabitude de sabriter, qui disparaît sous lassaut des engins de
démolition.
Le «Saint-Germain», ce bateau posé là depuis son naufrage, gît
aujourdhui, le ventre ouvert, à quelques pas du ferry, qui symbolise leur rêve de
liberté. De la cale séchappent les restes de leur passage. Des vêtements usés
par le long périple à travers lEurope, une casserole quils utilisaient lors
des maigres dîners que la France leur a offerts, des billets de trains retraçant leur
itinéraire Calais-Dieppe
Des blocs
de béton pour bloquer laccès
Aujourdhui, ils nont plus rien. Ils sont réunis
autour du feu, nourri par les morceaux de bois arrachés à la coque du Saint-Germain. Ces
réfugiés, dont certains sont à moitié dénudés et attendent que le linge sèche, ne
veulent pas dargent, juste de la nourriture.
Cela fait maintenant quinze jours quErik Schando et Jean Claude Placette,
membres de lassociation Information Solidarité Réfugiés (ISR), viennent à leur
rencontre, une ou deux fois par jour. Chargés de pain, fromage, pomme, eau et jus
dorange, les deux hommes tentent de leur apporter le minimum «vital».
«Lassociation na pas suffisamment de fonds, nous puisons dans nos finances
personnelles et sur quelques dons», explique Erik Schando, le président dISR.
Lhomme peste contre les autorités qui mettent des bâtons dans les roues
de ceux qui comme lui essaient dadoucir le quotidien de ces Kurdes irakiens. « On
nous a mis des blocs de béton pour nous empêcher daccéder au site en voiture. On
doit faire plus de 600 mètres à pied les bras chargés », lance-t-il.
Peut-être la fin du calvaire
Arrivés sur les lieux, les réfugiés se regroupent autour
des deux Dieppois. Lundi, ces derniers étaient reçus comme des messies, apportant, en
plus de la nourriture, des nouvelles concernant les discussions entre Nicolas Sarkozy et
son homologue britannique, David Blunkett. Il est en effet question de permettre
lentrée en Grande-Bretagne de 1 000 Kurdes irakiens ex-réfugiés de Sangatte.
Emmitouflé dans un blouson kaki, capuche sur la tête, Mohammed, 32 ans,
ingénieur à Bagdad servait dinterprète avec ses quelques mots danglais. Il
a quitté la capitale irakienne il y a un mois, passant par Paris avant darriver à
Dieppe où son seul espoir est de prendre un ferry pour lAngleterre. « Moi et mes
amis, nous vous remercions beaucoup pour ces informations », glisse-t-il à Erik Schando
au nom de la vingtaine de réfugiés regroupés autour de lui.
« Une situation sanitaire
dramatique »
Tous écoutent attentivement, les yeux brillants. Peut-être
la fin du calvaire pour Mohammed, qui porte sur lui des traces de cambouis, tentative
ratée dun passage en Angleterre sous un camion
En quittant ces sans-papiers, Erik Schando lance avec gravité : « Si cela
perdure, on va vers une situation sanitaire dramatique. Bientôt, il y aura des
morts
».
En repartant vers sa voiture, il jette un dernier coup dil aux plots
de béton qui bordent la mer et qui leur servent désormais de seul « abri » face aux
embruns et au vent qui, lundi, soufflait violemment sur le front de mer
BT et VG
Appel aux dons
Erik Schando, le président dInformation Solidarité
Réfugiés (également dentiste à Dieppe) fait un appel aux dons. « Des denrées
alimentaires, qui ne nécessitent pas de cuisson et des couvertures sont les bienvenues
», explique-t-il.
Les Dieppois qui le souhaitent peuvent les déposer à son cabinet 8, rue
Desmarquets.
Pour toute information : 02 35 84 52 36. |