Journal du 3 décembre 2002

Une vingtaine de Kurdes naufragés du Saint-Germain
Clandestins :
"Si la situation perdure, il y aura des morts"

Le Saint-Germain a longtemps servi de toit pour les dizaines de réfugiés qui errent dans Dieppe depuis plusieurs semaines. Les premiers coups de pelleteuse dans la coque du navire ont fait sortir les Kurdes irakiens qui y avaient trouvé refuge. Aujourd’hui, il ne leur reste qu’un feu et l’aide de l’association d’aide aux réfugiés pour espérer rester en vie…

Depuis quelques jours, le sort s’acharne sur les dizaines de clandestins irakiens présents dans la cité d’Ango. Alors que la pluie et le vent redoublent de violence, c’est le refuge dans lequel ils avaient l’habitude de s’abriter, qui disparaît sous l’assaut des engins de démolition.

Le «Saint-Germain», ce bateau posé là depuis son naufrage, gît aujourd’hui, le ventre ouvert, à quelques pas du ferry, qui symbolise leur rêve de liberté. De la cale s’échappent les restes de leur passage. Des vêtements usés par le long périple à travers l’Europe, une casserole qu’ils utilisaient lors des maigres dîners que la France leur a offerts, des billets de trains retraçant leur itinéraire Calais-Dieppe…

Des blocs
de béton pour bloquer l’accès

Aujourd’hui, ils n’ont plus rien. Ils sont réunis autour du feu, nourri par les morceaux de bois arrachés à la coque du Saint-Germain. Ces réfugiés, dont certains sont à moitié dénudés et attendent que le linge sèche, ne veulent pas d’argent, juste de la nourriture.

Cela fait maintenant quinze jours qu’Erik Schando et Jean Claude Placette, membres de l’association Information Solidarité Réfugiés (ISR), viennent à leur rencontre, une ou deux fois par jour. Chargés de pain, fromage, pomme, eau et jus d’orange, les deux hommes tentent de leur apporter le minimum «vital». «L’association n’a pas suffisamment de fonds, nous puisons dans nos finances personnelles et sur quelques dons», explique Erik Schando, le président d’ISR.

L’homme peste contre les autorités qui mettent des bâtons dans les roues de ceux qui comme lui essaient d’adoucir le quotidien de ces Kurdes irakiens. « On nous a mis des blocs de béton pour nous empêcher d’accéder au site en voiture. On doit faire plus de 600 mètres à pied les bras chargés », lance-t-il.

Peut-être la fin du calvaire

Arrivés sur les lieux, les réfugiés se regroupent autour des deux Dieppois. Lundi, ces derniers étaient reçus comme des messies, apportant, en plus de la nourriture, des nouvelles concernant les discussions entre Nicolas Sarkozy et son homologue britannique, David Blunkett. Il est en effet question de permettre l’entrée en Grande-Bretagne de 1 000 Kurdes irakiens ex-réfugiés de Sangatte.

Emmitouflé dans un blouson kaki, capuche sur la tête, Mohammed, 32 ans, ingénieur à Bagdad servait d’interprète avec ses quelques mots d’anglais. Il a quitté la capitale irakienne il y a un mois, passant par Paris avant d’arriver à Dieppe où son seul espoir est de prendre un ferry pour l’Angleterre. « Moi et mes amis, nous vous remercions beaucoup pour ces informations », glisse-t-il à Erik Schando au nom de la vingtaine de réfugiés regroupés autour de lui.

« Une situation sanitaire dramatique »

Tous écoutent attentivement, les yeux brillants. Peut-être la fin du calvaire pour Mohammed, qui porte sur lui des traces de cambouis, tentative ratée d’un passage en Angleterre sous un camion…

En quittant ces sans-papiers, Erik Schando lance avec gravité : « Si cela perdure, on va vers une situation sanitaire dramatique. Bientôt, il y aura des morts… ».

En repartant vers sa voiture, il jette un dernier coup d’œil aux plots de béton qui bordent la mer et qui leur servent désormais de seul « abri » face aux embruns et au vent qui, lundi, soufflait violemment sur le front de mer…

BT et VG

Appel aux dons

Erik Schando, le président d’Information Solidarité Réfugiés (également dentiste à Dieppe) fait un appel aux dons. « Des denrées alimentaires, qui ne nécessitent pas de cuisson et des couvertures sont les bienvenues », explique-t-il.

Les Dieppois qui le souhaitent peuvent les déposer à son cabinet 8, rue Desmarquets.

Pour toute information : 02 35 84 52 36.


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