| Depuis huit jours, Arkmed et Hassan,
deux jeunes Kurdes Irakiens de 21 et 22 ans, vivent cachés à Dieppe en attendant de
pouvoir embarquer sur le ferry. Témoignage
Un seul souci:
rester cachés et attendre. Attendre la bonne occasion pour se glisser dans une remorque
ou sous un essieu de camion pour pouvoir embarquer dans le ferry en partance pour
lAngleterre. Arkmed, 22 ans, et Hassan, 21 ans, sont irakiens et font partie de
cette cohorte de clandestins qui ont choisi Dieppe pour tenter de passer de lautre
côté. Vers lEldorado, ou tout du moins ce quils considèrent être un
Eldorado.
« Là-bas, on sera
ouvriers
»
Les deux jeunes hommes que nous avons rencontrés dans leur
repère dieppois un vieux chalutier à labandon après un naufrage
disent être à Dieppe depuis huit jours. Leur voyage par la route depuis lIrak, via
la Turquie et les Balkans, a duré 28 jours et « a coûté beaucoup dargent pour
payer les passeurs. »
Un peu plus loin, dans un bunker, cest une demi-douzaine dAlbanais
qui ont trouvé refuge. Avec les mêmes espoirs.
Du pont arrière du vieux chalutier, les deux Irakiens voient tout des
manuvres de ce beau ferry jaune et vert qui les fait rêver dune vie
meilleure.
Depuis leur départ dIrak, les clandestins vivent coupés du monde, et de
leurs familles qui ont fui elles aussi mais dont ils ont perdu la trace en Turquie. Arkmed
et Hassan se disent prêts à tout pour réussir à traverser la Manche, « on connaît
déjà du monde qui a réussi. Là-bas, on sera ouvriers, on nous attend »
témoignent-ils dans un anglais approximatif.
A même le sol
Ils sont sept au total, sept hommes, à vivre dans ce
minuscule espace depuis une semaine. Dans des conditions inhumaines. Lendroit est
ouvert aux quatre vents, froid et humide. Les sept clandestins dorment à même le sol et
avouent ne plus avoir un centime en poche. « Pour manger, on se débrouille
Il y a
aussi des gens dici qui savent que nous sommes là et qui nous amènent à manger »
raconte Arkmed.
Sur le sol pourri de leur abri, les clandestins qui ignoraient les menaces de
bombardement qui planent sur leur pays depuis que le président Bush a décidé de faire
tomber le régime de Saddam Hussein, un simple brasero distille un peu de chaleur et
permet de faire chauffer de leau pour avaler un verre de thé. Vêtements et
chaussures traînent au milieu de restes de nourriture.
Arkmed et Hassan savent bien que la police risque dintervenir à chaque
instant, ils ont bien conscience que leurs conditions dexistence sont inacceptables,
« mais le besoin de fuir le régime de lIrak est encore plus fort ». Un régime
où les Kurdes forment une minorité opprimée depuis trop longtemps. Leur chemin vers la
liberté doit passer par Dieppe, ils en sont convaincus.
P. R. et B.T.
Président de Informations Solidarité
Réfugiés,
Erik Schando crie sa colère :
« Derrière les sans-papiers,il y a des hommes »
Non, je ne serai pas la bonne conscience des hommes et
femmes politiques. Une association comme ISR (Informations Solidarité Réfugiés) ne peut
pas se substituer aux décisions qui sont purement politiques. Voilà 15 ans que nous
tentons de résoudre des problèmes avec des moyens inexistants. Malheureusement, mis à
part lélan du cur, cela ne sert pas à grand chose de prodiguer une aide
ponctuelle. Le problème doit être résolu en amont mais tout le monde sen moque
».
Président de ISR, Erik Schando ne parle pas la langue de bois. Et il
noublie pas que les sans-papiers sont avant tout des hommes qui souffrent. «
Lessentiel du problème ne peut pas être résolu par des associations, clame haut
et fort Erik Schando. Il faut rouvrir durgence les structures daccueil pour
les demandeurs dasile comme ceux qui viennent darriver à Dieppe. On doit
trouver des délégations de lOFPRA dans ces structures afin de traiter rapidement
les dossiers de ces personnes. Plutôt que les centres daccueil, on préfère les
laisser survivre dans des conditions indécentes. Cela nhonore par la France, pays
des droits de lhomme ». Et le président de ISR de dénoncer « lattitude des
politiques qui transfèrent les problèmes mais ne les solutionnent pas. On a fermé
Sangatte et les personnes sans papiers ont migré vers Calais puis maintenant Dieppe. Il
va bien falloir prendre des décisions courageuses à un moment ou à un autre. Si tel
nest pas le cas, nous reverrons des choses atroces. La PAF (Police de lAir et
des Frontières) nexiste plus à Dieppe et les transporteurs reçoivent des amendes
sils transportent des personnes qui ne sont pas en règle. Avec ces lois, on va
finir par mettre des êtres humains à la mer pour ne pas payer des amendes ».
Avec des moyens plus que limités, Informations Solidarité Réfugiés peut à
peine fonctionner normalement, cest à dire défendre et aider les demandeurs
dasile: « La vie associative est manipulée et on ne veut surtout pas laisser les
associations travailler dans de bonnes conditions, reprend M. Schando. Lidéal, je
le répète, ce serait que des associations comme la nôtre uvrent dans des
structures daccueil qui sont vraiment indispensables. Aujourdhui, jai
honte de rencontrer les personnes sans papiers là où elles se sont réfugiées ».
Et Erik Schando den appeler à « travailler en amont, en aidant les pays
qui génèrent une telle misère. Réapprenons le partage et souvenons-nous quil y a
des hommes, des femmes et parfois des enfants derrière les sans papiers ».
Cest vrai que le phénomène est tellement banalisé quon avait
presque fini par oublier les drames humains vécus par ces populations à la recherche
dune terre dasile.
Ch. Q. |