Journal du 10 décembre 2002

Le ministre commente l'affaire des clandestins de Dieppe
Patrick Devedjian :
"Nous nous occupons des réfugiés"

En visite vendredi à Rouen, le ministre délégué aux libertés locales, qui dépend du ministère de l’Intérieur, a accepté de commenter pour nous l’affaire des réfugiés « naufragés du Saint-Germain » (Les Infos du 3 décembre). Il affirme que la fermeture de Sangatte n’a pas provoqué un afflux de réfugiés plus important vers d’autres ports, comme à Dieppe.

Les Infos:
La fermeture du centre de Sangatte a eu des conséquences dans de nombreux ports. En particulier à Dieppe, où l’on a vu arriver un flux de réfugiés qui vivent dans des conditions très précaires. Le ministère de l’Intérieur est-il informé de ces problèmes nouveaux?

Patrick Devedjian:
Nous nous préoccupons du suivi de la fermeture de Sangatte, bien sûr, du moins s’il y a des effets secondaires.

Les Infos:
Dans le cas de Dieppe, il s’agit de Kurdes irakiens qui veulent aller en Angleterre, mais qui ne sont pas forcément passés par Sangatte. Donc, ils ne pourront faire partie des 1300 réfugiés accueillis outre-Manche. Ils ne demandent pas le droit d’asile en France, et vivent dans le froid et sans nourriture. Que faire alors?

Patrick Devedjian:
C’était déjà le cas. Tout le monde ne passait pas par Sangatte. Ce n’est donc pas une nouveauté, et la fermeture de Sangatte ne change rien à cela. Elle ne change rien au fait que l’Angleterre ne veut pas les accueillir.

« Tous les préfets ont pris en charge
des réfugiés »

Les Infos:
Que comptez-vous faire au plan sanitaire pour ces réfugiés?

Patrick Devedjian:
Nous les prenons en charge, naturellement, de manière souvent discrète, parce que le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien. Mais nous nous en occupons.

Les Infos:
Par le biais des collectivités locales? Des préfets?

Patrick Devedjian:
Tous les préfets ont pris en charge d’ores et déjà - y compris d’ailleurs dans ce département - un certain nombre de ces personnes.

Les Infos:
Mais à Dieppe, ils sont encore par groupes d’une vingtaine, sans abri, autour d’un bateau qui a été démoli. Ils ont bricolé des tentes de fortune le long de la jetée et ne sont pas encore hébergés.

Patrick Devedjian:
Nous les prenons en charge, nous nous en occupons…

Les Infos:
Avez-vous une idée du nombre de personnes, qui ne sont pas passées par Sangatte, mais qui errent le long de nos ports?

Patrick Devedjian:
Ils sont probablement autant qu’avant la fermeture de Sangatte. Ils n’étaient pas comptabilisés avant, ce serait singulier de vouloir les comptabiliser maintenant. Et comme ce sont des clandestins, c’est évidemment quelque chose de difficile à faire.

Propos recueillis par Olivier Bassine

Ils veulent toujours aller
en Angleterre

Le ministre délégué aux Libertés locales, dont le ministre de tutelle est Nicolas Sarkozy, présent aux Assises de Rouen mais qui est reparti après son discours sans accorder d’interview à la presse, indique dans cet entretien qu’il n’y a pas plus de réfugiés dans les ports français qu’avant la fermeture de Sangatte. A Dieppe, nous pouvons attester que l’arrivée massive de réfugiés kurdes irakiens (probablement une quarantaine qui erraient sans toit aux abords du terminal ferry) est intervenue presque simultanément avec l’annonce de la fermeture de Sangatte.

Quant à affirmer que ces réfugiés sont pris en charge par les services de l’Etat, c’est sans doute vrai pour ceux qui acceptent une demande d’asile en France. Mais ceux qui maintiennent leur désir d’aller en Angleterre, lundi, ils étaient toujours une demi-douzaine autour des cendres du Saint-Germain, le bateau qui leur servait d’abri et dont les restes ont été brûlés après avoir été désossés. Et c’est l’association Information Solidarité Réfugiés qui continue à fournir de la nourriture et des couvertures aux clandestins et qui espère que le ministère de l’Intérieur interviendra pour qu’ils puissent passer en Angleterre.


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