Journal du 8 octobre 2002

Elections cantonales partielles
La gauche gagne le 1er tour

Surprise dimanche soir avec le candidat du PCF en première position et un recul sensible des positions RPR. Pourtant, avec 57 % d’abstention au premier tour, tout reste possible.

Pour Annick Leveau, c’est une défaite. Incontestable. Pour Sébastien Jumel, une victoire. Inespérée dans son ampleur.

A ne pas avoir fait campagne, l’épouse du maire a sans doute payé dimanche soir un excès de confiance. Quant au candidat du Parti communiste, il a pour sa part récolté les fruits d’un gros travail de terrain. En déroute depuis les législatives, le PCF a fait son autocritique et décidé de jouer la carte jeune.

Pari gagné car l’ancien attaché parlementaire de Christian Cuvilliez ne partait pas favori. Loin de là. Et pourtant, à l’arrivée, c’est bien Sébastien Jumel qui pointe en tête avec 37,68 % des voix contre 31,44 % à Annick Leveau. « La campagne de proximité nous a montré que les Dieppois ont la volonté de trouver un pôle de résistance. C’est un rejet du clan Leveau qui s’est manifesté. Je suis aussi convaincu que les électeurs qui ont voté Hoornaert ont souhaité, eux aussi, dire non à la manœuvre Leveau » a commenté le candidat communiste après la proclamation des résultats dans une ambiance un rien électrique. Il est vrai qu’il y a bien longtemps que la gauche n’avait plus eu l’occasion de sourire un soir d’élection.

Annick Leveau pour sa part, retranchée dans son bureau de la rue de la Rade, a mis sur le dos des abstentionnistes le poids de sa défaite : « Je regrette le peu de mobilisation, mais c’est toujours comme ça pour une élection partielle (...)». Malgré le résultat de dimanche, la candidate de l’UMP veut rester confiante pour dimanche prochain : « Jamais je n’ai pensé être élue dès le premier tour, mais pour dimanche, je me vois bien terminer à 51 ou 52 %. »

Avec seulement quatre candidats issus des quatre partis classiques, l’élection de dimanche a retrouvé une configuration telle qu’on la connaissait voici une trentaine d’années. Lorsque les Verts, l’extrême gauche, la droite nationale étaient tellement inexistants qu’ils ne présentaient jamais de candidat.

Cette absence de « petits » candidats a sans aucun doute joué en faveur du candidat communiste dont les électeurs traditionnels et historiques ont depuis quelque temps pris l’habitude de s’éparpiller vers la Ligue Communiste ou Lutte Ouvrière voire… vers le Front National qui réunit autant de déçus de droite que de déçus de gauche. Sébastien Jumel aura également profité d’un vote des électeurs Verts qui à l’évidence ne sont pas allés vers Eric Tavernier, le candidat présenté par le Parti socialiste, qui dès lundi matin publiait un communiqué pour dire sa déception au lendemain d’un scrutin marqué par 57 % d’abstention. « Ce qui signifie que moins d’un électeur sur deux se sent concerné par les enjeux politiques d’aujourd’hui. »

En homme de gauche, le candidat du PS « invite les électeurs à accorder leurs suffrages à Sébastien Jumel afin de permettre l’élection d’un conseiller général de gauche pour défendre Dieppe. »

Avec 17,26 % des suffrages, Patrick Hoornaert signe un score plus qu’honorable pour une première candidature en solo. Un score qui lui permet — et il ne s’en cache pas — d’envisager l’avenir. « En politique on évolue lentement. Je me positionne pour l’avenir et il faudra compter sur moi pour les prochaines échéances. J’étais dans le bois, aujourd’hui je suis à la lisière… En tout cas, je n’ai pas le sentiment d’avoir fait de l’ombre à Annick Leveau car en démocratie, on ne se fait pas d’ombre ! » Lundi après-midi, le candidat de l’UDF attendait un coup de fil d’Annick Leveau avant de se prononcer pour le second tour.

P. R. avec E.B et B.T.

Analyse bureau par bureau

Sébastien Jumel en pôle position

La loi des chiffres est implacable ! Annick Leveau a manifestement réalisé un score très inférieur à celui de son mari en mars 2001. Déjà, des voix s’élèvent pour dire que le choix de la candidate n’était pas forcément le bon. Au PC, en revanche, le ticket jeune semble avoir pris.

Les élections partielles ne font jamais recette et la tradition n’a pas dérogé à la règle dimanche sur le canton de Dieppe-Ouest avec seulement 42,62 % de votants ! Touché par le cumul des mandats, le député-maire dieppois Edouard Leveau remettait son fauteuil en jeu. Ils étaient quatre sur la ligne de départ et c’est le représentant du Parti communiste Sébastien Jumel (37,68 % des suffrages exprimés) qui a créé la surprise en arrivant largement en tête devant Annick Leveau (31,44 %). A noter aussi le score intéressant de Patrick Hoornaert (17,26 %) et celui beaucoup plus décevant d’ Eric Tavernier (13,61 %). Analysons ces résultats bureau par bureau en les rapportant aux chiffres du premier tour de la cantonale de mars 2001.

Abstention à droite comme à gauche…

On n’avait jamais aussi peu voté à Dieppe que dimanche à l’occasion de cette élection cantonale partielle. Une majorité d’inscrits (57,38 % !) ont préféré aller à la pêche à la ligne plutôt que de se déplacer jusqu’aux isoloirs où il n’y avait pas foule… Sur les 13 541 inscrits, seulement 5 771 ont voté (42,62 % seulement de participation). Pour la première fois, le chiffre de l’abstention a dépassé celui de la participation. C’est dire le peu d’intérêt porté par les électeurs à ce scrutin partiel.

C’est le bureau du restaurant scolaire de Sonia-Delaunay qui fut le moins civique avec 34,84 % de votants (une personne sur trois s’est déplacée !). Même constat pour le bureau N° 1 de l’Hôtel de ville qui affiche une participation de 35,77 %. Cette faible participation n’a desservi aucun candidat en particulier puisqu’elle fut aussi marquée dans les bureaux dits de droite (Hôtel de Ville N° 1) que dans ceux de gauche comme à Sonia-Delaunay (bureaux N° 13 et 24). Sur Sonia-Delaunay, la participation par rapport à 2001 affiche -24 points contre -22 points sur le bureau de la maternelle Boudier.

Dans les bureaux classés à droite, le N° 1 Hôtel de ville et maternelle Broglie, la participation baisse respectivement de 22 et 21 points sur la même période !

Sébastien Jumel progresse partout !

Par rapport au scrutin de mars 2001, le représentant du Parti communiste progresse dans tous les bureaux. Sébastien Jumel fait beaucoup mieux que Liliane Bosansky puisqu’il totalise 37,68 % des suffrages exprimés contre 26,12 % à sa devancière. Il touche là les fruits d’une campagne menée sur le terrain et sans doute aussi du ticket jeune lancé par le PC. Par rapport au score de Liliane Bosansky en mars 2001, Sébastien Jumel gagne ainsi 25 points à Sonia-Delaunay et 22 points à l’immeuble La Fontaine.

Annick Leveau dominée

Le plus surprenant, c’est que Sébastien Jumel progresse encore dans des bureaux moins marqués à gauche comme le N° 4 de maternelle Blainville (+ 15 points !) où il arrive d’ailleurs en tête. Voici 18 mois, c’est Edouard Leveau qui faisait la course en tête dans ce bureau avec deux fois plus de suffrages que Liliane Bosansky. Même dans un bureau de droite comme maternelle Broglie, Sébastien Jumel gagne 8 points ! Et la dynamique est incontestablement dans son camp avant le deuxième tour.

Deuxième dimanche soir avec 31,44 % des suffrages, Annick Leveau était attendue en meilleure position après les 43,06 % réalisés par Edouard Leveau en mars 2001. Si rien n’est perdu pour la chef de file de la Majorité Départementale, elle doit compter sur un report intégral des électeurs de Patrick Hoornaert et sur une mobilisation des abstentionnistes pour succéder à son époux. C’est donc loin d’être gagné, qui plus est avec un handicap de 6 points sur Sébastien Jumel à l’issue du premier tour.

Dimanche, Annick Leveau a en fait partagé les voix de droite avec Patrick Hoornaert (Ndlr : les deux candidats totalisent 48,70 % des voix). Ce n’était pas le cas en 2001 puisque Edouard Leveau était seul en piste à droite. Lorsque l’on passe les bureaux à la loupe, on se rend compte que ce sont les bureaux classés à droite qui ont le plus fait souffrir Annick Leveau.

Par rapport au score de son mari en 2001, elle perd par exemple 19 points à maternelle Broglie et 13 points à l’Hôtel de ville N° 1, notamment au profit de Patrick Hoornaert. Dans les bureaux de gauche comme Sonia-Delaunay ou l’immeuble La Fontaine, elle perd à chaque fois 11 points qui profitent à Sébastien Jumel, lequel a davantage arpenté le terrain.

Pas de doute, Annick Leveau va devoir s’employer dans les quartiers populaires où elle n’aura pas de réserves de voix puisque Patrick Hoornaert enregistre des résultats assez faibles.

Patrick Hoornaert prend date

En réunissant sur son nom 17,26 % des suffrages exprimés, Patrick Hoornaert a plutôt réussi son premier scrutin. Même si on peut douter que tous ses électeurs se reportent vers Annick Leveau, l’assureur va tout mettre en œuvre pour cela. C’est essentiellement dans les bureaux de droite qu’il s’est illustré. Citons l’Hôtel de ville N° 1 (24,66 % des suffrages), l’école Richard Simon (24,78 %) et la maternelle de Broglie (25,74 %) où il enregistre à chaque fois un quart des voix.

Sur le bureau N° 11 de l’école Broglie, il fait 20,71 % (contre 22,80 % à Annick Leveau) et il lui manque seulement 11 voix pour devancer sa « rivale » de droite. Il reste à Patrick Hoornaert à gagner en notoriété dans les quartiers populaires. Avec 4,12 % sur immeuble La Fontaine et 7,07 % sur Sonia-Delaunay, il sait où il doit progresser… Reste que dimanche, Patrick Hoornaert a pris date pour l’avenir. Il faudra désormais composer avec lui et avec l’UDF pour les prochaines échéances.

Eric Tavernier comme le PS

Depuis la claque des élections présidentielles et le départ de Lionel Jospin, le Parti socialiste n’en finit plus de régler ses comptes au niveau national. Rue de Solférino, la maison socialiste est en travaux de rénovation. Sur Dieppe, c’est un véritable chantier qui doit être mis en œuvre dans un objectif de reconquête de l’électorat. Les artisans retenus pour mener à bien ce projet ne devront pas manquer de patience…

En mars 2001, Gérard Pestrinaux avait totalisé 12,82 % des suffrages au premier tour de la cantonale où sept candidats étaient en lice dont l’écologiste Jean-Marc Augustin qui lui avait fait de l’ombre avec ses 9,08 %. Dimanche, ils étaient seulement quatre sur la ligne de départ et Eric Tavernier pouvait raisonnablement envisager d’atteindre la barre des 20 %. Pour son baptême du feu, il termine lanterne rouge avec seulement 13,61 % des suffrages exprimés !

Même s’il est incontournable en vue du second tour, Eric Tavernier a enregistré près de trois fois moins de voix que Sébastien Jumel ! Trop peu pour le patron de la Cité de la mer qui voulait émettre ses idées en faisant de la politique autrement. C’est raté. Dans l’attente de jours meilleurs, le PS reste dans l’ombre du PC à Dieppe. Mais ce n’est pas une nouveauté.

Ch. Q.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Archives 2002  Recherche   Accueil