| « Lindustrie nucléaire est un
immense avion pour lequel on na pas encore inventé de piste datterrissage »,
explique un dicton antinucléaire. Laccumulation de déchets découlant de
lactivité électronucléaire pose un problème fatal : celui de ses modes de
confinement et de ses lieux de stockage dont il faut assurer la fiabilité et la
sécurité à parfois très très long terme. Un colloque était organisé mercredi soir
à Saint-Martin-en-Campagne pour évoquer le problème, et tenter de trouver des
solutions. Plus de cinq heures de débats et une question : que
faire des déchets radioactifs ? Depuis le 30 décembre 1991 et la loi de Christian
Bataille, les scientifiques du commissariat à lénergie atomique (CEA) planchent
sur la gestion des déchets nucléaires. En 2006, ils devront rendre leur copie au
gouvernement et au parlement français qui pourront alors choisir parmi les solutions
proposées ou retarder léchéance. Mercredi, à Saint Martin en campagne la
commission locale dinformation (CLI) des centrales nucléaires de Paluel et Penly
organisait un colloque pour « faire la part des choses sur les différents déchets et
leurs filières propres délimination ou de stockage, mais aussi sur les solutions
davenir », annonçait René Delcourt, président de la CLI.
Ce sont les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (inférieur à
trente ans), et leur gestion à Penly qui ont ouvert le débat où « les déchets sont
triés à la source, selon leur origine, leur nature physique ou leur activité, puis
conditionnés en fûts métalliques ou en coque de béton », explique Patrick Billard,
chargé de mission environnement à EDF. Francis Chastagner, directeur industriel de
lAndra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), a ensuite
évoqué le centre de stockage de lAube « les déchets faiblement radioactifs y
sont stockés en surface », explique-t-il. Ce centre a pris le relais de celui de la
Manche, où des fuites de radioéléments portent déjà atteinte à lenvironnement.
Déchets ultimes
Les déchets à vie longue (parfois des millions
dannées) ont ensuite été au cur des débats. Aussi appelés déchets
ultimes, ils contiennent des radio-éléments de haute activité dont la décroissance
radioactive peut sétendre sur plusieurs milliers voire centaines de milliers
dannées, et proviennent essentiellement du traitement des combustibles usés, issus
des centrales nucléaires. Les trois grands axes de la loi de 1991 ont ainsi été
évoqués : la séparation des déchets par des processus moléculaires, le
conditionnement du déchet dans une matrice adaptée, et lentreposage à la surface
ou en profondeur. Lenfouissement des déchets les plus toxiques et à vie longue,
pourra seulement commencer une fois les recherches terminées, mais dores et déjà
largument avancé est la protection des générations futures. Que va- t-on laisser
à nos enfants ? sinterrogeait un membre du public. Dautres se demandaient si
le problème se limitait à la question de lenfouissement des déchets radioactifs
et si le nucléaire tout simplement serait acceptable si lon résolvait le problème
des déchets ? La question de la consommation électrique excessive en France a également
été évoquée comme lien direct avec la présence de centrale nucléaire. Elle ne serait
pas moins nombreuse, si les Français gaspillaient moins ?
Briac Trébert
« Le réacteur du futur »
installé à Penly ?
Le renouvellement du parc nucléaire devrait débuter à
Penly. Selon un rapport dEDF, signé par son président François Roussely, « le
réacteur du futur » EPR (European Pressurised Reactor) a besoin dun site
nucléaire pilote, et Penly est premier sur la liste. Une annonce qui fait leffet
dune bombe, bien que Bruno Héron, directeur délégué de Penly ne nie pas vraiment
« la place disponible et les lignes déjà en place pour laccueillir», il tient a
rappeler cependant quil sagit « dune décision gouvernementale ! »
Cette nouvelle génération de réacteur devrait permettre de renouveler le parc actuel et
être vendu à la Chine à prix dor, plusieurs milliards deuros. Penly devrait
donc servir de test pour ce réacteur dune puissance denviron 1500 mégawatts.
« Cest vrai quEDF a de nombreux contacts avec la Chine, mais à savoir si
lEPR leur sera vendu, on ne peut pas le dire », commentait hier matin Bruno Héron.
« Des enfants
sont en contact du radium
à Saint-Nicolas ! »
Jacky Bonnemains, président de lassociation
écologiste Robin des Bois, na pas manqué loccasion dévoquer «
laffaire Bayard » de Saint-Nicolas-dAliermont et a sans conteste jeté un
froid dans lassistance.
« Il sagit dune usine dont lactivité était la fabrication
de réveils matins et de cadrans pour laviation et où il était fait usage de
peintures luminescentes contenant des produits radioactifs : radium et tritium. Après la
liquidation de lentreprise par le tribunal de commerce dEu Le Tréport,
cest seulement après une longue série de procédures administratives que
lagence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) intervient sur le
site. Lopération révèle la présence dune contamination au radium tant à
lintérieur, quà lextérieur des locaux, lAndra décide alors
deffectuer des travaux dassainissements », rappelle-t-il, avant
dajouter avec virulence : « A lissue des travaux, de nombreux déchets
industriels sont restés disséminés sur lensemble du site. Compte tenu de
lenclavement de celui-ci en zone pavillonnaire et de lintrusion fréquemment
constatée dune population sensible, notamment des enfants et des adolescents, la
situation est intenable », sagite-t-il.
Le sous préfet de Dieppe, Louis Michel Bonté lui répond par laction en
sengageant à ce que « des barrières de protection soient réinstallées autour du
site ». De son côté, Paul Caron, adjoint au maire de Saint-Nicolas et président de la
commission locale dinformation (CLI) de Paluel et Penly jusquen mars 2001
demande « que tout soit rasé pour la construction dun parking poids lourds. » «
Des précautions particulières sont à prévoir lors de la phase de démantèlement des
bâtiments. Les opérations doivent impérativement saccompagner dun suivi
radiologique et de mesures particulières pour la protection des travailleurs », répond
Jacky Bonnemains. Nul doute que le représentant de cette association de protection de
lenvironnement qualifiée de « poil à gratter » par René Delcourt (président de
la CLI des centrales de Penly et Paluel) dans son discours de clôture a bien rempli son
rôle. |