Journal du 22 novembre 2002

Colloque nucléaire
Un problème plus éthique que technique

« L’industrie nucléaire est un immense avion pour lequel on n’a pas encore inventé de piste d’atterrissage », explique un dicton antinucléaire. L’accumulation de déchets découlant de l’activité électronucléaire pose un problème fatal : celui de ses modes de confinement et de ses lieux de stockage dont il faut assurer la fiabilité et la sécurité à parfois très très long terme. Un colloque était organisé mercredi soir à Saint-Martin-en-Campagne pour évoquer le problème, et tenter de trouver des solutions.

Plus de cinq heures de débats et une question : que faire des déchets radioactifs ? Depuis le 30 décembre 1991 et la loi de Christian Bataille, les scientifiques du commissariat à l’énergie atomique (CEA) planchent sur la gestion des déchets nucléaires. En 2006, ils devront rendre leur copie au gouvernement et au parlement français qui pourront alors choisir parmi les solutions proposées ou retarder l’échéance. Mercredi, à Saint Martin en campagne la commission locale d’information (CLI) des centrales nucléaires de Paluel et Penly organisait un colloque pour « faire la part des choses sur les différents déchets et leurs filières propres d’élimination ou de stockage, mais aussi sur les solutions d’avenir », annonçait René Delcourt, président de la CLI.

Ce sont les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (inférieur à trente ans), et leur gestion à Penly qui ont ouvert le débat où « les déchets sont triés à la source, selon leur origine, leur nature physique ou leur activité, puis conditionnés en fûts métalliques ou en coque de béton », explique Patrick Billard, chargé de mission environnement à EDF. Francis Chastagner, directeur industriel de l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), a ensuite évoqué le centre de stockage de l’Aube « les déchets faiblement radioactifs y sont stockés en surface », explique-t-il. Ce centre a pris le relais de celui de la Manche, où des fuites de radioéléments portent déjà atteinte à l’environnement.

Déchets ultimes

Les déchets à vie longue (parfois des millions d’années) ont ensuite été au cœur des débats. Aussi appelés déchets ultimes, ils contiennent des radio-éléments de haute activité dont la décroissance radioactive peut s’étendre sur plusieurs milliers voire centaines de milliers d’années, et proviennent essentiellement du traitement des combustibles usés, issus des centrales nucléaires. Les trois grands axes de la loi de 1991 ont ainsi été évoqués : la séparation des déchets par des processus moléculaires, le conditionnement du déchet dans une matrice adaptée, et l’entreposage à la surface ou en profondeur. L’enfouissement des déchets les plus toxiques et à vie longue, pourra seulement commencer une fois les recherches terminées, mais d’ores et déjà l’argument avancé est la protection des générations futures. Que va- t-on laisser à nos enfants ? s’interrogeait un membre du public. D’autres se demandaient si le problème se limitait à la question de l’enfouissement des déchets radioactifs et si le nucléaire tout simplement serait acceptable si l’on résolvait le problème des déchets ? La question de la consommation électrique excessive en France a également été évoquée comme lien direct avec la présence de centrale nucléaire. Elle ne serait pas moins nombreuse, si les Français gaspillaient moins ?

Briac Trébert

« Le réacteur du futur » installé à Penly ? 

Le renouvellement du parc nucléaire devrait débuter à Penly. Selon un rapport d’EDF, signé par son président François Roussely, « le réacteur du futur » EPR (European Pressurised Reactor) a besoin d’un site nucléaire pilote, et Penly est premier sur la liste. Une annonce qui fait l’effet d’une bombe, bien que Bruno Héron, directeur délégué de Penly ne nie pas vraiment « la place disponible et les lignes déjà en place pour l’accueillir», il tient a rappeler cependant qu’il s’agit « d’une décision gouvernementale ! » Cette nouvelle génération de réacteur devrait permettre de renouveler le parc actuel et être vendu à la Chine à prix d’or, plusieurs milliards d’euros. Penly devrait donc servir de test pour ce réacteur d’une puissance d’environ 1500 mégawatts. « C’est vrai qu’EDF a de nombreux contacts avec la Chine, mais à savoir si l’EPR leur sera vendu, on ne peut pas le dire », commentait hier matin Bruno Héron.

« Des enfants sont en contact du radium
à Saint-Nicolas ! »

Jacky Bonnemains, président de l’association écologiste Robin des Bois, n’a pas manqué l’occasion d’évoquer « l’affaire Bayard » de Saint-Nicolas-d’Aliermont et a sans conteste jeté un froid dans l’assistance.

« Il s’agit d’une usine dont l’activité était la fabrication de réveils matins et de cadrans pour l’aviation et où il était fait usage de peintures luminescentes contenant des produits radioactifs : radium et tritium. Après la liquidation de l’entreprise par le tribunal de commerce d’Eu Le Tréport, c’est seulement après une longue série de procédures administratives que l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) intervient sur le site. L’opération révèle la présence d’une contamination au radium tant à l’intérieur, qu’à l’extérieur des locaux, l’Andra décide alors d’effectuer des travaux d’assainissements », rappelle-t-il, avant d’ajouter avec virulence  : « A l’issue des travaux, de nombreux déchets industriels sont restés disséminés sur l’ensemble du site. Compte tenu de l’enclavement de celui-ci en zone pavillonnaire et de l’intrusion fréquemment constatée d’une population sensible, notamment des enfants et des adolescents, la situation est intenable », s’agite-t-il.

Le sous préfet de Dieppe, Louis Michel Bonté lui répond par l’action en s’engageant à ce que « des barrières de protection soient réinstallées autour du site ». De son côté, Paul Caron, adjoint au maire de Saint-Nicolas et président de la commission locale d’information (CLI) de Paluel et Penly jusqu’en mars 2001 demande « que tout soit rasé pour la construction d’un parking poids lourds. » « Des précautions particulières sont à prévoir lors de la phase de démantèlement des bâtiments. Les opérations doivent impérativement s’accompagner d’un suivi radiologique et de mesures particulières pour la protection des travailleurs », répond Jacky Bonnemains. Nul doute que le représentant de cette association de protection de l’environnement qualifiée de « poil à gratter » par René Delcourt (président de la CLI des centrales de Penly et Paluel) dans son discours de clôture a bien rempli son rôle.


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