Journal du 6 septembre 2002

Ras-le-bol
35 clandestins arrêtés en quatre jours

Les fonctionnaires de Police ne le disent pas ouvertement mais la situation n’est plus tenable. Selon un responsable syndical, des filières mafieuses agissent désormais entre Sangatte et les ports de la région. La question doit remonter jusqu’au bureau de Nicolas Sarkozy.

Douze, quinze et seize ans, c’est l’âge des trois « derniers » clandestins kosovars arrêtés à Dieppe dans la nuit de mardi à mercredi. Placés en garde à vue, les trois gamins ont ensuite été dirigés vers des centres habilités pour accueillir des mineurs en difficulté. S’ils avaient été majeurs, on les aurait remis en liberté en l’espace de 48 heures.

Cette nouvelle interpellation porte à trente-cinq le nombre de clandestins arrêtés à Dieppe depuis... vendredi dernier. Une espèce de record qui tend à prouver que le phénomène est bien loin d’être règlé.

Tension dans les commissariats

Les policiers dieppois, au même titre que le service des Douanes qui ont hérité du dossier « clandestins » depuis la fermeture du bureau de Police Aux Frontières (P.A.F) en juin 2001, même s’ils ne le disent pas officiellement, n’en peuvent plus. Seule la voix des syndicats se fait de nouveau entendre pour dénoncer cette situation qui empire régulièrement. Plus que jamais les ports du littoral de la Manche sont devenus les objectifs prioritaires des réfugiés kurdes ou afghans prêts à tout, y compris à risquer leur vie, pour forcer le passage vers la grande-Bretagne toujours considérée comme un véritable Eldorado.

La tension palpable dans les milieux policiers est remontée jusqu’au bureau de Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, qui aurait ainsi envisagé de rouvrir, non pas des bureaux de PAF en tant que tels, mais de créer des services spécialisés « clandestins » dans les commissariats des villes exposées. Dieppe serait alors concernée si toutefois l’information était confirmée par le ministère.

Sentiment d’inutilité

En revanche, ce dont on peut être sûr concerne le sentiment d’inutilité qui accompagne les procédures menées à l’encontre des clandestins. « Les fonctionnaires sont complètement découragés... témoigne ce délégué régional du syndicat SGP, les procédures sont longues, difficiles et en 48 heures, les clandestins interpellés sont remis dehors avec en poche l’obligation de rentrer chez eux... Inutile de vous dire qu’aucun ne va gentiment aller prendre son avion pour rentrer. On comprend pourquoi désormais, quand ils croisent un supposé clandestin dans la rue, les policiers ont plutôt envie de tourner la tête de l’autre côté. De toute façon, leur boulot ne sert à rien ! »

Selon les divers témoignages recueillis, il apparaît clairement que des filières mafieuses sont désormais organisées au départ de Sangatte vers les ports de la région. Un transfert vers Dieppe se monnaye ainsi près de 3500 francs par personne, les fonds pouvant être avancés depuis l’Angleterre par des « parrains » qui se font ensuite rembourser en faisant travailler les hommes au noir et les femmes sur les trottoirs.

Ces filières auraient également trouvé auprès de Français complaisants, et surtout intéressés, d’indispensables relais locaux. « Les lignes régulières des ferrys semblent en effet ne plus être le seul mode de traversée... » indique notamment le responsable syndical.

Quoi qu’il en soit, les élus locaux ont intérêt à se pencher sur cette question des clandestins qui s’aggravera encore si les pouvoirs publics ne prennent pas le dossier à bras le corps. Et il ne s’agira pas de se contenter de déclarations d’intention.

P. R.


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