| Les fonctionnaires de Police ne le
disent pas ouvertement mais la situation nest plus tenable. Selon un responsable
syndical, des filières mafieuses agissent désormais entre Sangatte et les ports de la
région. La question doit remonter jusquau bureau de Nicolas Sarkozy. Douze,
quinze et seize ans, cest lâge des trois « derniers » clandestins kosovars
arrêtés à Dieppe dans la nuit de mardi à mercredi. Placés en garde à vue, les trois
gamins ont ensuite été dirigés vers des centres habilités pour accueillir des mineurs
en difficulté. Sils avaient été majeurs, on les aurait remis en liberté en
lespace de 48 heures.
Cette nouvelle interpellation porte à trente-cinq le nombre de clandestins
arrêtés à Dieppe depuis... vendredi dernier. Une espèce de record qui tend à prouver
que le phénomène est bien loin dêtre règlé.
Tension dans les commissariats
Les policiers dieppois, au même titre que le service des
Douanes qui ont hérité du dossier « clandestins » depuis la fermeture du bureau de
Police Aux Frontières (P.A.F) en juin 2001, même sils ne le disent pas
officiellement, nen peuvent plus. Seule la voix des syndicats se fait de nouveau
entendre pour dénoncer cette situation qui empire régulièrement. Plus que jamais les
ports du littoral de la Manche sont devenus les objectifs prioritaires des réfugiés
kurdes ou afghans prêts à tout, y compris à risquer leur vie, pour forcer le passage
vers la grande-Bretagne toujours considérée comme un véritable Eldorado.
La tension palpable dans les milieux policiers est remontée jusquau
bureau de Nicolas Sarkozy, Ministre de lIntérieur, qui aurait ainsi envisagé de
rouvrir, non pas des bureaux de PAF en tant que tels, mais de créer des services
spécialisés « clandestins » dans les commissariats des villes exposées. Dieppe serait
alors concernée si toutefois linformation était confirmée par le ministère.
Sentiment dinutilité
En revanche, ce dont on peut être sûr concerne le
sentiment dinutilité qui accompagne les procédures menées à lencontre des
clandestins. « Les fonctionnaires sont complètement découragés... témoigne ce
délégué régional du syndicat SGP, les procédures sont longues, difficiles et en 48
heures, les clandestins interpellés sont remis dehors avec en poche lobligation de
rentrer chez eux... Inutile de vous dire quaucun ne va gentiment aller prendre son
avion pour rentrer. On comprend pourquoi désormais, quand ils croisent un supposé
clandestin dans la rue, les policiers ont plutôt envie de tourner la tête de
lautre côté. De toute façon, leur boulot ne sert à rien ! »
Selon les divers témoignages recueillis, il apparaît clairement que des
filières mafieuses sont désormais organisées au départ de Sangatte vers les ports de
la région. Un transfert vers Dieppe se monnaye ainsi près de 3500 francs par personne,
les fonds pouvant être avancés depuis lAngleterre par des « parrains » qui se
font ensuite rembourser en faisant travailler les hommes au noir et les femmes sur les
trottoirs.
Ces filières auraient également trouvé auprès de Français complaisants, et
surtout intéressés, dindispensables relais locaux. « Les lignes régulières des
ferrys semblent en effet ne plus être le seul mode de traversée... » indique notamment
le responsable syndical.
Quoi quil en soit, les élus locaux ont intérêt à se pencher sur cette
question des clandestins qui saggravera encore si les pouvoirs publics ne prennent
pas le dossier à bras le corps. Et il ne sagira pas de se contenter de
déclarations dintention.
P. R. |