Journal du 20 décembre 2002

Quinze prévenus pour deux trafics de stupéfiants
Le réseau a écoulé plus de 200 kg de "shit"

Quinze prévenus comparaissaient mardi devant le tribunal correctionnel de Dieppe pour un trafic de stupéfiants sur la région dieppoise. A la barre se sont succédé petits revendeurs et grossistes. Les peines prononcées vont d’un an de prison avec sursis jusqu’à 6 ans ferme pour les deux plus importants trafiquants.

Un an. Il aura fallu un an d’investigations au SRPJ de Rouen pour mettre fin à deux trafics de stupéfiants sur la région dieppoise, d’au moins 215 kg de résine de cannabis. Mardi après-midi, ce sont ainsi quinze personnes, du « simple » revendeur aux grossistes, qui comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Dieppe. Douze d’entre elles étaient présentes à l’audience dont quatre détenus.

C’est en partant d’un simple renseignement anonyme que les enquêteurs ont pu remonter la filière jusqu’aux gros fournisseurs. Ils apprennent que Sylvain, un Dieppois de 25 ans revend du cannabis dans le quartier des Bruyères. Interpellé en février dernier, il se met rapidement à table et explique s’être approvisionné à Paris auprès d’une ancienne connaissance dieppoise. Il raconte également avoir ravitaillé trois autres amis. Par ce biais ce sont environ cinq kilos de résine qui auraient été écoulés dans la cité d’Ango. C’est ce premier petit trafic qui a été mis à jour et parfaitement établi. Les quatre Dieppois et leur fournisseur étaient donc les premiers à se présenter à la barre mardi.

263 000 euros

De fil en aiguille, les révélations de Sylvain mettent les enquêteurs sur la piste d’un autre trafic de stupéfiants, mais cette fois beaucoup plus important puisqu’il porte sur au moins 215 kg de résine de cannabis (écoulés entre 1999 et 2002). Un trafic lucratif estimé à 263 000 euros. D’interpellations en interpellations à Dieppe (au total onze personnes), ils remontent la piste depuis les revendeurs jusqu’aux fournisseurs et au grossiste. Les quatre plus importants maillons de la chaîne comparaissaient mardi encadrés par les gendarmes, détenus depuis février et mars.

Trois d’entre-deux nient tous les faits qui leur sont reprochés. Mais Jean-Marc M., numéro 2 de ce trafic, a tout lâché pendant son audition et lors de sa présentation devant le juge d’instruction, même si aujourd’hui il revient sur ses déclarations. Il a reconnu avoir remis 80 kg de cannabis à Didier B. et 135 kg à Patrice D., un Dieppois de 50 ans au lourd casier judiciaire (il a notamment fait 15 ans de réclusion criminelle pour assassinat). Résine obtenue auprès de Fabrice F., un habitant de la région parisienne, âgé de 26 ans, présenté comme étant LE grossiste du réseau.

Devant le président du tribunal, Lionel Dupray, Jean-Marc explique avoir tout inventé alors qu’il était sous pression en garde à vue, et avoir voulu se venger de Fabrice, le mari de sa cousine, pour une affaire de famille. Une histoire que met en doute Emmanuelle Houssaye, le procureur dans son réquisitoire. « Il nous parle de manque d’alcool. Moi j’en doute. Le médecin en garde à vue l’aurait noté et les policiers ne l’auraient pas interrogé. De plus, il a confirmé ses déclarations plusieurs fois. Et il a donné beaucoup de détails comme l’itinéraire qu’il empruntait pour venir à Dieppe, sur un axe qu’il savait ne pas être contrôlé», note-t-elle.

Leurs portables
utilisés comme preuve

Autre pièce accablante du dossier : il a été démontré par les enquêteurs que les quatre hommes avaient été en contact téléphonique à de multiples reprises, lors des mêmes périodes. « Des coïncidences » selon les prévenus. Les portables de Fabrice F. et de Jean-Marc M. ont également reçu et émis un nombre très important de coups de fil : 2 000 pour le premier et 3 000 pour le second en deux mois. De quoi éveiller les soupçons et confirmer la thèse d’un trafic.

Dans le box, Fabrice F. le grossiste a beau nier les faits, il sent que tout est joué. Il se tient la tête entre les mains. « J’ai perdu neuf mois de ma vie. J’ai la haine, car je n’ai rien à voir là-dedans. Je n’ai jamais vendu un gramme », lance-t-il au président.

Par ailleurs, des rentrées d’argent importantes notamment sur les comptes de Didier, de Patrice et de sa concubine (également jugée) ont été relevées. Ce dernier, qui se dit « handicapé social » et qui touche une pension d’invalidité, tente d’expliquer cette manne par des gains au Casino et la petite affaire de brocante qu’il a mise sur pied. Des brocantes que le président du tribunal trouve étrangement « lucratives », avant de signifier au prévenu qu’une enquête a été faite au Casino où personne ne le connaît. « C’est parce que quand je gagne un peu, je m’en vais car la chance est capricieuse », lui rétorque Patrice.

Par ailleurs pour justifier les 575 euros retrouvés à son domicile en petites coupures, il explique qu’avec sa concubine ils ne disposent que de 12 euros (soit 80 F) par jour pour vivre. Une défense qui ne tient pas la route face à l’achat, il y a quelques mois, réalisé par celle-ci de plus de 7 622 euros (soit 50 000 F) de bijoux… « Des dépenses peu compatibles avec les ressources déclarées », note le juge. Des incohérences également relevées par le procureur. Par ailleurs d’autres personnes comme un revendeur dieppois le mettent directement en cause.

Les avocats de Patrice et Fabrice ont tout deux tenté de démontrer que, si un tel trafic existait sur Dieppe, cela ne serait pas passé inaperçu. « Où sont passés les clients et les 215 kg ? », interroge l’avocat du second. « Patrice D. est le coupable idéal vu son casier judiciaire. Mais s’il avait revendu 135 kg de cannabis, il aurait gagné un million de francs. Où seraient passés cet argent et les 266 clients ? », a calculé pour sa part Me Garraud.

Finalement le procureur a requis pour le premier trafic des peines allant d’un an avec sursis à trois ans ferme et pour le second, de deux ans dont 18 mois avec sursis à 8 ans assorties d’une période de sûreté des deux tiers pour Patrice et 8 ans pour Fabrice. Finalement le jugement rendu a été un peu moins sévère. Les peines prononcées s’échelonnant d’un an de prison avec sursis et une amende de 10 000 euros pour la concubine de Patrice jusqu’à 6 ans ferme pour les deux plus importants trafiquants Fabrice et Patrice. Didier et Jean-Marc ont pour leur part été condamnés à 5 ans de prison. L’administration des douanes a également demandé que les quatre hommes soient poursuivis et condamès à de lourdes amendes pour délit douanier de contrebande.

V.G.


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