| Quinze prévenus comparaissaient mardi
devant le tribunal correctionnel de Dieppe pour un trafic de stupéfiants sur la région
dieppoise. A la barre se sont succédé petits revendeurs et grossistes. Les peines
prononcées vont dun an de prison avec sursis jusquà 6 ans ferme pour les
deux plus importants trafiquants. Un an. Il aura fallu un an
dinvestigations au SRPJ de Rouen pour mettre fin à deux trafics de stupéfiants sur
la région dieppoise, dau moins 215 kg de résine de cannabis. Mardi après-midi, ce
sont ainsi quinze personnes, du « simple » revendeur aux grossistes, qui comparaissaient
devant le tribunal correctionnel de Dieppe. Douze dentre elles étaient présentes
à laudience dont quatre détenus.
Cest en partant dun simple renseignement anonyme que les enquêteurs
ont pu remonter la filière jusquaux gros fournisseurs. Ils apprennent que Sylvain,
un Dieppois de 25 ans revend du cannabis dans le quartier des Bruyères. Interpellé en
février dernier, il se met rapidement à table et explique sêtre approvisionné à
Paris auprès dune ancienne connaissance dieppoise. Il raconte également avoir
ravitaillé trois autres amis. Par ce biais ce sont environ cinq kilos de résine qui
auraient été écoulés dans la cité dAngo. Cest ce premier petit trafic qui
a été mis à jour et parfaitement établi. Les quatre Dieppois et leur fournisseur
étaient donc les premiers à se présenter à la barre mardi.
263 000 euros
De fil en aiguille, les révélations de Sylvain mettent les
enquêteurs sur la piste dun autre trafic de stupéfiants, mais cette fois beaucoup
plus important puisquil porte sur au moins 215 kg de résine de cannabis (écoulés
entre 1999 et 2002). Un trafic lucratif estimé à 263 000 euros. Dinterpellations
en interpellations à Dieppe (au total onze personnes), ils remontent la piste depuis les
revendeurs jusquaux fournisseurs et au grossiste. Les quatre plus importants
maillons de la chaîne comparaissaient mardi encadrés par les gendarmes, détenus depuis
février et mars.
Trois dentre-deux nient tous les faits qui leur sont reprochés. Mais
Jean-Marc M., numéro 2 de ce trafic, a tout lâché pendant son audition et lors de sa
présentation devant le juge dinstruction, même si aujourdhui il revient sur
ses déclarations. Il a reconnu avoir remis 80 kg de cannabis à Didier B. et 135 kg à
Patrice D., un Dieppois de 50 ans au lourd casier judiciaire (il a notamment fait 15 ans
de réclusion criminelle pour assassinat). Résine obtenue auprès de Fabrice F., un
habitant de la région parisienne, âgé de 26 ans, présenté comme étant LE grossiste
du réseau.
Devant le président du tribunal, Lionel Dupray, Jean-Marc explique avoir tout
inventé alors quil était sous pression en garde à vue, et avoir voulu se venger
de Fabrice, le mari de sa cousine, pour une affaire de famille. Une histoire que met en
doute Emmanuelle Houssaye, le procureur dans son réquisitoire. « Il nous parle de manque
dalcool. Moi jen doute. Le médecin en garde à vue laurait noté et les
policiers ne lauraient pas interrogé. De plus, il a confirmé ses déclarations
plusieurs fois. Et il a donné beaucoup de détails comme litinéraire quil
empruntait pour venir à Dieppe, sur un axe quil savait ne pas être contrôlé»,
note-t-elle.
Leurs portables
utilisés comme preuve
Autre pièce accablante du dossier : il a été démontré
par les enquêteurs que les quatre hommes avaient été en contact téléphonique à de
multiples reprises, lors des mêmes périodes. « Des coïncidences » selon les
prévenus. Les portables de Fabrice F. et de Jean-Marc M. ont également reçu et émis un
nombre très important de coups de fil : 2 000 pour le premier et 3 000 pour le second en
deux mois. De quoi éveiller les soupçons et confirmer la thèse dun trafic.
Dans le box, Fabrice F. le grossiste a beau nier les faits, il sent que tout est
joué. Il se tient la tête entre les mains. « Jai perdu neuf mois de ma vie.
Jai la haine, car je nai rien à voir là-dedans. Je nai jamais vendu un
gramme », lance-t-il au président.
Par ailleurs, des rentrées dargent importantes notamment sur les comptes
de Didier, de Patrice et de sa concubine (également jugée) ont été relevées. Ce
dernier, qui se dit « handicapé social » et qui touche une pension dinvalidité,
tente dexpliquer cette manne par des gains au Casino et la petite affaire de
brocante quil a mise sur pied. Des brocantes que le président du tribunal trouve
étrangement « lucratives », avant de signifier au prévenu quune enquête a été
faite au Casino où personne ne le connaît. « Cest parce que quand je gagne un
peu, je men vais car la chance est capricieuse », lui rétorque Patrice.
Par ailleurs pour justifier les 575 euros retrouvés à son domicile en petites
coupures, il explique quavec sa concubine ils ne disposent que de 12 euros (soit 80
F) par jour pour vivre. Une défense qui ne tient pas la route face à lachat, il y
a quelques mois, réalisé par celle-ci de plus de 7 622 euros (soit 50 000 F) de
bijoux
« Des dépenses peu compatibles avec les ressources déclarées », note le
juge. Des incohérences également relevées par le procureur. Par ailleurs dautres
personnes comme un revendeur dieppois le mettent directement en cause.
Les avocats de Patrice et Fabrice ont tout deux tenté de démontrer que, si un
tel trafic existait sur Dieppe, cela ne serait pas passé inaperçu. « Où sont passés
les clients et les 215 kg ? », interroge lavocat du second. « Patrice D. est le
coupable idéal vu son casier judiciaire. Mais sil avait revendu 135 kg de cannabis,
il aurait gagné un million de francs. Où seraient passés cet argent et les 266 clients
? », a calculé pour sa part Me Garraud.
Finalement le procureur a requis pour le premier trafic des peines allant
dun an avec sursis à trois ans ferme et pour le second, de deux ans dont 18 mois
avec sursis à 8 ans assorties dune période de sûreté des deux tiers pour Patrice
et 8 ans pour Fabrice. Finalement le jugement rendu a été un peu moins sévère. Les
peines prononcées séchelonnant dun an de prison avec sursis et une amende de
10 000 euros pour la concubine de Patrice jusquà 6 ans ferme pour les deux plus
importants trafiquants Fabrice et Patrice. Didier et Jean-Marc ont pour leur part été
condamnés à 5 ans de prison. Ladministration des douanes a également demandé que
les quatre hommes soient poursuivis et condamès à de lourdes amendes pour délit
douanier de contrebande.
V.G. |