Journal du 16 octobre 2001

Dieppe au centre d'une vaste escroquerie
d'importation de voitures

ou quand la bonne affaire devient une vraie galère

Plusieurs dieppois seraient les victimes d’une vaste escroquerie portant sur l’importation de voitures. Certains ont bien reçu leurs voitures venues de l’étranger mais sans les papiers, d’autres ont les papiers mais se voient finalement réclamer la TVA française, d’autres encore n’auraient toujours rien reçu malgré les 10% versés à la commande... Plusieurs plaintes ont été déposées et suscitent l’ouverture d’une information judiciaire. L’affaire, si elle a été découverte ici, dépasse largement le cadre dieppois pour trouver des prolongements dans plusieurs villes de France, mais aussi à la Réunion et même à l’étranger.

Ils croyaient faire une bonne affaire et finalement, ce sont les ennuis qui se sont accumulés pour ces Dieppois qui avaient passé commande de voitures auprès d’un mandataire Européen installé dans la région.

Plusieurs plaintes ont été déposées auprès du procureur de la République qui a ordonné l’ouverture d’une instruction. L’affaire s’est vite révélée de grande ampleur, tentatculaire même puisque Dieppe n’est pas la seule ville concernée par ce qui ressemble bel et bien à une escroquerie. Le dossier trouverait ainsi des prolongements dans plusieurs autres villes de France - Brest, Avignon, la région Parisienne mais aussi sur l’Ile de la Réunion et même à l’étranger.

Révélée à Dieppe, l’affaire aurait
des prolongements partout en France
et même à l’étranger

La Justice s’est pour l’instant contentée de confirmer l’ouverture d’une information, une commission rogatoire internationale ayant été délivrée. Il semble en effet que les responsables se soient subitement envolés.

L’affaire a été révélée à Dieppe, mais compte-tenu de ses prolongements, celle-ci a désormais été confiée au service régional de Police Judiciaire.

A Dieppe, ils sont plusieurs à s’estimer «grugés», la bonne affaire se transformant finalement en vraie galère. L’un d’entre eux qui pour des raisons compréhensibles préfère témoigner sous couvert de l’anonymat, confirme avoir porté plainte.

«J’ai commandé ma voiture en mai 2001 en signant un contrat, en l’occurrence un mandat de recherche. Document dans lequel il était clairement établi que le prix payé comprenait la TVA, or aujourd’hui, les services fiscaux me réclament de payer à nouveau la taxe.

De plus, la voiture que j’avais commandée a mis des mois avant d’arriver et quand la livraison est enfin intervenue, je me suis rendu compte que ce n’était pas le bon modèle.

«Pas un franc de gagné
mais six mois d’emmerdes...»

En résumé, j’avais commandé une Opel Corsa haut de gamme, comportant toutes les options, et je me retrouvais avec un modèle différent. Un modèle belge qui n’a pas les mêmes options qu’en France. J’ai également dû me rendre à plusieurs reprises dans le bureau du mandataire car si la voiture était enfin arrivée, je n’arrivais pas à avoir les papiers...»

Déçu et inquiet d’avoir dû attendre aussi longtemps, le client dieppois s’est fait soupçonneux aussi. «J’ai trouvé bizarre de recevoir une voiture importée de Belgique équipée de plaques d’immatriculation françaises. On m’a remis également une carte grise temporaire, comme si la voiture avait été vendue par un garage français.

En recevant enfin la carte grise belge, je me suis rendu compte que le nom de la société qui m’avait vendu la voiture avait changé. Cela commençait à faire beaucoup, mais au moins, même si les impôts me réclament aujourd’hui de payer la TVA, soit 14.000 francs, moi j’ai les papiers, ce qui, je crois, n’est pas le cas de tout le monde. Je n’ai finalement pas gagné un franc sur la voiture mais par contre, j’ai hérité de six mois d’emmerdements...»

D’autres clients de l’importateur n’ont en effet toujours pas reçu le moindre papier et ne peuvent donc prétendre faire immatriculer leurs voitures en France.

Certains acheteurs n’auraient même pas reçu la voiture commandée malgré les 10% de réservation versés au moment de la signature de la commande...

«Ma voiture avait été achetée
pour faire de la location...»

Le Dieppois ne s’est pas contenté de faire le siège du bureau de l’importateur pour enfin obtenir ses papiers, il a aussi mené sa petite enquête et a réussi à remonter jusqu’au garage belge qui a fait la vente de sa voiture. Et là, surprise, «j’ai découvert que ma voiture avait été achetée officiellement pour faire de la location en France. A aucun moment, il ne s’agissait d’une vente.»

En réussissant à joindre les services fiscaux de Belgique, il a également obtenu la certitude que la TVA belge avait été payée, ce qui n’empêche pas les services fiscaux français de lui réclamer le paiement de la TVA française.

Il s’inquiète également puisque pour la loi belge, la voiture, sa voiture, serait encore la propriété d’une société belge. «Maintenant, j’ai peur que l’on vienne me la saisir alors que je l’ai bien payée.»

P. R.


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