| Acteur, réalisateur, Patrick Timsit a
planté ses caméras dans le cimetière marin et la coquette église de Varengeville pour
tourner plusieurs des scènes importantes de son prochain film à sortir en avril
intitulé «Quelquun de bien». «Je ne connaissais pas cet endroit mais mon
assistant qui avait fait les repérages sur tout le littoral ma dit : il faut
absolument que tu voies ce coin...» Les cloches nauront
jamais autant sonné en une seule journée, sauf peut-être le jour de la Libération dans
le village de Varengeville. Tournage oblige, la sortie de la messe de mariage voulue par
Patrick Timsit, acteur et réalisateur de «Quelquun de bien» a été refaite une
bonne demi-douzaine de fois.
Si lhistoire est un éternel recommencement, les métiers du cinéma le
sont tout autant. Les cinquante figurants recrutés la semaine dernière à Dieppe, tout
«endimanchés» pour assister au mariage de José Garcia, le compère de Patrick Timsit
depuis «La Vérité si je mens», et de la belle Marianne Denicourt samusent de
devoir répéter toujours les mêmes gestes. Il faut dire que sur le plateau improvisé du
parvis de léglise, malgré le professionnalisme de limpressionnante équipe
technique qui accompagne Patrick Timsit, lambiance reste plutôt bon enfant.
Lacteur-réalisateur ira souvent à la rencontre de ces figurants, triés
sur le volet parmi près de 350 candidats, pour discuter et plaisanter. Histoire de
détendre latmosphère alors que le chef opérateur tout droit débarqué de sa
Sicile natale nen finit pas de scruter le ciel normand à la recherche dune
improbable éclaircie. «Dans ces cas-là, il faut attendre ou changer de plans, repasser
sur des séquences en intérieur» explique volontiers un technicien affairé à régler
sa caméra.
A presque 13 h, alors que le ciel sest définitivement chargé, Patrick
Timsit décidera darrêter pour aller déjeuner. Ballet des voitures pour
redescendre au «camp de base» de léquipe installé sur le parking du parc des
Moutiers - à partir duquel la circulation des véhicules était interdite - pour
quacteurs et figurants puissent se changer tranquillement avant daller casser
la croûte et profiter des tartes normandes de la boulangère du village dont
lacteur est devenu accro. A table, Patrick Timsit ne joue plus son rôle mais reste
tout autant sympa et accessible (lire notre interview en page 7). Un caractère qui
nest pas si fréquent dans les milieux du cinéma. Même ladjoint au maire,
Philippe Benoist, venu à la rencontre des acteurs et techniciens pour voir si tout se
passait bien était invité à sasseoir autour de la grande table dressée dans le
camion restaurant qui suit léquipe Les figurants, eux, déjeunent sous une tente
mais une armée dassistants est aux petits soins.
Le ciel ne sétant toujours pas dégagé après la pause déjeuner du
mardi, Patrick Timsit décidera de passer laprès-midi à faire des scènes
dintérieur dans léglise,. le mariage en lui-même. Lun des moments
forts de ce film que lauteur qualifie lui-même «de parcours initiatique de deux
frères fâchés dont lun doit mourir mais reste animé dune farouche envie de
vivre.»
Cest Patrick Timsit lui-même qui tient le rôle du frère malade et sans
un don dune partie du foie de son frère, alias José Garcia, il est condamné. Le
sujet est lourd «mais on peut rire de presque tout...» poursuit lacteur
réalisateur qui doit aussi, dans une autre séquence du film, choisir dans le cimetière
marin lemplacement de sa tombe si toutefois il ne pouvait être sauvé. On ne dira
pas la fin de lhistoire mais il y a peu de chances pour que Patrick Timsit ou son
double soit un jour enterré à Varengeville.
Avec des acteurs de la trempe de Timsit ou José Garcia, la scripte du film
sarrache souvent les cheveux car au fil des prises, le scénario varie sensiblement.
Limprovisation devenant de mise. Exemple, à la sortie de léglise alors que
les jeunes mariés viennent de sengouffrer dans une grosse voiture, le père du
marié alias Georges Staquet, na pas réussi à passer... la première. Le moteur
rugissait sous ses coups daccélérateur mais sans que le véhicule avance dun
centimètre. Patrick Timsit sest alors engouffré dans la voiture pour la pousser...
Lorsque le clap «Coupez» a signalé la fin de la prise, lacteur est revenu hilare.
«Cétait trop marrant, on va la garder...»
Mercredi soir, léquipe a plié bagages, pour prendre la direction du
Tréport où dautres scènes doivent être tournées, non sans avoir fait une photo
de famille devant la petite église et signé volontiers quelques autographes.
Reportage Philippe Rifflet et Michèle Lebourg
Interview
« Jai tout de
suite adoré
cette église et cette région »
«Cest un cadre merveilleux qui correspond
parfaitement à lambiance du film, avec ce ciel tourmenté, ces falaises brutes
quon voit au loin derrière les plans de sortie de léglise et du
cimetière...» Pas bêcheur pour un sou, Patrick Timsit sest volontiers arrêté
pour répondre à nos questions entre deux prises de son nouveau film baptisé
«Quelquun de bien».
Sil avoue nêtre jamais venu dans la région auparavant, il concède
être tombé sous le charme de Varengeville et de sa petite église, «on dirait une
maison de poupées. Cest un assistant qui a fait les repérages durant tout
lété pour dénicher un endroit comme celui-là sur le littoral. La couleur du
ciel, de la mer avec ses reflets verts dès que le soleil se montre, donnent une lumière
incomparable. Idéale pour le climat du film. Jai été frappé également de
lattachement des gens dici pour leur région et pour leur église. Jai
pu le constater en parlant avec les figurants avec qui nous avons très bien travaillé.»
Un coup de foudre comme celui-là ne restera sûrement pas sans lendemain..
Lorsquil travaillera sur un prochain film, Patrick Timsit pourrait bien à nouveau
penser à la région dieppoise.
Figurant
La première expérience de Monique au
cinéma
Monique, une Varengevillaise,
a vécu sa première expérience cinématographique
Choisie parmi plus de 350 personnes qui se sont présentées
au casting, Monique Chiabergi a eu lheureuse surprise dêtre retenue avec son
mari, Daniel.
«Cest une expérience plutôt sympa, loccasion de connaître de
plus près le monde du cinéma», raconte-t-elle.
«Il fallait se présenter avec deux ou trois tenues chic et dété.
Cest la costumière qui a choisi et complété éventuellement avec un accessoire».
Ainsi, Monique sest vue dotée dune superbe capeline marine.
Durant deux jours, notre figurante a ainsi fait partie de la famille qui
assistait au mariage. Et bien sûr, les scènes sont tournées cinq, six, voire sept fois,
«Cest ainsi que je me suis trouvée embrasser José Garcia plusieurs fois pour le
féliciter», poursuit-elle.
«On nous explique tout ce qui se passe, à chaque fin de scène tournée,
Patrick Timsit nous félicite, nous encourage, jamais une parole négative. Tout le monde
est gentil et prévenant, des boissons chaudes et des biscuits pour nous faire patienter
entre les scènes... Si cétait à refaire, bien sûr que jy retournerais».
La gentillesse de léquipe, acteurs ou techniciens, a fait
lunanimité chez tous les figurants. |