Journal du 3 août 2001

Tatouage et piercing
Un art ou une raison de vivre

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Si l’effet de mode a duré quelque temps, le tatouage et le piercing sont devenus des actes courants pour bon nombre de personnes de tout âge. A Dieppe, il existe deux salons, Tattoo Bonz et Tattoo Dream, qui travaillent chacun avec sa clientèle et une approche particulière de leur discipline. Dans les deux endroits, on revendique le tatouage comme un art et on envisage l’avenir avec sérénité.

Depuis quelques années, le tatouage a fait irruption dans la vie quotidienne parfois de façon discrète sur l’épaule ou la cheville ou de façon plus voyante sur un bras, un dos ou un buste. Si au début, le phénomène était surtout dû à une certaine provocation, il est progressivement rentré dans les moeurs entretenu par des stars du show business. Le piercing a fait une apparition plus tardive mais suit aussi une évolution similaire. A Dieppe, il existe deux salons officiels Tattoo Bonz où l’on peut se faire tatouer, percer et où on trouve aussi des objets divers et Tattoo Dream qui se consacre exclusivement au tatouage.

Tattoo Bonz est ouvert depuis quatre ans rue d’Ecosse. Lallie travaille avec Cyril qui avoue avoir déjà pratiqué dans d’autres pays avant de s’installer à Dieppe : «J’ai beaucoup voyagé pour connaître ce qui se faisait comme tatouage en Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique) mais aussi en Inde ou aux Etats-Unis. Les styles sont très différents souvent en rapport avec la culture et la civilisation même si on tatoue de tout partout. Ayant passé une partie de mon adolescence à Dieppe, j’ai eu envie de revenir et de m’installer mais je suis resté en contact avec un studio à Bali en Polynésie et un autre au nord de Londres.»

Embellir le corps

De son côté, Lallie est d’origine anglaise. Elle a rencontré Cyril par connaissance et a ainsi découvert le tatouage. Trouvant que cela embellit nettement mieux le corps qu’un bijou, elle a suivi une formation pour pouvoir travailler avec Cyril et pratiquer aussi bien le tatouage que le piercing.

Au fil des mois, Cyril et Lallie ont réussi à obtenir une clientèle variée : «On s’est aperçu que le tatouage ne répondait plus à un effet de mode mais devait être esthétiquement beau. On a une clientèle qui va de 18 à 70 ans et qui vient sans appréhension. Pour les petites pièces, on y passe entre 20 minutes et une heure selon le dessin mais pour un dos complet, il faut parfois compter une soixantaine d’heures de travail avec un prix variant de 16 à 35 000 F, une petite pièce coûtant en moyenne 300 F.»

Les modèles de tatouages peuvent être très variés, choisis sur les catalogues présentés à Tattoo Bonz mais aussi grâce à des dessins, des photos, des cassettes vidéo et même des objets personnels scannés avant d’être reproduits. Sur ce sujet, Cyril précise que, dans la plupart des cas, il ne tatoue un modèle qu’une ou deux fois au maximum avant de le retirer du catalogue pour lui laisser son caractère d’originalité.

A Tattoo Bonz, on pratique aussi le piercing dans une pièce à l’arrière du salon pour des conditions de sécurité. «Nous avons un autoclave pour stériliser le matériel et nous veillons particulièrement aux règles d’hygiène; par exemple, nous utilisons des aiguilles à usage unique dont l’emballage est ouvert devant le client et qui sont ensuite envoyées à Rouen pour destruction» indique Lallie qui s’assure de la confiance de la personne avant d’opérer le piercing tout en ajoutant que les mineurs doivent obligatoirement être accompagnés d’un parent pour pouvoir se faire percer.

Concernant l’avenir du tatouage, Cyril est optimiste, comptant avant tout sur le bouche à oreille pour continuer à se développer.

L’autre salon officiellement reconnu est Tattoo Dream tenu par Pascal dit Calou qui a depuis son plus jeune âge eu envie de devenir tatoueur : «Dès l’âge de 15-16 ans, j’ai commencé à dessiner et à bricoler manuellement.

Progressivement j’ai acheté du matériel de plus en plus perfectionné et j’ai appris auprès de spécialistes. Des amis comme Bruno Marty, organisateur de l’Euro Tattoo Piercing, m’ont aidé à me faire connaître et reconnaître de la profession ce qui est très important. Il y a trop de gens qui s’improvisent tatoueurs et qui bidouillent des dessins sans qualité et que l’on doit souvent recouvrir. Je regrette ce genre de méthodes même si cela m’amène des clients supplémentaires. De la même façon, je ne pratique pas le piercing car je ne veux pas me disperser mais juste me consacrer à l’art du tatouage.»

Après avoir travaillé dans l’est de la France, Pascal s’est installé à Dieppe il y a un an rue Parmentier. A présent qu’il a réussi à se faire connaître et apprécier d’une large clientèle, il souhaite se rapprocher du centre ville pour être plus à la vue du public même si pour lui aussi, ce sont la satisfaction des clients et le bouche à oreille qui doivent être les sources de développement.

Uniquement sur rendez-vous

Dénonçant les pratiques parfois non déclarées de certains, Pascal veut avant tout avoir la qualité comme principal argument : «Ici, il n’y a rien d’artificiel et ce n’est pas le tatouage pour le tatouage. Le respect de la personne est prioritaire et je préfère perdre un éventuel client plutôt que de le décevoir. Pour cela, je fonctionne uniquement sur rendez-vous et en voyant la personne pas par téléphone. Il faut qu’il y ait un contact direct puis un temps de réflexion avant de faire le tatouage. Aussi lorsque l’on fixe un rendez-vous, je demande un acompte pour que l’engagement ne soit pas pris à la légère. De même, je ne fixe pas un prix en fonction du tatouage mais plutôt en nombre d’heures de travail sachant que le tarif oscille entre 250 et 300 F de l’heure selon le sujet.»

Pascal a une large gamme de catalogues pour le choix des modèles mais c’est souvent en discutant avec le client qu’il découvre mieux la personnalité et qu’ensemble, ils optent pour un tatouage. Il avoue tatouer un peu tous les sujets sauf ceux à tendance raciste, politique ou engagée et il n’opère jamais sur les mains et la figure. Même si la majorité des clients a entre 20 et 40 ans, Pascal se souvient avoir tatoué une femme de 72 ans et un homme de 65 ans qui ont prouvé que le tatouage n’avait pas d’âge. Pascal sera présent à la prochaine convention Euro Tattoo piercing en août au Tréport toujours dans le but d’apprendre et de se faire connaître.

Le 6e Euro Tattoo Piercing au Tréport du 17 au 20 août

Un rassemblement pour découvrir

Depuis plusieurs années, la ville du Tréport accueille chaque été un rassemblement d’adeptes du tatouage et du piercing. Bruno Marty, président de l’association loi 1901 Euro tattoo production, est l’organisateur de la convention Euro Tattoo Piercing dont la sixième édition se déroulera du 17 au 20 août. Le but de cet événement est de faire connaître l’art du tatouage et du piercing en réunissant des tatoueurs connus et reconnus.

Cette année, ils seront vingt à présenter leur passion venant pour la plupart de France mais aussi d’Espagne, d’Italie, de Belgique et sous réserve de Tahiti. Lui même tatoueur à Mers-les-Bains, Bruno Marty avoue avoir même refusé certains candidats pour ce salon qui prend de l’ampleur au fil des ans : «Avec l’association, nous sélectionnons des tatoueurs qui ont pignon sur rue et qui nous proposent un press-book de qualité. Nous ne voulons pas de charlatans ou de bidouilleurs mais uniquement des tatoueurs chez qui on souhaite revenir. Nous avons créé cette convention pour apporter ce qui n’était pas à l’époque connu dans la région. L’Euro tattoo accueille tous styles de tatoueurs et chaque jour, il y a des animations et des concours et en soirée un concert. Nous avons commencé avec 700 visiteurs et l’an passé, ils ont été près de 2000 recensés sur les quatre jours. Grâce à Deep Colors qui vient d’Allemagne et Wild Cats de Belgique, on peut aussi trouver du matériel de tatouage et de piercing de qualité».

La restauration sera possible sur place et l’organisateur promet une ambiance rock’n’roll garantie.

L’Euro Tattoo Piercing se déroule sous chapiteau près de la gare du Tréport du 17 au 20 août avec concert les trois premiers soirs. Prix d’entrée 30 francs pour une journée ou 50 francs pour les quatre jours. Renseignements possibles au 02-35-86-20-85.

Ils témoignent

Sur un coup de tête mais pour la vie

Ils sont tous d’âge et de d’origine différentes mais ont en point commun d’être tatoués.
Sur l’épaule, dans le dos ou sur le bras, ils ont tous choisi un modèle précis qu’ils veulent voir sur leur corps mais leur motivation est souvent différente.

Animatrice en centre de loisirs pendant les vacances, Virginie, 20 ans, a un tatouage et a eu jusque trois piercings : «J’ai commencé il y a deux ans par un piercing au nombril parce que je trouvais ça joli et original. J’en ai eu trois mais j’en ai avalé un. Je suis allée voir la personne qui me l’avait mis mais on m’a dit que ce n’était pas grave. Pour le tatouage, c’est une copine qui m’a donné l’idée. Avant je trouvais ça un peu vulgaire. J’ai volontairement choisi un modèle discret avec des roses et des violettes et dans le bas du dos et c’est joli à porter».

Une autre animatrice qui s’appelle aussi Virginie mais qui est un peu plus jeune a profité du samedi après-midi entre son travail de juillet et d’août pour se faire tatouer son signe astrologique sur l’épaule : «C’est vraiment sur un coup de tête que je suis venue et heureusement il y avait de la place pour le faire aussitôt car autrement j’aurais peut-être renoncé. J’étais un peu stressée mais ça s’est bien passé, ça picote juste un peu mais je suis contente du résultat.»

De son côté, Frédéric, 35 ans, n’est pas un novice en matière de tatouage : «Le premier a été fait pour la naissance de mon fils et j’en suis au cinquième dont un effectué en recouvrement d’un qui était raté. Je trouve ça beau, mieux qu’un tableau pour son côté vivant; il n’y a qu’à regarder la tête d’aigle sur mon épaule qui bouge avec mes mouvements. C’est vraiment de l’art. Je suis en train de réfléchir à un sixième qui sera l’avant-dernier mais je prends mon temps car il ne faut pas prendre ça à la légère, on l’a pour toute sa vie.»

Du travail d’artiste

Harry a un peu la même opinion que Frédéric même si il n’a qu’un tatouage : «Ma femme en avait un avant moi et j’ai trouvé ça joli alors j’ai franchi le pas. J’ai choisi de me faire tatouer un scorpion ce qui correspond à mon signe astrologique. C’est un modèle unique et on a l’impression qu’il est réel. Quatre heures ont été nécessaires à sa réalisation mais cela n’a pas été douloureux. Il faudrait vraiment reconnaître Pascal, mon tatoueur, comme un artiste».

Julien et Francisco sont deux copains arquais. Julien a été inspiré par son frère alors que Francisco a voulu tester tout seul avant de continuer. «J’ai d’abord commencé par un dessin simple sur le bras pour voir et comme ça s’est bien passé, j’ai enchaîné avec un aigle polynésien dans le dos. Ca a pris une douzaine d’heures mais j’ai encore envie d’autres tatouages notamment sur le mollet» indique Julien heureux de voir des copains comme Francisco partager sa passion : «Moi aussi, j’ai commencé par un tatouage discret sur le bras puis ce fut au tour des deux guerrières indiennes sur le dos à chaque fois pour mon anniversaire. Pascal a aussi fait sur un bras un recouvrement d’un tatouage d’un autre salon pas vraiment réussi. J’en ai encore deux en vue toujours sur le thème des indiens».

Les modes sont aussi sources d’inspiration pour les amateurs de tatouages et actuellement, le style polynésien est très apprécié. Ainsi Pascal, Dieppois de 34 ans, a franchi le pas il y a une quinzaine de jours : «J’ai longtemps hésité avant de me décider. J’avais une réelle appréhension mais au bout de cinq minutes, on n’y pense plus. Le tatouage polynésien que j’ai sur le bras est vraiment joli, il n’est pas commun et me donne envie d’en avoir d’autres. J’ai une idée précise dans la tête et je vais en discuter avec Pascal et on choisira ensemble»....

Reportage Philippe Beaufils


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