| Si leffet de mode a duré
quelque temps, le tatouage et le piercing sont devenus des actes courants pour bon nombre
de personnes de tout âge. A Dieppe, il existe deux salons, Tattoo Bonz et Tattoo Dream,
qui travaillent chacun avec sa clientèle et une approche particulière de leur
discipline. Dans les deux endroits, on revendique le tatouage comme un art et on envisage
lavenir avec sérénité. Depuis quelques années, le
tatouage a fait irruption dans la vie quotidienne parfois de façon discrète sur
lépaule ou la cheville ou de façon plus voyante sur un bras, un dos ou un buste.
Si au début, le phénomène était surtout dû à une certaine provocation, il est
progressivement rentré dans les moeurs entretenu par des stars du show business. Le
piercing a fait une apparition plus tardive mais suit aussi une évolution similaire. A
Dieppe, il existe deux salons officiels Tattoo Bonz où lon peut se faire tatouer,
percer et où on trouve aussi des objets divers et Tattoo Dream qui se consacre
exclusivement au tatouage.
Tattoo Bonz est ouvert depuis quatre ans rue dEcosse. Lallie travaille
avec Cyril qui avoue avoir déjà pratiqué dans dautres pays avant de
sinstaller à Dieppe : «Jai beaucoup voyagé pour connaître ce qui se
faisait comme tatouage en Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique) mais aussi en Inde ou
aux Etats-Unis. Les styles sont très différents souvent en rapport avec la culture et la
civilisation même si on tatoue de tout partout. Ayant passé une partie de mon
adolescence à Dieppe, jai eu envie de revenir et de minstaller mais je suis
resté en contact avec un studio à Bali en Polynésie et un autre au nord de Londres.»
Embellir le corps
De son côté, Lallie est dorigine anglaise. Elle a
rencontré Cyril par connaissance et a ainsi découvert le tatouage. Trouvant que cela
embellit nettement mieux le corps quun bijou, elle a suivi une formation pour
pouvoir travailler avec Cyril et pratiquer aussi bien le tatouage que le piercing.
Au fil des mois, Cyril et Lallie ont réussi à obtenir une clientèle variée :
«On sest aperçu que le tatouage ne répondait plus à un effet de mode mais devait
être esthétiquement beau. On a une clientèle qui va de 18 à 70 ans et qui vient sans
appréhension. Pour les petites pièces, on y passe entre 20 minutes et une heure selon le
dessin mais pour un dos complet, il faut parfois compter une soixantaine dheures de
travail avec un prix variant de 16 à 35 000 F, une petite pièce coûtant en moyenne 300
F.»
Les modèles de tatouages peuvent être très variés, choisis sur les
catalogues présentés à Tattoo Bonz mais aussi grâce à des dessins, des photos, des
cassettes vidéo et même des objets personnels scannés avant dêtre reproduits.
Sur ce sujet, Cyril précise que, dans la plupart des cas, il ne tatoue un modèle
quune ou deux fois au maximum avant de le retirer du catalogue pour lui laisser son
caractère doriginalité.
A Tattoo Bonz, on pratique aussi le piercing dans une pièce à larrière
du salon pour des conditions de sécurité. «Nous avons un autoclave pour stériliser le
matériel et nous veillons particulièrement aux règles dhygiène; par exemple,
nous utilisons des aiguilles à usage unique dont lemballage est ouvert devant le
client et qui sont ensuite envoyées à Rouen pour destruction» indique Lallie qui
sassure de la confiance de la personne avant dopérer le piercing tout en
ajoutant que les mineurs doivent obligatoirement être accompagnés dun parent pour
pouvoir se faire percer.
Concernant lavenir du tatouage, Cyril est optimiste, comptant avant tout
sur le bouche à oreille pour continuer à se développer.
Lautre salon officiellement reconnu est Tattoo Dream tenu par Pascal dit
Calou qui a depuis son plus jeune âge eu envie de devenir tatoueur : «Dès lâge
de 15-16 ans, jai commencé à dessiner et à bricoler manuellement.
Progressivement jai acheté du matériel de plus en plus perfectionné et
jai appris auprès de spécialistes. Des amis comme Bruno Marty, organisateur de
lEuro Tattoo Piercing, mont aidé à me faire connaître et reconnaître de la
profession ce qui est très important. Il y a trop de gens qui simprovisent
tatoueurs et qui bidouillent des dessins sans qualité et que lon doit souvent
recouvrir. Je regrette ce genre de méthodes même si cela mamène des clients
supplémentaires. De la même façon, je ne pratique pas le piercing car je ne veux pas me
disperser mais juste me consacrer à lart du tatouage.»
Après avoir travaillé dans lest de la France, Pascal sest
installé à Dieppe il y a un an rue Parmentier. A présent quil a réussi à se
faire connaître et apprécier dune large clientèle, il souhaite se rapprocher du
centre ville pour être plus à la vue du public même si pour lui aussi, ce sont la
satisfaction des clients et le bouche à oreille qui doivent être les sources de
développement.
Uniquement sur rendez-vous
Dénonçant les pratiques parfois non déclarées de
certains, Pascal veut avant tout avoir la qualité comme principal argument : «Ici, il
ny a rien dartificiel et ce nest pas le tatouage pour le tatouage. Le
respect de la personne est prioritaire et je préfère perdre un éventuel client plutôt
que de le décevoir. Pour cela, je fonctionne uniquement sur rendez-vous et en voyant la
personne pas par téléphone. Il faut quil y ait un contact direct puis un temps de
réflexion avant de faire le tatouage. Aussi lorsque lon fixe un rendez-vous, je
demande un acompte pour que lengagement ne soit pas pris à la légère. De même,
je ne fixe pas un prix en fonction du tatouage mais plutôt en nombre dheures de
travail sachant que le tarif oscille entre 250 et 300 F de lheure selon le sujet.»
Pascal a une large gamme de catalogues pour le choix des modèles mais
cest souvent en discutant avec le client quil découvre mieux la personnalité
et quensemble, ils optent pour un tatouage. Il avoue tatouer un peu tous les sujets
sauf ceux à tendance raciste, politique ou engagée et il nopère jamais sur les
mains et la figure. Même si la majorité des clients a entre 20 et 40 ans, Pascal se
souvient avoir tatoué une femme de 72 ans et un homme de 65 ans qui ont prouvé que le
tatouage navait pas dâge. Pascal sera présent à la prochaine convention
Euro Tattoo piercing en août au Tréport toujours dans le but dapprendre et de se
faire connaître.
Le 6e Euro Tattoo Piercing au
Tréport du 17 au 20 août
Un rassemblement pour
découvrir
Depuis plusieurs années, la ville du Tréport accueille
chaque été un rassemblement dadeptes du tatouage et du piercing. Bruno Marty,
président de lassociation loi 1901 Euro tattoo production, est lorganisateur
de la convention Euro Tattoo Piercing dont la sixième édition se déroulera du 17 au 20
août. Le but de cet événement est de faire connaître lart du tatouage et du
piercing en réunissant des tatoueurs connus et reconnus.
Cette année, ils seront vingt à présenter leur passion venant pour la plupart
de France mais aussi dEspagne, dItalie, de Belgique et sous réserve de
Tahiti. Lui même tatoueur à Mers-les-Bains, Bruno Marty avoue avoir même refusé
certains candidats pour ce salon qui prend de lampleur au fil des ans : «Avec
lassociation, nous sélectionnons des tatoueurs qui ont pignon sur rue et qui nous
proposent un press-book de qualité. Nous ne voulons pas de charlatans ou de bidouilleurs
mais uniquement des tatoueurs chez qui on souhaite revenir. Nous avons créé cette
convention pour apporter ce qui nétait pas à lépoque connu dans la région.
LEuro tattoo accueille tous styles de tatoueurs et chaque jour, il y a des
animations et des concours et en soirée un concert. Nous avons commencé avec 700
visiteurs et lan passé, ils ont été près de 2000 recensés sur les quatre jours.
Grâce à Deep Colors qui vient dAllemagne et Wild Cats de Belgique, on peut aussi
trouver du matériel de tatouage et de piercing de qualité».
La restauration sera possible sur place et lorganisateur promet une
ambiance rocknroll garantie.
LEuro Tattoo Piercing se déroule sous chapiteau près de la gare du
Tréport du 17 au 20 août avec concert les trois premiers soirs. Prix dentrée 30
francs pour une journée ou 50 francs pour les quatre jours. Renseignements possibles au
02-35-86-20-85.
Ils témoignent
Sur un coup de tête
mais pour la vie
Ils sont tous dâge et de dorigine différentes
mais ont en point commun dêtre tatoués.
Sur lépaule, dans le dos ou sur le bras, ils ont tous choisi un modèle précis
quils veulent voir sur leur corps mais leur motivation est souvent différente.
Animatrice en centre de loisirs pendant les vacances, Virginie, 20 ans, a un
tatouage et a eu jusque trois piercings : «Jai commencé il y a deux ans par un
piercing au nombril parce que je trouvais ça joli et original. Jen ai eu trois mais
jen ai avalé un. Je suis allée voir la personne qui me lavait mis mais on
ma dit que ce nétait pas grave. Pour le tatouage, cest une copine qui
ma donné lidée. Avant je trouvais ça un peu vulgaire. Jai
volontairement choisi un modèle discret avec des roses et des violettes et dans le bas du
dos et cest joli à porter».
Une autre animatrice qui sappelle aussi Virginie mais qui est un peu plus
jeune a profité du samedi après-midi entre son travail de juillet et daoût pour
se faire tatouer son signe astrologique sur lépaule : «Cest vraiment sur un
coup de tête que je suis venue et heureusement il y avait de la place pour le faire
aussitôt car autrement jaurais peut-être renoncé. Jétais un peu stressée
mais ça sest bien passé, ça picote juste un peu mais je suis contente du
résultat.»
De son côté, Frédéric, 35 ans, nest pas un novice en matière de
tatouage : «Le premier a été fait pour la naissance de mon fils et jen suis au
cinquième dont un effectué en recouvrement dun qui était raté. Je trouve ça
beau, mieux quun tableau pour son côté vivant; il ny a quà regarder
la tête daigle sur mon épaule qui bouge avec mes mouvements. Cest vraiment
de lart. Je suis en train de réfléchir à un sixième qui sera
lavant-dernier mais je prends mon temps car il ne faut pas prendre ça à la
légère, on la pour toute sa vie.»
Du travail dartiste
Harry a un peu la même opinion que Frédéric même si il
na quun tatouage : «Ma femme en avait un avant moi et jai trouvé ça
joli alors jai franchi le pas. Jai choisi de me faire tatouer un scorpion ce
qui correspond à mon signe astrologique. Cest un modèle unique et on a
limpression quil est réel. Quatre heures ont été nécessaires à sa
réalisation mais cela na pas été douloureux. Il faudrait vraiment reconnaître
Pascal, mon tatoueur, comme un artiste».
Julien et Francisco sont deux copains arquais. Julien a été inspiré par son
frère alors que Francisco a voulu tester tout seul avant de continuer. «Jai
dabord commencé par un dessin simple sur le bras pour voir et comme ça sest
bien passé, jai enchaîné avec un aigle polynésien dans le dos. Ca a pris une
douzaine dheures mais jai encore envie dautres tatouages notamment sur
le mollet» indique Julien heureux de voir des copains comme Francisco partager sa passion
: «Moi aussi, jai commencé par un tatouage discret sur le bras puis ce fut au tour
des deux guerrières indiennes sur le dos à chaque fois pour mon anniversaire. Pascal a
aussi fait sur un bras un recouvrement dun tatouage dun autre salon pas
vraiment réussi. Jen ai encore deux en vue toujours sur le thème des indiens».
Les modes sont aussi sources dinspiration pour les amateurs de tatouages
et actuellement, le style polynésien est très apprécié. Ainsi Pascal, Dieppois de 34
ans, a franchi le pas il y a une quinzaine de jours : «Jai longtemps hésité avant
de me décider. Javais une réelle appréhension mais au bout de cinq minutes, on
ny pense plus. Le tatouage polynésien que jai sur le bras est vraiment joli,
il nest pas commun et me donne envie den avoir dautres. Jai une
idée précise dans la tête et je vais en discuter avec Pascal et on choisira ensemble»....
Reportage Philippe Beaufils |