Journal du 16 octobre 2001

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La jeunesse au service des personnes âgées

Emmanuel a 27 ans et depuis quelques semaines, il est chargé par le Centre Communal d’Action Sociale et par la ville de Dieppe d’assister des résidents dans deux RPA de la ville. Emmanuel, c’est l’ami, le confident, le fils qui ne vient plus forcément en visite, c’est celui qui porte le panier de provisions ou le partenaire idéal pour faire une partie de dominos...

L’expérience vient tout juste de démarrer mais déjà, les premiers bilans qu’en tirent Marie-Claude Bellanger, adjointe au maire chargée des affaires sociales, et Rosemonde Richard, coordinatrice du CCAS sont plus qu’éloquents.

Emmanuel Leroy, 27 ans, n’aura pas eu besoin de plus de quelques jours pour se faire accepter (et adopter) par les 130 résidents des RPA Marcel-Paul dans le quartier du Pollet et du Mont-Robin à côté de l'école Boudier. Son rôle : accompagner les personnes âgées. Les aider dans leur vie quotidienne mais aussi devenir l’animateur de la résidence lorsque les heures deviennent interminables pour des personnes dont les familles sont parfois absentes.

Jeudi matin, dans une supérette de Neuville, Emmanuel accompagne Christiane qui souhaitait faire son plein de courses. Le jeune homme la suit dans les rayons, attrape les produits qu’elle veut acheter, vérifie les dates de péremption, donne son avis sur un choix. Complices...

Pour leur rendre la vie plus facile

A la caisse, Emmanuel sera là encore pour surveiller que tout se passe bien et dehors, c’est lui qui va se charger du panier à provisions en tenant Christiane par le bras.

Tranquillement, tous les deux prendront la direction de l'arrêt de bus avant de retrouver la RPA Marcel-Paul.

«C’est un travail que j’adore. En quelques jours, je suis devenu l’ami de tous ces résidents qui trouvent parfois les journées bien longues. Avec l'âge, ils ont souvent des difficultés à se déplacer, à porter des sacs de provisions, je suis là pour leur rendre la vie plus facile...»

C’est en constatant qu’une demande de la sorte existait que Marie-Claude Bellanger et le CCAS ont eu l’idée de créer le poste aujourd’hui occupé par Emmanuel. «Ce n’est qu’une première expérience qui pourrait s’étendre aux autres RPA de la ville si le besoin s’en faisait sentir et si le service tel qu’il existe aujourd’hui s’avérait satisfaisant...» explique l’adjointe au maire.

«Le choix s’est porté vers les RPA du Pollet et du Mont-Robin à cause de leur éloignement du centre-ville. Les résidents de ces deux établissements sont évidemment ceux qui éprouvent le plus de difficulté pour aller faire leurs courses, pour aller à la pharmacie, ou tout simplement pour descendre profiter un peu de l’animation de Dieppe.»

Très vite, l’emploi du temps d’Emmanuel Leroy, recruté pour son expèrience dans les métiers du secteur sanitaire et social, mais aussi pour la sympathie naturelle qu’il dégage, s’est trouvé surchargé.

«J’alterne les matinées et les après-midi dans chacune des deux résidences que je visite, le matin étant réservé aux sorties en ville pour aller faire les courses et l’après-midi, à la détente et aux loisirs.» Les activités sont multiples, musique, chant, danse, organisation de goûters... «Au début, les gens avaient un peu de mal à savoir quand je venais les voir simplement pour les distraire. A chaque fois, je suis monté dans les étages pour frapper à toutes les portes en leur disant, dites donc, c’est l’heure des dominos... Il m’est arrivé de trouver des gens au lit mais en une seconde ils enfilaient leur paire de chaussons pour descendre et jouer avec tout le monde. Je suis là pour rendre la vie plus heureuse et plus agréable aux personnes âgées, c’est génial. Je réponds à leurs demandes, je lis le journal», raconte Emmanuel qui dit s’être découvert très vite quantité d’amis et autant de grands-mères et grand-pères. Les résidents des RPA du Pollet et du Mont-Robin sont devenus «sa» grande famille.

Le mélange des générations
est un facteur de bonheur

La confiance va tellement loin et s’est installée tellement facilement, que le jeune employé municipal se charge lui-même des courses de certains résidents lorsque ceux-ci son cloués au lit par la maladie. «Etablir des liens ne s’est pas fait d’un seul coup, il a fallu que je me fasse connaître et accepter.» Aujourd’hui, la relation existe et satisfait tout le monde. Pas le droit d’être en retard pour aller au supermarché, ou pour la partie de cartes promise la veille.

Pour la ville et le CCAS, l’intérêt est de permettre aux personnes âgées de continuer à participer à la vie de Dieppe en sortant de leurs résidences, «le mélange des générations est également un facteur de bonheur pour ces gens qui souvent restent isolés à longueur de journée» explique Marie-Claude Bellanger.

«Mon plus grand plaisir est de susciter des rencontres entre les résidents eux-mêmes, car l’expérience prouve que souvent, ils vivent les uns à côté des autres sans se connaître ni même se parler. Je pourrai raconter comment deux femmes que leurs familles ne viennent jamais voir sont devenues des vraies amies en discutant toutes les deux avec moi. Avant, elles se croisaient sans se dire un mot.»

Dieppe regorgeant d’activités de loisirs, de spectacles, l’accompagnateur de personnes âgées a également imaginé plusieurs sorties rendues possibles grâce à la mise à disposition d’un minibus. «Je veux par exemple les emmener aux spectacles de DSN, au cinéma, au Casino, sur la plage... On peut faire plein de choses.»

Offrir davantage de confort, plus de bonheur aux personnes, âgées, c’est aussi l’une des missions des municipalités. A Dieppe, l’expérience menée depuis quelques semaines, qui n’offre visiblement que des avantages, méritait bien un coup de chapeau. Reste à espérer qu’elle soit étendue à toutes les RPA pour que chacun puisse bénéficier des mêmes services.

P.R.


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