| Emmanuel a 27 ans et depuis quelques
semaines, il est chargé par le Centre Communal dAction Sociale et par la ville de
Dieppe dassister des résidents dans deux RPA de la ville. Emmanuel, cest
lami, le confident, le fils qui ne vient plus forcément en visite, cest celui
qui porte le panier de provisions ou le partenaire idéal pour faire une partie de
dominos... Lexpérience vient tout juste de démarrer mais
déjà, les premiers bilans quen tirent Marie-Claude Bellanger, adjointe au maire
chargée des affaires sociales, et Rosemonde Richard, coordinatrice du CCAS sont plus
quéloquents.
Emmanuel Leroy, 27 ans, naura pas eu besoin de plus de quelques jours pour
se faire accepter (et adopter) par les 130 résidents des RPA Marcel-Paul dans le quartier
du Pollet et du Mont-Robin à côté de l'école Boudier. Son rôle : accompagner les
personnes âgées. Les aider dans leur vie quotidienne mais aussi devenir lanimateur
de la résidence lorsque les heures deviennent interminables pour des personnes dont les
familles sont parfois absentes.
Jeudi matin, dans une supérette de Neuville, Emmanuel accompagne Christiane qui
souhaitait faire son plein de courses. Le jeune homme la suit dans les rayons, attrape les
produits quelle veut acheter, vérifie les dates de péremption, donne son avis sur
un choix. Complices...
Pour leur rendre la vie plus
facile
A la caisse, Emmanuel sera là encore pour surveiller que
tout se passe bien et dehors, cest lui qui va se charger du panier à provisions en
tenant Christiane par le bras.
Tranquillement, tous les deux prendront la direction de l'arrêt de bus avant de
retrouver la RPA Marcel-Paul.
«Cest un travail que jadore. En quelques jours, je suis devenu
lami de tous ces résidents qui trouvent parfois les journées bien longues. Avec
l'âge, ils ont souvent des difficultés à se déplacer, à porter des sacs de
provisions, je suis là pour leur rendre la vie plus facile...»
Cest en constatant quune demande de la sorte existait que
Marie-Claude Bellanger et le CCAS ont eu lidée de créer le poste aujourdhui
occupé par Emmanuel. «Ce nest quune première expérience qui pourrait
sétendre aux autres RPA de la ville si le besoin sen faisait sentir et si le
service tel quil existe aujourdhui savérait satisfaisant...» explique
ladjointe au maire.
«Le choix sest porté vers les RPA du Pollet et du Mont-Robin à cause de
leur éloignement du centre-ville. Les résidents de ces deux établissements sont
évidemment ceux qui éprouvent le plus de difficulté pour aller faire leurs courses,
pour aller à la pharmacie, ou tout simplement pour descendre profiter un peu de
lanimation de Dieppe.»
Très vite, lemploi du temps dEmmanuel Leroy, recruté pour son
expèrience dans les métiers du secteur sanitaire et social, mais aussi pour la sympathie
naturelle quil dégage, sest trouvé surchargé.
«Jalterne les matinées et les après-midi dans chacune des deux
résidences que je visite, le matin étant réservé aux sorties en ville pour aller faire
les courses et laprès-midi, à la détente et aux loisirs.» Les activités sont
multiples, musique, chant, danse, organisation de goûters... «Au début, les gens
avaient un peu de mal à savoir quand je venais les voir simplement pour les distraire. A
chaque fois, je suis monté dans les étages pour frapper à toutes les portes en leur
disant, dites donc, cest lheure des dominos... Il mest arrivé de
trouver des gens au lit mais en une seconde ils enfilaient leur paire de chaussons pour
descendre et jouer avec tout le monde. Je suis là pour rendre la vie plus heureuse et
plus agréable aux personnes âgées, cest génial. Je réponds à leurs demandes,
je lis le journal», raconte Emmanuel qui dit sêtre découvert très vite quantité
damis et autant de grands-mères et grand-pères. Les résidents des RPA du Pollet
et du Mont-Robin sont devenus «sa» grande famille.
Le mélange des générations
est un facteur de bonheur
La confiance va tellement loin et sest installée
tellement facilement, que le jeune employé municipal se charge lui-même des courses de
certains résidents lorsque ceux-ci son cloués au lit par la maladie. «Etablir des liens
ne sest pas fait dun seul coup, il a fallu que je me fasse connaître et
accepter.» Aujourdhui, la relation existe et satisfait tout le monde. Pas le droit
dêtre en retard pour aller au supermarché, ou pour la partie de cartes promise la
veille.
Pour la ville et le CCAS, lintérêt est de permettre aux personnes
âgées de continuer à participer à la vie de Dieppe en sortant de leurs résidences,
«le mélange des générations est également un facteur de bonheur pour ces gens qui
souvent restent isolés à longueur de journée» explique Marie-Claude Bellanger.
«Mon plus grand plaisir est de susciter des rencontres entre les résidents
eux-mêmes, car lexpérience prouve que souvent, ils vivent les uns à côté des
autres sans se connaître ni même se parler. Je pourrai raconter comment deux femmes que
leurs familles ne viennent jamais voir sont devenues des vraies amies en discutant toutes
les deux avec moi. Avant, elles se croisaient sans se dire un mot.»
Dieppe regorgeant dactivités de loisirs, de spectacles,
laccompagnateur de personnes âgées a également imaginé plusieurs sorties rendues
possibles grâce à la mise à disposition dun minibus. «Je veux par exemple les
emmener aux spectacles de DSN, au cinéma, au Casino, sur la plage... On peut faire plein
de choses.»
Offrir davantage de confort, plus de bonheur aux personnes, âgées, cest
aussi lune des missions des municipalités. A Dieppe, lexpérience menée
depuis quelques semaines, qui noffre visiblement que des avantages, méritait bien
un coup de chapeau. Reste à espérer quelle soit étendue à toutes les RPA pour
que chacun puisse bénéficier des mêmes services.
P.R. |