Journal du vendredi 23 novembre 2001

Le plus grand voilier du monde dans le bassin du Commerce
Une "cathédrale" à Dieppe

SedovADieppe.jpg (39694 octets)

Le Sedov, quatre-mâts de 117 mètres battant pavillon russe et appartenant à l’université de Mourmansk, a fait une entrée remarquée dans le port de Dieppe. Le navire qui revendique fièrement son statut de plus grand bateau du monde restera chez nous jusqu’à mardi et s’ouvrira à la visite du public à partir de demain.

Quatre jours d’escale

Sa silhouette blanche s’est peu à peu détachée de la grisaille. Sur l’horizon, la cathédrale de toiles baptisée Sedov battant pavillon russe, s’est offerte en spectacle aux côtes dieppoises. A l’heure du rendez-vous fixé par la marée et les pilotes du port, tout heureux d’aller à la rencontre d’un tel monument. L’escale du navire va durer jusqu’à mardi dans le bassin du Commerce. Une visite extraordinaire dont le port de Rouen et ses Armadas successives avaient été privés pour cause de gigantisme. Avec ses 58 mètres de tirant d’air, le géant construit en 1921 dans les chantiers navals Krupp de Kiel en Allemagne, ne passait pas sous le pont de Tancarville. Le Sedov restera à jamais le grand absent de ces magnifiques rassemblements de voiliers dans le port de la capitale haut-normande.

A Dieppe, son escale restera au contraire gravée dans la mémoire collective, d’autant que le navire va largement s’ouvrir à la curiosité de la population puisqu’on pourra le visiter samedi, dimanche et lundi contre une modique participation de 20 francs pour les adultes et gratuit pour les enfants jusqu’à 14 ans destinée à aider à son fonctionnement. Mieux, on pourra même embarquer sur le plus grand voilier du monde qui après son escale dieppoise (départ mardi par la marée du matin) en direction de Brest. Pour participer à cette mini-croisière (arrivée en Bretagne le 29 novembre) il en coûtera 1 200 francs.

Aujourd’hui vendredi, la Ville de Dieppe, partenaire de l’association « Embarquement Voiles Traditionnelles » de Douarnenez qui organise ce tour des côtes francaises du voilier russe, a réservé la journée aux scolaires de la ville qui pourront visiter le navire amarré dans le bassin du Commerce.

Sauvé grâce à la mobilisation des Bretons

L’histoire du Sedov est loin d’être banale (lire par ailleurs), mais aurait pu prendre une tournure dramatique en juillet dernier. Alors qu’il participait au rassemblement de grands voiliers de Douarnenez, le quatre-mâts a fait l’objet d’une demande de saisie conservatoire émanant d’une société suisse en réparation des dettes de l’Etat russe. grâce à l’intervention des organisateurs du festival breton, de plusieurs entreprises bretonnes et d’un avocat nantais, la saisie avait pu être levée après plusieurs jours d’inquiétude, le navire se trouvant bloqué au port sans possibilité de reprendre la mer.

Loin de tous ces problèmes liés à la situation économique de l’Etat russe, les Dieppois profiteront pleinement de cette rencontre de quelques jours avec un monument maritime et des échanges culturels qu’il suscite avec ses 65 marins et ses 120 cadets issus de l’université maritime de Mourmansk.

P. R.

Trois mois de mer

De Saint-Pétersbourg à Casablanca
en passant par Dieppe

Propriété de l’université de Mourmansk, le Sedov, quatre-mâts barque construit en 1921, est le navire sur lequel les jeunes cadets de l’université effectuent leur stage de futur officier, radio, mécanicien...

Il peut embarquer jusqu’à 240 personnes dont 70 membres d’équipage, 100 à 120 cadets et, depuis quelques années, environ 50 stagiaires de toutes nationalités désireux de découvrir la vie à bord des grands voiliers.

La formation se déroule au cours d’un voyage d’une durée de trois à quatre mois le long des côtes européennes, chaque escale étant mise à profit pour des échanges culturels et économiques avec les ports d’accueil et des animations pour les cadets en formation.

Dans le cadre privilégié des liens qui unissent Douarnenez au Sedov, et dans une perspective culturelle, un partenariat a été établi entre l’université de Mourmansk et l’association « Embarquement Voiles Traditionnelles » de Douarnenez. Le voyage automnal organisé par Douarnenez dans lequel s’inscrit l’escale dieppoise, la municipalité locale ayant accepté de recevoir le navire, a commencé le 15 septembre dernier dans le port de Saint-Pétersbourg et s’achèvera le 5 décembre prochain à Warnemunde en Allemagne.

Au terme du voyage, le navire fait escale à Pauillac en Gironde, La Corogne en Espagne, Casablanca au Maroc et Rotterdam aux Pays Bas.

Historique

Les circumnavigations de Magdalene Vinnen

Lancé à Kiel en 1921 par les chantiers Krupp, le Magdalene Vinnen, actuel Sedov, est un grand quatre-mâts barque métallique à moteur auxiliaire. Il développe un gréement impressionnant typique des grands voiliers allemands de cette époque, avec un moteur auxiliaire diesel 128 chevaux. Bien que le navire soit exclusivement voué aux transports des marchandises, l’équipage est déjà en partie constitué de cadets. En 1922, tous les espoirs placés dans ce voilier motorisé ont été dépassés. Le quatre-mâts barque a démontré des qualités de marche exceptionnelles tant à la voile qu’à la voile et moteur. Au cours des premières années, le Magdalene Vinnen est essentiellement affecté aux voyages vers l’Amérique du Sud. Puis, dans les années 1930, il rallie régulièrement l’Australie pour y charger du blé.

Le Kommodore Johnsen, voilier-école marchand

En 1936, le Magdalene Vinnen est vendu aux Norddeutscher Lloyd, à Brême. Rebaptisé Kommodore Johnsen, il est réaménagé en voilier-école marchand. Il accomplit dès lors de nombreuses circumnavigations, transportant du blé, du charbon, du guano, des céréales.

La guerre vient mettre un terme à ces voyages au long-cours. Malgré les circonstances, les autorités exigent que la formation de la relève soit assurée. Le navire est donc convoyé en Baltique où il effectue des croisières de cinq à six semaines, simulant des traversées hauturières. En ces temps de pénurie de carburant, le navire navigue seulement à la voile. Après la capitulation de l’Allemagne, le navire est remis aux Britanniques qui le confient immédiatement aux Russes au titre des dommages de guerre. En 1946, le pavillon rouge à faucille et marteau flotte à la corne du dernier grand voilier allemand.

Sous pavillon soviétique : le Sedov

Le quatre-mâts barque porte désormais le nom de l’explorateur polaire Georgij Sedov, décédé lors d’une exploration dans l’Arctique en 1914. Jusqu’en 1966, le Sedov navigue comme voilier de recherche océanographique. Il est ensuite mis en réserve à Kronstadt et ne réapparaît que dans les années 1970. Récupéré par le Ministère de la Pêche pour la formation des équipages de chalutiers, il est confié aux chantiers de Kronstadt pour être réaménagé tel qu’il est aujourd’hui. Ces travaux qui vont durer plusieurs années coûtent quelques millions de roubles. Ainsi rénové, le Sedov sort du chantier en 1981. Avec comme port d’attache Riga (Lettonie), le Sedov embarque désormais des cadets issus des écoles de navigation de Kalingrad et de Mourmansk

Le navire-école de Mourmansk

La chute du mur en 1989, la proclamation d’indépendance de la Lettonie en 1991 ne sont pas sans influencer le destin du Sedov. Demeurant dans le giron de la Russie, il quitte Riga à destination de Mourmansk, son nouveau port d’attache et incombe désormais à l’école de marine de la ville. Celle-ci en assure toujours la gestion et l’entretien.

Fidèle à sa vocation de voilier-école, le Sedov permet la formation de 114 cadets, tous issus de l’université de Mourmansk.

Il participe régulièrement aux grands rassemblements maritimes internationaux comme hôte privilégié

 Caractéristiques

Type : quatre-mâts barque
Année de construction : 1921
Longueur HT : 117,50 m
Largeur : 14,60 m
Tirant d’eau : 6,50 m
Tirant d’air : 58 m
Nombre de voiles : 32
Surface de voile : 4.192 m2
Equipage : 65 marins + 120 cadets
Vitesse sous voiles : 18 noeuds
Vitesse au moteur : 8 noeuds


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Recherche   Accueil