| Des scientifiques sondent en ce moment
la falaise du hameau de Mesnil-Val sur la commune de Criel-sur-Mer dans le cadre d'un
programme européen de recherche. Les moyens déployés sont à la hauteur de l'ambition :
trouver la méthode qui permettrait, à terme, de prévoir les effondrements de falaises. Chaque
année, les falaises reculent entre vingt centimètres et un mètre selon les régions. La
conséquence de trois phénomènes naturels: le processus géologique de vieillissement
des falaises, l'érosion provoquée quotidiennement par la mer et enfin des conditions
climatiques particulièrement mauvaises qui gorgent d'eau les falaises. A ce jour, aucune
technique scientifique ne permet de prévoir les effondrements. Seules en effet, les
inspections visuelles sur le terrain et les photographies aériennes permettent depuis une
soixantaine d'années de dresser un état des lieux du recul effectif des falaises. C'est
donc pour tenter de trouver une solution à ce « fatalisme » que les scientifiques du
BRGM et de l'Ineris vont tester, dans le cadre du programme européen de recherche Protect
(Prediction of the erosion of cliffed terrains), une méthode permettant de prévoir les
instabilités de falaises. Et c'est le site de Criel-sur-Mer et plus précisémment la
falaise du hameau de Mesnil-Val qui a été retenue pour mener à bien ce projet.
« Nous ne sommes pas venus ici par hasard » souligne Jean-Christophe Gourry,
ingénieur géophysicien du BRGM. « Depuis l'an passé, plusieurs effondrements de
falaises crayeuses ont eu lieu sur le littoral du Pays de Caux et Criel-sur-Mer répond
aux conditions géologiques. Parallèlement, sa falaise se situe dans la moyenne du recul
des falaises avec environ 50 centimètres par an. Et enfin, nous avons trouvé l'endroit
idéal pour nous installer avec tout notre matériel. »
Un chantier acrobatique
Pour expérimenter leur méthode, les scientifiques venus
d'Orléans et de Nancy ont dû envisager un chantier titanesque. Ils ont requis pour ce
faire, les services d'une entreprise spécialisée dans les travaux « acrobatiques »,
l'objectif étant de forer la falaise pour y placer des capteurs. Une opération des plus
délicates réalisée en deux temps et consistant d'une part à descendre à flanc de
falaise une foreuse pour « perforer » la craie et d'autre part à hisser cette dernière
à marée basse, à partir de la plage pour les forages les plus bas. Ces dix forages
(huit horizontaux et deux verticaux) ainsi obtenus abriteront durant trois ans de petits
capteurs semblables à des radars et qui seront véritablement à « l'écoute » de la
falaise.
Cette méthode, habituellement utilisée dans les mines, devra maintenant faire
ses preuves dans des formations plus tendres: les falaises de craie.
Trois ans danalyses
« Ces capteurs se présenteront en un réseau
d'accéléromètres pour écouter des micro-craquements annonciateurs de gros
effondrements et pour déterminer la position et la taille de la fracture responsable de
ces craquements, deux extensomètres pour mesurer le déplacement des blocs, trois
cellules de pression, installées à la base de la falaise pour mesurer un affaissement
général, trois capteurs pour mesurer les variations de la teneur en eau de la craie et
déterminer le seuil minimum susceptible de créer une instabilité » explique
Jean-Christophe Gourry. « Enfin une station météo sera installée pour mesurer la
vitesse et la direction du vent, la pluie et la température dont les variations peuvent
avoir une influence sur la stabilité de la craie. »
Durant, les trois années que durera le programme européen, l'ensemble de ces
données enregistrées sur place sera quotidiennement transmis au BRGM et à l'Ineris où
elles seront analysées.
« Nous ne pourrons jamais enrayer le phénomène de l'érosion naturelle de la
falaise mais nous souhaitons ainsi surveiller les instabilités du terrain afin de pouvoir
anticiper les effondrements » conclut Jean-Christophe Gourry. « Si cette méthode
s'avère efficace, nous pourrons étendre la pose de capteurs dans des zones à risques et
réaliser à moyen terme des réseaux d'alerte qui pourraient être par exemple reliés
aux mairies ou aux services de secours et qui permettraient de prévenir tout accident. »
Un enjeu de taille à la hauteur des moyens aujourd'hui mis en place.
A.C.
Quelques chiffres
Le coût du programme de recherche Protect est estimé à
1,5 million d'euros, financé à hauteur de 860.000 euros par l'Union européenne et 420
000 euros par le BRGM. L'opération de Criel coûtera, pour sa part, 600 000 euros.
Parmi les partenaires de ce projet, la Direction départementale de l'Equipement
de Seine-Maritime, le service géologique de Grande-Bretagne, l'Université de Brighton et
l'Isle of Wight council, le service géologique du Danemark, le service maritime de
Pologne et le Consortium de recherche de Ferrare en Italie se retrouvent autour du BRGM
(Bureau de recherche géologique et minière) et de l'Ineris (Institut national de
lenvironnement industriel et des risques). |