Journal du 7 décembre 2001

Prévision des effondrements des falaises
Les scientifiques choisissent Criel
pour effectuer leur test

Des scientifiques sondent en ce moment la falaise du hameau de Mesnil-Val sur la commune de Criel-sur-Mer dans le cadre d'un programme européen de recherche. Les moyens déployés sont à la hauteur de l'ambition : trouver la méthode qui permettrait, à terme, de prévoir les effondrements de falaises.

Chaque année, les falaises reculent entre vingt centimètres et un mètre selon les régions. La conséquence de trois phénomènes naturels: le processus géologique de vieillissement des falaises, l'érosion provoquée quotidiennement par la mer et enfin des conditions climatiques particulièrement mauvaises qui gorgent d'eau les falaises. A ce jour, aucune technique scientifique ne permet de prévoir les effondrements. Seules en effet, les inspections visuelles sur le terrain et les photographies aériennes permettent depuis une soixantaine d'années de dresser un état des lieux du recul effectif des falaises. C'est donc pour tenter de trouver une solution à ce « fatalisme » que les scientifiques du BRGM et de l'Ineris vont tester, dans le cadre du programme européen de recherche Protect (Prediction of the erosion of cliffed terrains), une méthode permettant de prévoir les instabilités de falaises. Et c'est le site de Criel-sur-Mer et plus précisémment la falaise du hameau de Mesnil-Val qui a été retenue pour mener à bien ce projet.

« Nous ne sommes pas venus ici par hasard » souligne Jean-Christophe Gourry, ingénieur géophysicien du BRGM. « Depuis l'an passé, plusieurs effondrements de falaises crayeuses ont eu lieu sur le littoral du Pays de Caux et Criel-sur-Mer répond aux conditions géologiques. Parallèlement, sa falaise se situe dans la moyenne du recul des falaises avec environ 50 centimètres par an. Et enfin, nous avons trouvé l'endroit idéal pour nous installer avec tout notre matériel. »

Un chantier acrobatique

Pour expérimenter leur méthode, les scientifiques venus d'Orléans et de Nancy ont dû envisager un chantier titanesque. Ils ont requis pour ce faire, les services d'une entreprise spécialisée dans les travaux « acrobatiques », l'objectif étant de forer la falaise pour y placer des capteurs. Une opération des plus délicates réalisée en deux temps et consistant d'une part à descendre à flanc de falaise une foreuse pour « perforer » la craie et d'autre part à hisser cette dernière à marée basse, à partir de la plage pour les forages les plus bas. Ces dix forages (huit horizontaux et deux verticaux) ainsi obtenus abriteront durant trois ans de petits capteurs semblables à des radars et qui seront véritablement à « l'écoute » de la falaise.

Cette méthode, habituellement utilisée dans les mines, devra maintenant faire ses preuves dans des formations plus tendres: les falaises de craie.

Trois ans d’analyses

« Ces capteurs se présenteront en un réseau d'accéléromètres pour écouter des micro-craquements annonciateurs de gros effondrements et pour déterminer la position et la taille de la fracture responsable de ces craquements, deux extensomètres pour mesurer le déplacement des blocs, trois cellules de pression, installées à la base de la falaise pour mesurer un affaissement général, trois capteurs pour mesurer les variations de la teneur en eau de la craie et déterminer le seuil minimum susceptible de créer une instabilité » explique Jean-Christophe Gourry. « Enfin une station météo sera installée pour mesurer la vitesse et la direction du vent, la pluie et la température dont les variations peuvent avoir une influence sur la stabilité de la craie. »

Durant, les trois années que durera le programme européen, l'ensemble de ces données enregistrées sur place sera quotidiennement transmis au BRGM et à l'Ineris où elles seront analysées.

« Nous ne pourrons jamais enrayer le phénomène de l'érosion naturelle de la falaise mais nous souhaitons ainsi surveiller les instabilités du terrain afin de pouvoir anticiper les effondrements » conclut Jean-Christophe Gourry. « Si cette méthode s'avère efficace, nous pourrons étendre la pose de capteurs dans des zones à risques et réaliser à moyen terme des réseaux d'alerte qui pourraient être par exemple reliés aux mairies ou aux services de secours et qui permettraient de prévenir tout accident. » Un enjeu de taille à la hauteur des moyens aujourd'hui mis en place.

A.C.

Quelques chiffres

Le coût du programme de recherche Protect est estimé à 1,5 million d'euros, financé à hauteur de 860.000 euros par l'Union européenne et 420 000 euros par le BRGM. L'opération de Criel coûtera, pour sa part, 600 000 euros.

Parmi les partenaires de ce projet, la Direction départementale de l'Equipement de Seine-Maritime, le service géologique de Grande-Bretagne, l'Université de Brighton et l'Isle of Wight council, le service géologique du Danemark, le service maritime de Pologne et le Consortium de recherche de Ferrare en Italie se retrouvent autour du BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) et de l'Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques).


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