| Alors que les événements
internationaux suscitent menaces et inquiétudes, un rumeur venue de région parisienne
laisse entendre que des Islamistes de la branche dure, auraient engagé un tour de France
des mosquées. A Neuville, lassociation sportive et culturelle des jeunes Turcs
interdira à ces «missionnaires» de prendre la parole. «Sils
viennent, ils ne pourront pas parler. Pas question de laisser parler qui que ce soit sans
lautorisation des responsables de lassociation et comme leur discours ne
correspond pas à nos pensées, ils devront partir...»
Cest Gunen Cuyet qui sexprime ainsi. Le président de
lassociation sportive et culturelle des jeunes Turcs de Dieppe sait bien
quavec les événements du 11 septembre dernier, et le déclenchement de la riposte
américaine, il se trouve des porte-paroles dun Islam dur pour tenter de recruter
des jeunes afin de grossir les rangs de lintégrisme.
Une vraie menace à ne
pas négliger
«On a appris que des gens devaient venir de Paris pour
faire le tour des mosquées de Haute-Normandie, mais chez nous, ils ne pourront pas
parler. Et même sils devaient y parvenir, personne ne les écouterait.
Le président de lassociation qui réunit 75 familles, pour la plupart
turques, auxquelles sajoutent quelques représentants de la communauté maghrébine,
sait bien le danger que pourrait représenter la venue de ces «prêcheurs» dun
Islam dans lequel la communauté turque installée à Dieppe depuis les années 70 et la
construction des centrales nucléaires, ne se reconnaît surtout pas.
«Nous sommes musulmans, cest un fait, mais notre Islam à nous na
rien à voir avec le leur. Eux, ils ont dévié. Chez nous, les femmes ne sont pas
battues, elles ne portent pas le voile, elles peuvent aller à lécole et
travailler. Les femmes turques sont des femmes libres. Dailleurs en Turquie, les
femmes ont obtenu le droit de vote avant même les femmes françaises. LIslam est la
religion de la tolérance et si lon applique le Coran à la lettre, on ne fait pas
de mal à une mouche. Les auteurs dattentats terroristes nappliquent pas le
Coran. La Turquie sest toujours rangée du côté des Etats-Unis et chez nous, tout
le monde est contre le régime des Taliban qui se permet des choses terribles à
lencontre de la population dAfghanistan.»
«Je me sens plus dieppois que
certains Dieppois...»
Ce nest pas à Dieppe que les intégristes islamistes
feront recette en venant prôner le Jihad, la guerre sainte contre lOccident et les
Etats-Unis. Pour autant, le responsable de lassociation sait bien quil doit se
montrer prudent face à une telle menace, car les efforts dintégration menés par
la communauté depuis des années ne doivent pas risquer dêtre remis en cause.
Cest trop de travail mené depuis si longtemps. «Aujourdhui, je me sens plus
dieppois que certains Dieppois eux-mêmes.» constate Gunen Cuyet.
Les choses nont pourtant pas toujours été aussi simples. Arrivé en
France à lâge de neuf ans, le président de lassociation sait bien que la
communauté turque na pas toujours été bien regardée. «Cette volonté
dintégration dans la société française ne sest pas faite du jour au
lendemain. Il a fallu faire des efforts, apprendre à nous connaître avec nos voisins.»
Les Dieppois ont notamment dû comprendre pourquoi les Turcs de Neuville
continuent de vivre les uns à côté des autres, «cest dans notre nature. Nous
aimons nous retrouver. Il existe chez nous un phénomène de solidarité et
dentraide comme nulle part ailleurs. Si un membre de la comunauté a un problème,
tout le monde se retrouve pour laider. Si un Turc a besoin dargent, il ne va
quand même pas aller à la banque pour faire un emprunt et payer des intérêts. On se
débrouille entre nous.»
Cest le même élan qui a poussé la communauté à retrousser ses manches
lorsquil sest agi dagrandir la mosquée et le local attenant pour offrir
aux jeunes un espace de rencontres et de loisirs . «Quand ils viennent ici, nos jeunes ne
risquent pas de faire de bêtises.»
Intégrés mais attachés
à leurs racines...
A côté de leur évidente volonté dintégration, les
Turcs de Neuville restent évidemment très attachés à leurs racines. «Cest
pourquoi nous organisons des cours de langue turque pour que les jeunes nés en France,
donc de nationalité française, noublient pas la Turquie.» Il y a deux ans, la
communauté turque et lOffice Municipal des Fêtes avaient uni leurs efforts pour
organiser une soirée franco-turque, histoire de rapprocher davantage les deux
communautés. «La soirée avait tellement bien marché, on sétait tellement amusé
en ayant le sentiment doffrir à nos voisins la possibilité de mieux connaître
notre pays à travers sa musique, sa cuisine, ses danses que nous ne souhaitons
quune chose : recommencer.»
A bon entendeur salut.
P. R. |