| La tension est montée
dun cran hier dans lentreprise Regma-Solutions dArques-la-Bataille. Les
salariés qui réclament le versement de 90 % de leur salaire de décembre menacent
daller se servir eux-mêmes, ou, pire, dutiliser les stocks de produits
chimiques de lentreprise sils ne touchent rien avant lundi. Or, la situation
ne devrait pas se débloquer avant le 8 janvier
Le
pognon, si on la pas, on sait où aller le chercher
» Le ton et la
tension montent inexorablement chez Regma-Solutions. Après la récente
déclaration de cessation de paiement, et la mort quasi annoncée de lentreprise,
lintersyndicale de lusine arquaise, véritable symbole de lindustrie
déclinante de la région dieppoise, se bat pour obtenir le versement des salaires de
décembre et de la prime de fin dannée. Mercredi, les délégués syndicaux ont
rencontré le sous-préfet Louis-Michel Bonté, mais rien de concret nest finalement
sorti de lentrevue « si ce nest des promesses dintervention auprès
des banques pour que celles-ci tolèrent des découverts sur les comptes des salariés, ou
auprès du procureur de la République pour que la date dexamen du dossier par le
tribunal de commerce de Paris soit avancée ». Les salariés, dans un texte publié
par lintersyndicale, reconnaissent « la bonne volonté des pouvoirs publics »,
mais ce sont des actes et pas seulement des promesses quils attendent.
Une nouvelle réunion doit se tenir en sous-préfecture entre le représentant
de lEtat et ceux des salariés. Lenjeu est de faire verser les salaires de
décembre par le fonds de garantie des salaires de Paris, puisque le siège social de
lentreprise dArques-la-Bataille est installé dans la capitale. Cest
également à Paris que se jouera le 8 janvier prochain lavenir de lentreprise
puisque le tribunal de commerce devra alors se prononcer sur le plan de continuation
présenté par les repreneurs dune partie de lactivité sur le site
dArques. Le reste de la production pouvant le cas échéant revenir à dautres
partenaires. Les représentants du personnel ont cependant réclamé du sous-préfet
quil intervienne auprès du tribunal de commerce pour que la date daudience
soit avancée au 3 janvier, pour gagner du temps sur le versement des salaires que les
fonds de garanties assument en telle circonstance.
Pas un sou avant le 8 janvier!
Seulement voilà, on a appris hier après-midi que la date
daudience était bel et bien maintenue au 8 janvier. Les 197 salariés de Regma ne
toucheront donc pas un centime avant cette date! On est bien loin des exigences de
lintersyndicale qui réclame 90 % du salaire de décembre et le solde du 13e mois
pour le 31 décembre, soit lundi. Laissant clairement planer la menace dune
réaction très vive des salariés, poussés à bout. Ils en ont déjà tellement subi
depuis des années, depuis tout ce temps au cours duquel lusine a vécu sous
perfusion
quaujourdhui ils se disent prêts à tout. Prêts à faire
péter les réserves de produits toxiques de lusine, à linstar des menaces et
des actes qui ont pu se produire ces dernières semaines chez Moulinex dans le
Calvados ou dans une entreprise Alsacienne. Chez Moulinex, les salariés
navaient pas hésité à incendier plusieurs bâtiments, leur outil de travail qui
jusqualors était préservé comme un bien des plus précieux. « Les menaces
environnementales proférées par certains perdurent et amplifient même si, de son
côté, lintersyndicale envisage dautres actions pour aller chercher
nous-mêmes largent là où il est
»
Lintersyndicale persiste en effet à penser quun versement de 90 %
des salaires est possible avant le 31 décembre, ce que les pouvoirs publics démentent
formellement « Cest absolument impossible » nous a-t-on confirmés dans un
service de lEtat qui sintéresse directement au dossier Regma. « LEtat
ne dispose pas dune cagnotte qui permettrait de verser les salaires
Il
ny a aucune autre solution que celle dattendre la réunion du tribunal de
commerce de Paris le 8 janvier. Alors, et seulement à partir de ce moment-là, les
salaires seront pris en charge par le fonds de garantie. »
« Ne pas verser les salaires
est un délit »
Pour tenter de calmer le jeu, mais aussi pour apporter une
réponse concrète à la légitime inquiétude des salariés de lentreprise,
Louis-Michel Bonté, sous-préfet de Dieppe, assure pour sa part quil est
personnellement intervenu auprès des directions régionales des plus grandes banques pour
obtenir des autorisations de découvert sans agios pour tous les salariés de Regma.
« Jai envoyé des fax partout dans la matinée, et hier après-midi, jai
passé mon temps à essayer de relancer les directeurs régionaux de ces banques. »
Mais là encore, les moyens dintervention de lEtat auprès dorganismes
bancaires privés se bornent à plaider pour des mesures de faveur. LEtat ne pouvant
rien imposer à des entreprises privées. Et justement, les salariés réclament des
garanties quant à ces autorisations de découvert car « il y a deux ans, on nous
avait promis la même chose et plusieurs salariés de lentreprise se sont finalement
retrouvés avec des agios de plus de 4000 francs à payer
» Cette fois, les
Regma ne se laisseront pas faire!!! « Ne pas verser les salaires en temps et en heure
est un délit puni par la loi tout comme polluer lenvironnement
»
Dernière minute :
Jeudi 17 h 15, le Sous-Préfet Louis-Michel Bonté annonce que toutes les
directions régionales des banques accepteront sans frais les découverts des salariés de
Regma.P. R.
Mercredi 2 janvier
Menaces de grève confirmées
dans les banques
Le mouvement de grève déclenché à linitiative de
lintersyndicale des professions bancaires risque dajouter à la pagaille liée
au vrai lancement de leuro. A Dieppe, les délégués CFTC des Caisses
dEpargne affirment quils ne feront pas grève de gaieté de cur « mais
parce quil ny a plus dautre alternative
»
Le 2 janvier risque bien dêtre une journée noire pour les banques. Non
pas que larrivée de lEuro se passe mal mais plutôt parce que bien des
agences risquent de rester fermées ce jour-là. L'intersyndicale des professions
bancaire, dordinaire si timide, a décidé dappeler à un mouvement de grève
nationale après que les dernières négociations avec les dirigeants des plus grandes
banques aient échoué.
A Dieppe comme partout dans lhexagone, lheure est à la colère dans
les professions bancaires. Jean-Marie Bruneval et Jean-Marc Augustin, délégués de la
CFTC pour les Caisses dEpargne de Dieppe, nont pas décidé de rejoindre
lappel à la grève de gaieté de cur, « mais il arrive un moment où il
nexiste plus dautre alternative. Cest le refus de la direction
dengager de véritables négociations qui nous a conduits à envisager de faire
grève le 2 janvier, une date évidemment très symbolique. Les syndicats avaient laissé
jusquau 14 décembre à la direction du groupe pour formuler de nouvelles
propositions, mais celle-ci a choisi de camper sur ses positions et recherche
laffrontement. »
Les représentants syndicaux dénoncent une remise en cause unilatérale, un « coup
de force » selon les syndicats, du statut des employés des Caisses dEpargne et
une aggravation des conditions de travail liées au passage à leuro.
Rattraper les retards de
salaire
« La réforme vise à nous imposer une part de salaire
variable en fonction des résultats de chacun. En cas déchec régulier,
dobjectifs non atteints, on peut en déduire facilement ce qui pourrait arriver. Il
nest pas question de refuser en bloc le système mais les salariés demandent tout
simplement des garanties. »
Concernant les grilles de salaires, les employés des Caisses dEpargne
comme des autres banques dailleurs, réclament non seulement des revalorisations, «
mais surtout une remise à plat du système de manière à rattraper les retards de
1999 et 2000. Aujourdhui, les propositions que nous fait la direction sont bien loin
du compte. »
A terme, les employés de la Caisse dEpargne craignent que leur banque ne
se dirige tout droit vers une privatisation, « les récentes fusions et la création
du groupe Alliance, troisième pôle bancaire français en sont évidemment les
prémices. Les Caisses dEpargne subiront les mêmes mutations que le Crédit
Agricole qui vient dentrer en Bourse. » Hypothèse qui pourrait se traduire par
des coupes sombres dans les dépenses de fonctionnement, les actionnaires dont le profit
est le seul intérêt, devenant de fait les décisionnaires de lentreprise.
Le ministre en appelle à la
sagesse
A Laurent Fabius qui en appelle à la raison les employés
de banque alors que se profile le basculement total de léconomie du franc vers
leuro dès le 1er janvier, avec des enjeux considérables et des risques de raté,
les représentants CFTC des Caisses dEpargne de Dieppe, affirment que le ministre de
lEconomie et des Finances est justement à lorigine de la réforme des Caisses
dEpargne contre laquelle ils se battent aujourdhui.
Pour les seules caisses dEpargne de Dieppe, outre la CFTC, les syndicats
FO, CGT, CFDT et SU ont dores et déjà appelé à cesser le travail mercredi 2
janvier. Un rassemblement est également prévu à Rouen pour une manifestation dans la
rue.
P. R. |