Journal du vendredi 28 décembre 2001

Regma-Solutions
"Le pognon, on sait où aller le chercher..."

La tension est montée d’un cran hier dans l’entreprise Regma-Solutions d’Arques-la-Bataille. Les salariés qui réclament le versement de 90 % de leur salaire de décembre menacent d’aller se servir eux-mêmes, ou, pire, d’utiliser les stocks de produits chimiques de l’entreprise s’ils ne touchent rien avant lundi. Or, la situation ne devrait pas se débloquer avant le 8 janvier…

Le pognon, si on l’a pas, on sait où aller le chercher… » Le ton et la tension montent inexorablement chez Regma-Solutions. Après la récente déclaration de cessation de paiement, et la mort quasi annoncée de l’entreprise, l’intersyndicale de l’usine arquaise, véritable symbole de l’industrie déclinante de la région dieppoise, se bat pour obtenir le versement des salaires de décembre et de la prime de fin d’année. Mercredi, les délégués syndicaux ont rencontré le sous-préfet Louis-Michel Bonté, mais rien de concret n’est finalement sorti de l’entrevue « si ce n’est des promesses d’intervention auprès des banques pour que celles-ci tolèrent des découverts sur les comptes des salariés, ou auprès du procureur de la République pour que la date d’examen du dossier par le tribunal de commerce de Paris soit avancée ». Les salariés, dans un texte publié par l’intersyndicale, reconnaissent « la bonne volonté des pouvoirs publics », mais ce sont des actes et pas seulement des promesses qu’ils attendent.

Une nouvelle réunion doit se tenir en sous-préfecture entre le représentant de l’Etat et ceux des salariés. L’enjeu est de faire verser les salaires de décembre par le fonds de garantie des salaires de Paris, puisque le siège social de l’entreprise d’Arques-la-Bataille est installé dans la capitale. C’est également à Paris que se jouera le 8 janvier prochain l’avenir de l’entreprise puisque le tribunal de commerce devra alors se prononcer sur le plan de continuation présenté par les repreneurs d’une partie de l’activité sur le site d’Arques. Le reste de la production pouvant le cas échéant revenir à d’autres partenaires. Les représentants du personnel ont cependant réclamé du sous-préfet qu’il intervienne auprès du tribunal de commerce pour que la date d’audience soit avancée au 3 janvier, pour gagner du temps sur le versement des salaires que les fonds de garanties assument en telle circonstance.

Pas un sou avant le 8 janvier!

Seulement voilà, on a appris hier après-midi que la date d’audience était bel et bien maintenue au 8 janvier. Les 197 salariés de Regma ne toucheront donc pas un centime avant cette date! On est bien loin des exigences de l’intersyndicale qui réclame 90 % du salaire de décembre et le solde du 13e mois pour le 31 décembre, soit lundi. Laissant clairement planer la menace d’une réaction très vive des salariés, poussés à bout. Ils en ont déjà tellement subi depuis des années, depuis tout ce temps au cours duquel l’usine a vécu sous perfusion… qu’aujourd’hui ils se disent prêts à tout. Prêts à faire péter les réserves de produits toxiques de l’usine, à l’instar des menaces et des actes qui ont pu se produire ces dernières semaines chez Moulinex dans le Calvados ou dans une entreprise Alsacienne. Chez Moulinex, les salariés n’avaient pas hésité à incendier plusieurs bâtiments, leur outil de travail qui jusqu’alors était préservé comme un bien des plus précieux. « Les menaces environnementales proférées par certains perdurent et amplifient même si, de son côté, l’intersyndicale envisage d’autres actions pour aller chercher nous-mêmes l’argent là où il est… »

L’intersyndicale persiste en effet à penser qu’un versement de 90 % des salaires est possible avant le 31 décembre, ce que les pouvoirs publics démentent formellement « C’est absolument impossible » nous a-t-on confirmés dans un service de l’Etat qui s’intéresse directement au dossier Regma. « L’Etat ne dispose pas d’une cagnotte qui permettrait de verser les salaires… Il n’y a aucune autre solution que celle d’attendre la réunion du tribunal de commerce de Paris le 8 janvier. Alors, et seulement à partir de ce moment-là, les salaires seront pris en charge par le fonds de garantie. »

« Ne pas verser les salaires est un délit »

Pour tenter de calmer le jeu, mais aussi pour apporter une réponse concrète à la légitime inquiétude des salariés de l’entreprise, Louis-Michel Bonté, sous-préfet de Dieppe, assure pour sa part qu’il est personnellement intervenu auprès des directions régionales des plus grandes banques pour obtenir des autorisations de découvert sans agios pour tous les salariés de Regma. « J’ai envoyé des fax partout dans la matinée, et hier après-midi, j’ai passé mon temps à essayer de relancer les directeurs régionaux de ces banques. » Mais là encore, les moyens d’intervention de l’Etat auprès d’organismes bancaires privés se bornent à plaider pour des mesures de faveur. L’Etat ne pouvant rien imposer à des entreprises privées. Et justement, les salariés réclament des garanties quant à ces autorisations de découvert car « il y a deux ans, on nous avait promis la même chose et plusieurs salariés de l’entreprise se sont finalement retrouvés avec des agios de plus de 4000 francs à payer… » Cette fois, les Regma ne se laisseront pas faire!!! « Ne pas verser les salaires en temps et en heure est un délit puni par la loi tout comme polluer l’environnement… »

 Dernière minute :

Jeudi 17 h 15, le Sous-Préfet Louis-Michel Bonté annonce que toutes les directions régionales des banques accepteront sans frais les découverts des salariés de Regma.P. R.


Mercredi 2 janvier

Menaces de grève confirmées
dans les banques

Le mouvement de grève déclenché à l’initiative de l’intersyndicale des professions bancaires risque d’ajouter à la pagaille liée au vrai lancement de l’euro. A Dieppe, les délégués CFTC des Caisses d’Epargne affirment qu’ils ne feront pas grève de gaieté de cœur « mais parce qu’il n’y a plus d’autre alternative… »

Le 2 janvier risque bien d’être une journée noire pour les banques. Non pas que l’arrivée de l’Euro se passe mal mais plutôt parce que bien des agences risquent de rester fermées ce jour-là. L'intersyndicale des professions bancaire, d’ordinaire si timide, a décidé d’appeler à un mouvement de grève nationale après que les dernières négociations avec les dirigeants des plus grandes banques aient échoué.

A Dieppe comme partout dans l’hexagone, l’heure est à la colère dans les professions bancaires. Jean-Marie Bruneval et Jean-Marc Augustin, délégués de la CFTC pour les Caisses d’Epargne de Dieppe, n’ont pas décidé de rejoindre l’appel à la grève de gaieté de cœur, « mais il arrive un moment où il n’existe plus d’autre alternative. C’est le refus de la direction d’engager de véritables négociations qui nous a conduits à envisager de faire grève le 2 janvier, une date évidemment très symbolique. Les syndicats avaient laissé jusqu’au 14 décembre à la direction du groupe pour formuler de nouvelles propositions, mais celle-ci a choisi de camper sur ses positions et recherche l’affrontement. »

Les représentants syndicaux dénoncent une remise en cause unilatérale, un « coup de force » selon les syndicats, du statut des employés des Caisses d’Epargne et une aggravation des conditions de travail liées au passage à l’euro.

Rattraper les retards de salaire

« La réforme vise à nous imposer une part de salaire variable en fonction des résultats de chacun. En cas d’échec régulier, d’objectifs non atteints, on peut en déduire facilement ce qui pourrait arriver. Il n’est pas question de refuser en bloc le système mais les salariés demandent tout simplement des garanties. »

Concernant les grilles de salaires, les employés des Caisses d’Epargne comme des autres banques d’ailleurs, réclament non seulement des revalorisations, « mais surtout une remise à plat du système de manière à rattraper les retards de 1999 et 2000. Aujourd’hui, les propositions que nous fait la direction sont bien loin du compte. »

A terme, les employés de la Caisse d’Epargne craignent que leur banque ne se dirige tout droit vers une privatisation, « les récentes fusions et la création du groupe Alliance, troisième pôle bancaire français en sont évidemment les prémices. Les Caisses d’Epargne subiront les mêmes mutations que le Crédit Agricole qui vient d’entrer en Bourse. » Hypothèse qui pourrait se traduire par des coupes sombres dans les dépenses de fonctionnement, les actionnaires dont le profit est le seul intérêt, devenant de fait les décisionnaires de l’entreprise.

Le ministre en appelle à la sagesse

A Laurent Fabius qui en appelle à la raison les employés de banque alors que se profile le basculement total de l’économie du franc vers l’euro dès le 1er janvier, avec des enjeux considérables et des risques de raté, les représentants CFTC des Caisses d’Epargne de Dieppe, affirment que le ministre de l’Economie et des Finances est justement à l’origine de la réforme des Caisses d’Epargne contre laquelle ils se battent aujourd’hui.

Pour les seules caisses d’Epargne de Dieppe, outre la CFTC, les syndicats FO, CGT, CFDT et SU ont d’ores et déjà appelé à cesser le travail mercredi 2 janvier. Un rassemblement est également prévu à Rouen pour une manifestation dans la rue.

P. R.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Recherche   Accueil