Journal du 12 octobre 2001

Procès "Leveau contre les élus et représentants du PCF"
De la politique pour les uns,
de la diffamation pour les autres

Pour Edouard Leveau et son avocate, le tract distribué par le Parti communiste est de la diffamation pure, pour Me Garraud et ses sept clients communistes, c’est de la politique et rien de plus. Le tribunal rendra sa décision le 21 décembre prochain.

Liliane Bosansky, Liliane Legras et Gérard Jacqueline sont arrivés ensemble au tribunal. Marie-Catherine Gaillard et Gérard Louvet les ont rejoints un peu plus tard, lorsque le Président Charbonnier «faisait l’appel» des prévenus. Christian Cuvilliez retenu par les débats parlementaires à l’assemblée nationale et Arnaud Coignet pour raisons professionnelles s’étaient excusés de ne pouvoir être présents à l’audience.

Edouard Leveau qui accuse les six élus communistes du conseil municipal et le secrétaire de la section locale du Parti communiste n’est pas venu lui non plus, le tribunal ayant estimé qu’il n’était point besoin de l’entendre.

Accusés de diffamation par le nouveau maire, les sept «prévenus» n’ont pas souhaité s’exprimer avant que les avocats n’entrent en scène.

«L’insinuation de copinage est intolérable...»

Pour Me Pascale Rondel qui défend les intérêts d’Edouard Leveau, «les insinuations de copinage qui figurent dans le tract distribué le 15 mai dernier sous l’entête du Parti communiste, section de l’agglomération dieppoise («l’argent, quand il y en a, c’est pour les amis»), sont intolérables.»

Pour elle, il a été clairement porté atteinte à l’honneur d’Edouard Leveau. «La démocratie, c’est accepter le principe de l’alternance, il faut savoir perdre une élection et savoir s’arrêter (...) Le cynisme de ce tract est de déplacer les débats pour laisser penser qu’Edouard Leveau et la municipalité dieppoise ne construiront pas le nouveau stade Thoumyre parce que la Ville a provisionné une ligne budgétaire destinée à honorer des garanties d’emprunts de la CCI.»

Et l’avocate de rappeler que le nouveau maire et sa majorité n’ont fait qu’appliquer une obligation en matière de gestion publique. «De plus, Monsieur Leveau ne fait qu’assumer l’héritage des précédentes municipalités puisque ce sont Irénée Bourgois et Christian Cuvilliez lui-même qui avaient signé ces contrats de garanties d’eprunts accordées à la chambre de commerce.»

Edouard Leveau a demandé 1000.000 francs de dommages et intérêts «qui seraient versés à une structure sociale de la ville».

«Un procès stalinien...»

Non sans humour, Me François Garraud qui défend les sept prévenus parlera quant à lui «de procès stalinien...» Citant la déclaration des Droits de l’Homme, il indiquera que nul ne peut être condamné pour ses opinions. «Ce procès est éminament politique, et bassement politique. C’est clairement le Parti communiste qui est visé. Monsieur le président, le plaignant ne vous demande rien d’autre que de faire taire son opposition...»

Pour l’avocat, l’affaire (et le tract) se situe bien loin de la diffamation «mais reste bel et bien dans le domaine du débat politique.»

Et de reprendre point par point le texte diffusé le 15 mai dans l’ïlot Saint-Jacques et au Val Druel notamment pour dire que tout n’est que «vérité. Y compris lorsque le terme «amis» est employé puisque chacun sait bien dans cette salle que la chambre de commerce a toujours formé un pôle d’opposition à l’ancienne municipalité. Au contraire, en tant qu’armateur, Edouard leveau a tout intérêt au bon fonctionnement du port et donc de la CCI. De nombreux membres de la chambre de commerce figuraient également en bonne place dans le comité de soutien à Edouard Leveau.»

Sur le fond de l’affaire, Me Garraud a expliqué que la Ville n’était nullement tenue d’inscrire 1,8 million de francs pour honorer les garanties d’emprunts «puisque des assurances avaient été données par l’Etat pour une recapitalisation. Si Edouard Leveau a ainsi décidé de gaspiller l’argent des Dieppois, c’est un choix politique, c’est une erreur politique !»

Sur la forme, le défenseur des élus et représentants du PCF a également insisté sur le fait que rien ne prouve que «ses clients» soient ou les auteurs, ou les imprimeurs, ou encore les diffuseurs du tract. «La citation telle que l’a formulée Edouard Leveau n’est donc pas recevable...»

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 21 décembre !

P. R.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Recherche   Accueil