Journal du 6 novembre 2001

Sur le marché
Les commerçants défendent leur territoire

Depuis près de trois semaines, les commerçants non sédentaires du marché de Dieppe protestent contre la décision de la municipalité qui souhaite déplacer une partie d’entre eux afin d’accueillir le marché de Noël place Nationale. Hier lundi, ils étaient reçus en mairie par Hubert Vergnory, l’adjoint chargé du dossier.

«C’est complètement débile !» «Je croyais que c’était une plaisanterie !» «Il y a plein de place ailleurs, pourquoi retirer des commerçants pour en mettre d’autres, c’est dégueulasse !»

Samedi matin place Nationale, les habitués du marché de Dieppe ne cachaient par leur mécontentement quant à la décision de la mairie de vouloir déplacer une partie des commerçants non sédentaires pour accueillir les chalets du marché de Noël. Ils étaient d’ailleurs très nombreux à signer les pétitions de protestation afin de soutenir les quelque vingt-cinq professionnels concernés.

Sentiment d’injustice

Depuis près de trois semaines, ces derniers se battent pour conserver leur emplacement. Et à l’heure où notre journal mettait sous presse hier soir, ils étaient reçus par Hubert Vergnory, adjoint à la redynamisation des quartiers, du commerce et de l’urbanisme.

«Nous allons lui dire que sa façon de faire est vraiment des plus maladroites car c’est par un placier que nous avons appris les intentions de la municipalité», confie François Laheyne. Le représentant syndical des commerçants non sédentaires ne cache pas son amertume ni son sentiment d’injustice: «Certains d’entre nous sommes présents depuis près de trente ans sur le marché de Dieppe. Aujourd’hui, non seulement il faudrait que nous cédions notre place à des gens qui ne seront là que temporairement mais en plus que nous acquièscions ?»

Si la Ville de Dieppe maintient sa décision, vingt à vingt-cinq commerçants seront ainsi expulsés de la place Nationale. «La mairie propose de nous replacer près de l’église Saint-Jacques et rue de l’Oranger. Mais nous savons qu’il n’y aura pas suffisamment d’emplacement pour nous tous. Une dizaine d’entre nous risquent de perdre définitivement leur place», souligne François Laheyne.

Quant aux autres commerçants déplacés, ils sont persuadés qu’après Noël, ils ne retrouveront pas leur emplacement d’origine. «Pour ma part, confie le représentant syndical, je suis convaincu que le marché de Noël n’est qu’un prétexte pour supprimer une partie du marché du samedi.»

Restructurer le marché

Chargé du dossier, Hubert Vergnory préfère parler d’une restructuration du marché : «Tel qu’il est conçu actuellement, il n’est pas esthétique ni facile d’accès. Les camions empêchent la visibilité. La Ville souhaite aérer davantage l’espace.»

Les commerçants non sédentaires acceptent d’autant moins cette critique que «M. Vergnory n’est pas un modèle du genre. En matière d’esthétique, on ne peut pas dire qu’il montre l’exemple avec sa boutique plutôt vieillotte», remarque René André, vendeur de vêtements depuis trente ans sur le marché de Dieppe.

Quoi qu’il en soit, les commerçants préviennent que si la Ville de Dieppe ne revient pas sur sa décision, ce ne sont pas des simples pétitions qu’ils feront signer : «Nous descendrons dans la rue avec nos camions et nous nous défendrons jusqu’au bout !»

Maria da Silva.

Le soutien de la Grande-Rue

En plus du soutien de leur clientèle, les commerçants du marché de Dieppe ont reçu celui de commerçants sédentaires installés dans la Grande-Rue. Ainsi, Jean-Claude Godefroy, propriétaire d’un magasin de luminaires : «Je comprends le mécontentement de mes confrères. J’estime qu’avant de bouleverser un marché, il est bon de discuter avec les personnes concernées et de travailler en concertation. Par ailleurs, je trouve dommage de tout chambouler pour accueillir quelques chalets pendant un mois alors que le marché du samedi a toujours existé.»

Comme de nombreuses autres personnes interrogées samedi matin, Jean-Claude Godefroy ne comprend pas pourquoi le marché de Noël ne retrouve pas son emplacement d’origine, à savoir le quai Henri-IV : «C’est un emplacement idéal. Il y a tout l’espace souhaité et il se trouve dans le prolongement de la Grande-Rue.»

«Il paraît qu’il y fait trop froid. Et nous alors ! M. Vergnory pense sans aucun doute que nous n’avons jamais froid place Nationale ?» demande René André.


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