Journal du 2 novembre 2001

Derchigny-Graincourt :
la discothèque Le Surf joue la carte de la prévention

Boire ou conduire, ils ont choisi !

Dans le combat mené par les pouvoirs publics contre l'alcool au volant, les discothèques ont un rôle essentiel à jouer auprès des jeunes. A une dizaine de kilomètres de Dieppe, la discothèque Le Surf fait preuve de rigueur sur le sujet. Des tarifs incitatifs mettent en avant les boissons non alcoolisées et un transport collectif est organisé tous les vendredis et samedis soirs. Une politique qui a permis à l'établissement de Derchigny-Graincourt de gagner la confiance de ses clients comme des autorités locales.

Samedi, 27 octobre. Nous sommes au cœur d'un week-end rouge dans la région et partout en France. Suite à la publication des derniers chiffres du nombre de tués sur les routes qui est en nette augmentation, les préfets et sous-préfets ont décrété un vaste plan d'intervention. Il visait à contrôler la vitesse et l'alcool au volant, notamment pour les jeunes qui fréquentent les boîtes de nuit.

Depuis maintenant un an et demi, la discothèque de Derchigny a mis en place un service de ramassage collectif. Objectif : venir chercher les jeunes et les ramener au plus près de chez eux pour leur éviter les risques d'accidents liés à l'alcool au volant.

Il est près de minuit samedi sur le parking de la gare SNCF de Dieppe. Quatre jeunes filles attendent le fourgon du Surf. Il arrive à l'heure fixée. Leslie, Malika, Jennifer et Cindy vont pouvoir aller s'amuser.

Toutes les quatre sont mineures et elles n'ont pas de moyens de locomotion. Reste évidemment la possibilité de partir avec les copains et copines en voiture. Elles ont préféré la sécurité en optant pour le ramassage collectif. « Au moins, si on boit un peu, il n'y a pas de problème, souligne avec justesse Leslie, élève en terminale ES au lycée Jehan-Ango. On ne peut pas se permettre de prendre le taxi. Nous l'avons pris hier soir et ça nous a coûté 200 F pour l'aller-retour ». Malika, sa camarade de classe, partage le même sentiment.

Une fois installées dans le fourgon, les jeunes filles expliquent avoir « choisi aussi Le Surf parce que l'on peut s'y amuser et revenir accompagnées ». En terminale STT au lycée Jehan-Ango, Jennifer a profité de ce week-end pour inviter chez elle sa camarade parisienne Cindy, élève en bac pro. Cindy est aussi de la fête.

Au volant, Alain fait office de chauffeur pour le ramassage et ensuite de portier à la discothèque: « Ce ramassage a été institué il y a un an et demi par le patron. C’est une bonne initiative. La navette est utilisée régulièrement par les jeunes Dieppois. Nous emmenons en moyenne une trentaine de jeunes par soirée, à raison de trois voyages entre 23 h et 1 h ».

Maintenant, il faut y aller. On n'est pas là pour discuter mais bien pour aller s'amuser. Moteur. Direction Neuville-lès-Dieppe pour le deuxième point de ramassage devant La Poste, en plein cœur des immeubles.

Favoriser les actions préventives

Les jeunes sont beaucoup plus nombreux qu'à la gare. Ils sont une dizaine environ. Alain descend du fourgon: « Par mesure de sécurité, je ne peux pas tous vous emmener ».

Le ton monte un peu chez les jeunes et Alain ne met pas longtemps à calmer tout le monde et à opérer la sélection. Intransigeant, il refuse les excuses de ceux qui ont péché par impolitesse. Ils n'embarqueront pas pour la discothèque et passeront la soirée à errer dans leur quartier.

A peine dix minutes plus tard, le fourgon arrive au Surf. Le videur jette un coup d'œil et nous pouvons pénétrer dans le sas d'entrée. Au-dessus de l'hôtesse qui encaisse les entrées (50 F avec une boisson gratuite), deux écriteaux donnent le ton de la maison: «Boire ou conduire, il faut choisir » et encore « Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas».

A l'intérieur, la température ambiante est plutôt fraîche. Pas question ici de pousser les radiateurs pour inciter à la consommation de boissons.

Propriétaire du Surf depuis cinq ans et demi, Pierre Gomez est sensible à la prévention routière: « Il y a quelques mois, j'avais participé à une action de prévention au lycée Pablo Neruda. J'assistais la responsable du SAMU, la BMO, le substitut du Procureur, les pompiers et les associations des accidentés de la route. Nous avions vu une demi-douzaine de classes et ça avait été très enrichissant. Je suis favorable à toutes ces actions préventives qui visent à sensibiliser les jeunes contre l'alcool au volant ou la toxicomanie ».

Pierre Gomez a pris le problème de l'alcool au volant à bras le corps: « Lorsque nous avons débuté les navettes pour le ramassage collectif, nous utilisions un car de 55 places. ça nous coûtait cher et nous voyagions souvent à vide. J'ai donc décidé d'acquérir un fourgon qui nous permet d'effectuer plusieurs voyages dans la même soirée. C'est plus souple pour les jeunes que nous prenons à l'heure demandée. A terme, on pourrait imaginer un système de transport collectif semi-public ou des accords avec les taxis ». Sa politique semble porter ses fruits: l'an dernier, quelque 350 contrôles d'alcootest avaient été effectués une nuit de mai et un seul contrôlé positif provenait du Surf.

« Ouvrons le dialogue avec les jeunes »

Le propriétaire de la discothèque située sur l'axe Dieppe-Eu explique encore « faire de la prévention par les tarifs des boissons. Chez nous, la moindre boisson alcoolisée est vendue 40 F alors que nous mettons les jus de fruits à 20 F. C'est très incitatif. De surcroît, lorsque nous vendons une bouteille d'alcool, nous offrons une bouteille de coca et une bouteille de jus de fruits qui permettent de diluer l'alcool ».

Reste évidemment à contrôler les clients… incontrôlables. Pierre Gomez note que « même si nous connaissons 80 % de la clientèle, il y a les 20 % restants. Nous pouvons difficilement contrôler les abus. La prévention passe aussi par la répression qui peut être effectuée après la sortie en boîte mais aussi avant l'entrée. Globalement, ça se passe bien avec les autorités locales. Elles ont compris que nous effectuons un maximum d'efforts à notre niveau. Ce n'est pas un hasard si nous avons l'autorisation de fermer à 5 h ». Chaque nuit s'achève par la distribution de croissants.

Il est maintenant deux heures du matin et l'ambiance reste bon enfant dans la boîte de 400 m2 et sur les deux pistes d'une surface totale de 150 m2. Nous sommes retranchés un peu à l'écart du bruit et le propriétaire des lieux a le sourire: « Vous voyez, les jeunes peuvent aussi s'amuser sans être déchirés (sic). A terme, le taux d'alcool au volant passera à 0. Nous sommes à une période charnière pour les prochaines générations. Il faut ouvrir le dialogue avec les jeunes et nous devons convaincre ceux qui prennent le volant de ne pas boire. Comme nous sommes proches des jeunes, nous sommes à même de faire de la prévention ».

L'heure est maintenant tardive. Avant de quitter le Surf, on passe aux vestiaires pour récupérer le blouson et parfois les clés de voiture qui ont été confiées à l'hôtesse : «Quand le client n'est pas en forme, assure cette dernière, nous l'invitons à dormir dans sa voiture sur notre parking afin de récupérer avant de prendre la route ».

Une attitude qui reste marginale. Au Surf comme dans d'autres établissements sérieux de la région, boire ou conduire, les jeunes ont choisi. 

Christophe Quesne


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