Journal du 6 novembre 2001

Les plaisanciers du port Jehan-Ango ne plaisantent pas
"On en veut pour notre argent !"

Les chiffres sont parfois trompeurs. Si le port de plaisance Jehan-Ango affiche complet avec ses 350 anneaux loués à l’année et possède une longue liste d’attente de plaisanciers qui veulent accoster à Dieppe, tous les clignotants ne sont pas au vert pour autant. La colère monte chez les usagers qui se considèrent « de plus en plus comme des vaches à lait: nous voulons bien payer mais on en veut pour notre argent » ont-ils expliqué samedi soir à la nouvelle présidente du port de plaisance Eveline Duhamel.

Le soleil inonde le port de plaisance et le ciel est dégagé en ce dimanche après-midi. La veille au soir, pourtant, c’était presque l’avis de tempête. Une soixantaine de plaisanciers sont en effet montés au créneau face à Eveline Duhamel, présidente de la CCI mais aussi du port Jehan-Ango depuis le 1er juillet dernier, qui avait convié les usagers à une réunion-débat sur le port de plaisance. Les plaisanciers ont été entendus et ils peuvent espérer des jours meilleurs.

Deux gouttes d’eau ont fait déborder le vase. Après avoir eu le courant coupé à la fin du mois d’août en raison d’un problème de non-conformité des installations électriques, les plaisanciers ont appris que les tarifs de location allaient progresser de 5 % par an pendant cinq ans! « Le port a été créé il y a seulement quatre ans et on nous apprend aujourd’hui qu’il n’est pas aux normes sur le plan électrique. J’ai l’impression qu’on se moque du monde » explique d’emblée un usager.

Et le plaisancier de poursuivre son plaidoyer en soulignant avec humour que « le soir, il faut s’arranger pour rentrer à marée haute. Cela nous permet d’être éclairés par les restaurants du quai Henri IV. A marée basse, on accoste à la lampe électrique. On paie cher la location et les prestations ne suivent pas. Notre port est le plus sale d’Europe et les pontons verdissent parce qu’ils ne sont pas nettoyés ».

Président de l’association des usagers du port de plaisance, Philippe Gras (ancien commandant sur la ligne Dieppe-Newhaven) pondère le propos en notant que « le problème de la propreté du port ne date pas d’hier ». Philippe Gras a préféré accoster son bateau dans le bassin Duquesne plutôt qu’au port Jehan-Ango. Explications: « Il y a d’abord une question de prix. Ensuite, je fais beaucoup de croisière et très peu de sorties à la journée. Le pont et les portes ne constituent donc pas un problème pour moi. Enfin, lorsque les vents sont au Nord, je considère que mon bateau est plus à l’abri dans le bassin Duquesne. Malgré le brise-houle, ça remue davantage dans le port Jehan-Ango ».

Hausse des tarifs de 5 % par an

Reçu il y a quelques semaines par Eveline Duhamel, le commandant Gras connaît les atouts et les faiblesses du port de plaisance: « Comme il est situé en plein coeur de ville, on entre et on sort quand on le veut, quelles que soient les marées, un peu comme au Havre ou à Boulogne. Pour autant, cela n’autorise par le port à profiter d’une rente de situation sans fournir les prestations prévues. C’est sale et les services ne répondent pas à ceux pour lesquels nous payons. On en veut pour notre argent et ce n’est pas le cas actuellement ».

Côté prix justement, Philippe Gras note que « le port de plaisance Jehan-Ango est assez cher. La location annuelle s’élève à 10000 F pour un petit bateau de 7-8 mètres. Au port du grand large à Dunkerque, un plaisancier visiteur paie 72 F la journée pour une embarcation du même type. A Dieppe, le tarif est de 94 F. Les tarifs sont trop élevés face aux prestations rendues: il manque une zone d’hivernage à terre, l’électricité est défaillante et les pontons sont laissés à l’abandon ».

« Comme si cela ne suffisait pas, reprend le commandant Gras, on nous annonce une hausse des tarifs de 5 % par an sur les cinq années à venir. Soit une augmentation de près de 28 % des tarifs à l’échéance 2006. Nous nous interrogeons: pourquoi personne ne s’est aperçu des problèmes de normes de sécurité sur l’électricité à la réception des travaux? Concernant le dragage, tout le monde sait que les fonds remontent à cet endroit du port. Les études ont-elles été faites correctement? »

Si le port de plaisance dieppois est si cher et si mal entretenu, pourquoi les plaisanciers sont-ils donc aussi nombreux à figurer sur une liste d’attente qui compterait environ 200 noms? La réponse vient d’un plaisancier: « C’est simple à comprendre: il y a beaucoup de plaisanciers qui postulent à plusieurs ports de la Manche. Cela gonfle artificiellement les chiffres. A Dieppe, nous aurions pu prévoir plus grand mais le port a été sous-dimensionné».

Electricité rétablie progressivement

Samedi soir, Eveline Duhamel a entendu les usagers du port de plaisance. Si elle n’est pas à l’origine de ce dossier, la présidente de la CCI et du port Jehan-Ango entend solutionner les problèmes un à un. « Elle nous a écoutés et a fait preuve de bonne volonté, explique un plaisancier qui assistait à la réunion. L’électricité va être rétablie provisoirement en attendant les réparations qui s’imposent. Si Mme Duhamel ne s’est pas engagée à suspendre l’augmentation des tarifs, elle va en revanche nous rétrocéder ce que nous n’avons pas consommé en électricité ».

Sur la question du prix de location, Eveline Duhamel a souligné que « le port de Dieppe n’est pas le plus cher des côtes de l’Atlantique et de la Manche. C’est le vingtième en terme de prix ». Il n’est pas question d’envisager une diminution des prix de location d’autant que l’équilibre financier du port de plaisance semble particulièrement fragile. Surprise par l’état des comptes du port de plaisance, Eveline Duhamel ne baisse pas les bras. Elle a réaffirmé que Dieppe doit conserver cet équipement.

Concernant la propreté, Mme Duhamel indique que « le port est nettoyé deux fois par semaine l’été et une fois par semaine l’hiver. Mais il y a le rejet des eaux de l’Arques, les eaux pluviales, les hydrocarbures et le manque de citoyenneté contre lesquels nous ne pouvons pas grand-chose ».

Le gros souci demeure l’électricité: « J’ai demandé au bureau Véritas de vérifier toutes les installations portuaires, explique Eveline Duhamel. Il en ressort un problème de conformité des installations électriques du port Jehan-Ango. Ce n’est pas dû à un manque d’entretien mais à un non respect du cahier des charges lors de la réalisation. Un expert est passé fin août et m’a intimé l’ordre de couper l’électricité. Je n’ai pas pu m’y opposer. Nous avons engagé une procédure judiciaire et nous commençons à réalimenter progressivement les pontons ».

« Un bel outil »

Entre les doléances des usagers, les prestations à améliorer et des tarifs qui ne pourront pas augmenter sans cesse pour équilibrer le budget, la présidente du port Jehan-Ango dispose d’une marge de manœuvre bien mince. Mais Eveline Duhamel est une battante et elle fermement décidée à relever le challenge: « Nous remettons actuellement tout à plat. Le port de plaisance devrait avoir retrouvé un fonctionnement normal au printemps prochain. C’est un bel outil qui valorise Dieppe ».

Christophe Quesne


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Recherche   Accueil