Journal du 7 septembre 2001

Témoignage
Le long combat des malades de l'amiante

Atteint d’une «asbestose», forme de déficience respiratoire grave, Christian Minil, Dieppois de 57 ans, bénéficie aujourd’hui d’une retraite «amiante» mais le chemin a été long pour faire reconnaître sa maladie comme étant une maladie professionnelle. Sans le soutien de l’ADEVA, association des victmes de l’amiante, bien des salariés seraient aujourd’hui dans l’impasse.

Asbestose» le nom ne dit pas forcément grand chose pour les non-initiés au jargon médical, car c’est d’une maladie dont il s’agit. Une maladie, peu connue certes, mais terriblement handicapante pour ceux qui en sont atteints. Elle tire son nom des mines d’Asbestose, au Canada, d’où l’on extrayait l’amiante pure.

Forme de maladie pulmonaire qui se caractérise par une insuffisance respiratoire chronique, «l’asbestose est typiquement une maladie, dite maladie à caractère professionnel, enfin reconnue à ceux qui ont travaillé dans des atmosphères polluées par les fibres d’amiante. Des fibres qui vont se ficher dans les muqueuses des bronches de manière irréversible puisqu’elles finissent par se solidifier en occasionnant ainsi une gêne considérable.

Une carrière dans la métallurgie

Une maladie dont est atteint Christian Minil, Dieppois de 57 ans, qui bénéficie depuis l’année 2000 d’une retraite dite retraite amiante. La sécurité sociale ayant fini par admettre que le mal dont il est atteint a bel et bien une relation directe avec la profession qui fut la sienne tout au long de sa carrière, en l’occurrence depuis l’âge de 17 ans.

Le Dieppois a certes fréquenté plusieurs entreprises mais toutes spécialisées dans le domaine de la métallurgie, un secteur particulièrement exposé à l’amiante.

De Dieppe à Quevilly où il travaillait à l’entretien de centrales thermiques, puis pour une société jurassienne spécialisée dans l’entretien des centrales nucléaires, Christian Minil n’a jamais changé de secteur et s’est toujours retrouvé au contact de l’amiante.

«Les dangers de l’amiante étaient connus depuis 1950»

« Cela a même commencé à l’école, en cours de métallurgie. On a pratiquement toujours travaillé sans masque alors que depuis longtemps déjà les pouvoirs publics connaissaient les dangers de l’amiante. Aujourd’hui je suis malade et bénéficie d’un suivi permanent. J’ai quand même plus de chance qu’un ancien collègue de travail de Torcy décédé à l’âge de 47 ans. C’est mon médecin traitant qui en 96 a fait le lien entre les douleurs intercostales dont je me plaignais et une maladie pulmonaire liée à mon activité professionnelle» explique-t-il.

Membre de l’ADEVA, association nationale des victimes de l’amiante, qui chaque mois tient une permanence à la Maison des associations, Christian Minil sait bien les difficultés qu’il lui a fallu surmonter pour abtenir une reconnaissance de sa maladie pour cause professionnelle.

«Sans l’ADEVA, on n’en serait sûrement pas là. Depuis 1950 les pouvoirs publics connaissent les dangers de l’amiante mais depuis toujours, il y a eu une volonté de minimaliser ces risques et les conséquences de ce phénomène. L’association apporte un soutien important dans les démarches qui visent à faire obtenir le statut de maladie professionnelle qui permet en particulier de partir à la retraite plus tôt.» explique Yves Bordages, membre de l’association dont le siège départemental est installé au Havre. «On estime à 100.000 le nombre de décès qui seraient dus à l’amiante. Aujourd’hui, après la reconnaissance de la dangerosité de celle-ci, qui a conduit à son interdiction à partir de 1997, notre combat porte sur une reconnaissance de la responsabilité des employeurs. Nous avons déjà obtenu du ministère de l’Emploi et de la Solidarité la création d’un fonds d’indemnisation mais il reste encore beaucoup à faire.»

A Dieppe comme dans toutes les villes portuaires, lee phénomène est particulièrement sensible du fait de l’existence de chantiers navals où l’usage de cette substance est largement répandu.

P.R.

L’ADEVA tient une permanence mensuelle à la Maison des associations. Il est possible de prendre rendez-vous au 02.35.25.39.75.


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