Journal du mardi 25 décembre 2001

Diffamation envers Edouard Leveau
Les élus communistes déclarés coupables

Les six élus communistes du conseil municipal de Dieppe au premier rang desquels l’ancien maire, ont été reconnus coupables de diffamation envers Edouard Leveau après la diffusion d’un tract portant l’entête de la section locale du Parti communiste.

C’est un dossier politique et un verdict rendu par une justice instrumentalisée au service du politique (...) On a visé les élus du Parti communiste et non les auteurs du tract puisque la preuve n’a pas pu être apportée qu’ils en soient bien les auteurs. C’est au titre de leur statut d’élus du Parti communiste qu’ils ont été condamnés… »

Me François Garraud, avocat de Christian Cuvilliez, Liliane Bosanski, Marie-Catherine Gaillard, Liliane Legras, Gérard Jacqueline et Arnaud Coignet, n’a pas mâché ses mots en sortant du tribunal vendredi matin, quelques minutes après que le président Pierre Charbonnier eut donné lecture du jugement reconnaissant ses clients coupables de diffamation envers Edouard Leveau. L’avocat ajoutant qu’il allait immédiatement faire appel de ce verdict. L’affaire reviendra donc sur le devant de la scène, en l’occurrence devant les juges de la Cour d’Appel de Rouen dans les six mois à venir soit juste avant… les élections législatives. François Garraud développera au cours de ce deuxième procès, de nouveaux arguments conservés en réserve, notamment que deux des prévenus ne pouvaient matériellement être les auteurs du tract incriminé puisque l’un se trouvait en voyage à l’étranger et l’autre était hospitalisé.

Les faits remontent au 15 mai

L’affaire remonte au 15 mai dernier lorsqu’un tract portant l’entête du Parti communiste français était distribué en ville dénonçant la décision du conseil municipal de Dieppe de budgéter une somme de 1,8 million de francs pour éventuellement pouvoir assumer au titre des garanties d’emprunts accordées par la Ville à la Chambre de Commerce et d’Industrie plusieurs remboursements non honorés. Les banques créancières s’étant retournées vers la Ville puisque la CCID n’était plus en mesure de rembourser ses dettes, la nouvelle municipalité dirigée par Edouard Leveau avait jugé prudent de prévoir la dépense au cas où les lettres d’avertissement se seraient transformées en mise en demeure de payer.

Une décision que Christian Cuvilliez avait largement critiquée au cours des débats municipaux, précisant que la CCID allait faire l’objet d’une recapitalisation de l’Etat. Hypothèse qui à l’époque avait bien reçu des assurances verbales de la part du ministère de tutelle des Chambres de Commerce, sans toutefois être confirmées de manière officielle. Bref, à l’issue de la séance du conseil municipal, un tract avait circulé pour dire « Leveau et la droite remboursent avec l’argent des Dieppois les dettes de la Chambre de Commerce (...) L’argent des Diepois va servir à renflouer les caisses de la Chambre de Commerce mal gérée durant des années et surendettée. Pendant le même temps, on nous dit qu’il n’y a pas d’argent pour construire un nouveau stade de football. L’argent, quand il y en a, c’est pour les amis ! (...) »

Aucune preuve selon Me Garraud

Lors de l’audience du 9 octobre dernier, Me Garraud avait tenté d’apporter la preuve que rien ne permettait d’identifier les auteurs du tract, même s’il portait l’entête de la section locale du Parti communiste, et que la lecture du document n’insinuait nullement qu’Edouard Leveau ait pu détourner l’argent des Dieppois. Le Tribunal en a finalement jugé autrement, reconnaissant en premier lieu que l’inscription des sommes réclamées à la Ville par les banques créancières s’imposait du fait de la signature d’une convention de garantie d’emprunt à hauteur de 50 % par la municipalité précédant celle d’Edouard Leveau.

Il a également reconnu que même si « la feuille en litige était l’œuvre d’un tiers, les prévenus, en leur qualité d’élus au conseil municipal, ont été à la source même des informations contenues par cet écrit… Quand même il revêt formellement les apparences d’un écrit anonyme, est bien émané des prévenus. »

Et d’ajouter de surcroit, qu’à la barre, les prévenus ont reconnu que « le contenu du tract exprime avec exactitude les opinions et orientations qui étaient les leurs au moment de sa diffusion. »

Concernant la phrase, « l’argent, quand il y en a, c’est pour les amis », le tribunal a estimé « qu’elle ne relève pas du libre droit de critique s’exerçant sur les aptitudes ou les compétences d’une personne chargée d’un mandat public, mais constitue l’imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de celui auquel il est imputé. » Pour le Tribunal, le fait de diffamation est bel et bien établi.

Le tribunal a donc décidé de condamner les six élus du Parti communiste à 3000 francs d’amende chacun et à 1 franc symbolique de dommages et intérêts alors qu’Edouard leveau réclamait 100000 qu’il destinait à une association caritative de la ville.

Quant à Gilbert Louvet, poursuivi en sa qualité de secrétaire de la section locale du Parti communiste, il a été relaxé de toute poursuite puisqu’il ne peut être considéré comme le représentant légal de son parti, seul le premier secrétaire de celui-ci, en l’occurrence Robert Hue, pouvant l’être.

P. R.

 

Pour Me Pascale Rondel, qui défendait les intérêts d’Edouard Leveau, « cette décision du tribunal établit le constat qu’il y a des limites à ne pas dépasser, même en politique. Je suis évidemment satisfaite de cette décision d’autant que le tribunal, outre le fait qu’il a reconnu les faits de diffamation, a noté très explicitement que la décision de la ville de Dieppe d’inscrire dans son budget la somme de 1,8 million de francs pour honorer les garanties d’emprunts accordées par la municipalité précédente était pleinement justifiée.»


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