Dimanche matin, en dix minutes, des
tonnes deau et de boue se sont engouffrées dans les maisons situées dans le
quartier de la gare. Les habitants qui essuient ainsi la douzième inondation en deux ans
nont plus le courage de se battre.« On en a marre.
Cest un ras-le-bol psychologique et financier. » Dominique est à bout de force.
Propriétaire de lhôtel situé tout près de la gare, il éponge pour la douzième
fois sa salle de restaurant : « Nous subissons des inondations à répétition. Depuis la
grosse tempête du 26 décembre 1999 et jusquà aujourdhui, cela fait 12
sinistres dont trois graves. Dans mon habitation, jai eu jusquà 1,70 m
deau et jusquà 1,40 m dans mon restaurant. Ce week-end, la boue est entrée
dans la salle du restaurant. Le lino était gonflé par la boue » indique le
propriétaire.
Au bout de la rue Ravine, son épouse travaille avec un bénévole pour dégager
la boue : « Lorage est arrivé dun seul coup. Cétait effrayant. Nous
étions couchés quand nous avons entendu deux gros coups de tonnerre. Jai eu très
peur parce que jai cru que cétait la centrale qui sautait. Mon mari
sest levé deux fois, il ny avait rien. Dix minutes après quil
sétait recouché nous avons entendu du bruit. Nous navons eu le temps de rien
faire, juste de lever le lit. Nous étions dans limpossibilité de sortir de chez
nous » explique Marie-Thérèse. Les flots ont déjà envahi le garage où la voiture
nage dans 60 cm deau et de boue et dans la maison : « Il y a eu jusquà 40 cm
deau dans la maison et il y a près de 6 cm de boue partout sur le sol » indique
Gérard, un bénévole venu aider pour nettoyer les maisons. « Cest un ami très
dévoué. Il arrive tout de suite, dès quon lappelle. Il ny en a
malheureusement pas beaucoup comme lui » précise la propriétaire.
Pour sa part, Sandrine na pas entendu lorage qui sest abattu
sur Saint-Valery entre 5 h et 6 h, dimanche matin. Cest un pompier qui la
réveillé à 6 h 15 précises pour lévacuer. « Jhabite ici depuis un an et
demi et cela fait une dizaine de fois que la maison que je loue est inondée. Cette fois,
cest fini. Jai un bébé de deux mois, je ne vais pas continuer à vivre dans
lhumidité » explique Sandrine en précisant « il faut quil y ait des morts
pour faire quelque chose
»
Dans les maisons envahies par la boue, chacun attendait lundi matin de
laide, tant de la part des bénévoles trop peu nombreux que de la protection
civile. « Tout le personnel municipal a été mobilisé dès dimanche matin, souligne le
maire de Saint-Valery, Gérard Mauger et la protection civile qui est une association
composée de volontaires, devait encore intervenir lundi après-midi. »
Dans le quartier de la gare, une cinquantaine dhabitations, quatre
commerces et dix-sept voitures ont été prises sous le flot deau et de boue. Un
flot venu des bassins : « Nous étions contents, on pensait être tranquille avec les
cinq bassins, mais quest-ce quon va devenir si les bassins cèdent ? »
sinquiètent les habitants.
« Il est tombé 80 millimètres deau en lespace de trois quarts
dheure » répond Gérard Mauger. « La terre qui a envahi le quartier provient en
fait dun ouvrage en construction et des labours. Les travaux de cet ouvrage, situé
dans le vallon du fond dIngouville devaient être terminés dans 15 jours.
Saint-Valery est par ailleurs couvert par un plan de protection mis en place par le
District de Paluel et dont les travaux devraient définitivement être terminés en
2003.»
Aujourdhui, alors que chacun tente de rendre vivable son habitation, les
habitants sinquiètent : « Nous ne pouvons même pas partir parce que personne ne
voudra acheter nos maisons. Et à chaque inondations, on y perd des plumes parce que les
assurances ne remboursent pas tout ». Lundi matin, le balai à la main, ils ne savent
même pas si la pluie va revenir et donc si le flot de boue ne va pas se déverser encore
une fois dans leur maison.
Dès laprès-midi, le maire de Saint-Valery et le sous-préfet devaient
demander le classement en catastrophe naturelle. Gérard Mauger devait également engager
des procédures de relogement pour les familles les plus sinistrées mais quoi quil
en soit, ce dimanche matin laissera une nouvelle cicatrice qui aura encore beaucoup de mal
à seffacer.
A.C. et S. B.