Journal du 23 octobre 2001

Inondations à Saint-Valery-en-Caux
Le ras-le-bol des habitants

Dimanche matin, en dix minutes, des tonnes d’eau et de boue se sont engouffrées dans les maisons situées dans le quartier de la gare. Les habitants qui essuient ainsi la douzième inondation en deux ans n’ont plus le courage de se battre.

« On en a marre. C’est un ras-le-bol psychologique et financier. » Dominique est à bout de force. Propriétaire de l’hôtel situé tout près de la gare, il éponge pour la douzième fois sa salle de restaurant : « Nous subissons des inondations à répétition. Depuis la grosse tempête du 26 décembre 1999 et jusqu’à aujourd’hui, cela fait 12 sinistres dont trois graves. Dans mon habitation, j’ai eu jusqu’à 1,70 m d’eau et jusqu’à 1,40 m dans mon restaurant. Ce week-end, la boue est entrée dans la salle du restaurant. Le lino était gonflé par la boue » indique le propriétaire.

Au bout de la rue Ravine, son épouse travaille avec un bénévole pour dégager la boue : « L’orage est arrivé d’un seul coup. C’était effrayant. Nous étions couchés quand nous avons entendu deux gros coups de tonnerre. J’ai eu très peur parce que j’ai cru que c’était la centrale qui sautait. Mon mari s’est levé deux fois, il n’y avait rien. Dix minutes après qu’il s’était recouché nous avons entendu du bruit. Nous n’avons eu le temps de rien faire, juste de lever le lit. Nous étions dans l’impossibilité de sortir de chez nous » explique Marie-Thérèse. Les flots ont déjà envahi le garage où la voiture nage dans 60 cm d’eau et de boue et dans la maison : « Il y a eu jusqu’à 40 cm d’eau dans la maison et il y a près de 6 cm de boue partout sur le sol » indique Gérard, un bénévole venu aider pour nettoyer les maisons. « C’est un ami très dévoué. Il arrive tout de suite, dès qu’on l’appelle. Il n’y en a malheureusement pas beaucoup comme lui » précise la propriétaire.

Pour sa part, Sandrine n’a pas entendu l’orage qui s’est abattu sur Saint-Valery entre 5 h et 6 h, dimanche matin. C’est un pompier qui l’a réveillé à 6 h 15 précises pour l’évacuer. « J’habite ici depuis un an et demi et cela fait une dizaine de fois que la maison que je loue est inondée. Cette fois, c’est fini. J’ai un bébé de deux mois, je ne vais pas continuer à vivre dans l’humidité » explique Sandrine en précisant « il faut qu’il y ait des morts pour faire quelque chose… »

Dans les maisons envahies par la boue, chacun attendait lundi matin de l’aide, tant de la part des bénévoles trop peu nombreux que de la protection civile. « Tout le personnel municipal a été mobilisé dès dimanche matin, souligne le maire de Saint-Valery, Gérard Mauger et la protection civile qui est une association composée de volontaires, devait encore intervenir lundi après-midi. »

Dans le quartier de la gare, une cinquantaine d’habitations, quatre commerces et dix-sept voitures ont été prises sous le flot d’eau et de boue. Un flot venu des bassins : « Nous étions contents, on pensait être tranquille avec les cinq bassins, mais qu’est-ce qu’on va devenir si les bassins cèdent ? » s’inquiètent les habitants.

« Il est tombé 80 millimètres d’eau en l’espace de trois quarts d’heure » répond Gérard Mauger. « La terre qui a envahi le quartier provient en fait d’un ouvrage en construction et des labours. Les travaux de cet ouvrage, situé dans le vallon du fond d’Ingouville devaient être terminés dans 15 jours. Saint-Valery est par ailleurs couvert par un plan de protection mis en place par le District de Paluel et dont les travaux devraient définitivement être terminés en 2003.»

Aujourd’hui, alors que chacun tente de rendre vivable son habitation, les habitants s’inquiètent : « Nous ne pouvons même pas partir parce que personne ne voudra acheter nos maisons. Et à chaque inondations, on y perd des plumes parce que les assurances ne remboursent pas tout ». Lundi matin, le balai à la main, ils ne savent même pas si la pluie va revenir et donc si le flot de boue ne va pas se déverser encore une fois dans leur maison.

Dès l’après-midi, le maire de Saint-Valery et le sous-préfet devaient demander le classement en catastrophe naturelle. Gérard Mauger devait également engager des procédures de relogement pour les familles les plus sinistrées mais quoi qu’il en soit, ce dimanche matin laissera une nouvelle cicatrice qui aura encore beaucoup de mal à s’effacer.

A.C. et S. B.


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