| Panique
générale jeudi après-midi dans toute la région dieppoise après quun incident
majeur survenu sur les installations de France Telecom avait plongé la région dans un
isolement quasi complet. Par les temps qui courent, et avec la présence sur le secteur de
deux centrales nucléaires concernées par le plan Vigipirate, il a régné une certaine
inquiétude... Les syndicats de lopérateur français de téléphonie ont vivement
réagi en dénonçant une dégradation du service public !Privés
de téléphone ! Drôle daprès-midi jeudi dans la région dieppoise et plus
largement dans tout le nord du département de Seine-Maritime après quun incident
technique majeur survenu sur les installations de France Telecom ait soudain plongé toute
la région dans le silence le plus complet. Sous-Préfecture, commissariats de Dieppe et
du Tréport, gendarmerie et... centrale nucléaire de Penly se sont ainsi retrouvés sans
possibilité de passer le moindre coup de fil. Restaient les portables, mais les réseaux
des différents opérateurs ont vite atteint leurs seuils de saturation, ajoutant ainsi à
linquiétude qui na pas manqué de naître dans une période où
lactualité est évidemment dramatique. La situation a également été très chaude
du côté des pompiers qui tout au long de laprès-midi et pendant une partie de la nuit
suivante ont craint que de ne pas pouvoir être prévenus daccidents ou
dincendies.
Moins grave mais tout aussi ennuyeux, les systèmes de paiement par carte bleue
et les distributeurs de billets ont également sauté puisque ces machines fonctionnent
via des lignes téléphoniques qui font remonter vers des centraux les informations de
paiement.
Très vite, la direction régionale de France Telecom, via son service de
communication, indiquait que cette panne qualifiée dhistorique par les syndicats,
était dûe à la rupture dun câble de fibre optique à Octeville-sur-Mer près du
Havre et à lendommagement de quatre liaisons à haut débit par un engin de travaux
publics. Selon France Telecom, les équipes de techniciens ont travaillé toute la nuit
pour rétablir les communications.
Pour la CGT, cest le
résultat de la politique de lentreprise
Le son de cloche est tout différent du côté des syndicats
qui dénoncent «une politique tout entière tournée vers le développement de la
rentabilité au détriment du service public».
Pour Gilles Pichavant, délégué CGT au centre de Dieppe, lincident est
qualifié de «majeur» et résulte de la nouvelle stratégie dentreprise de
France Telecom. «La rupture de la fibre optique dOcteville-sur-Mer nest
pas la seule cause à cette rupture de service qui aurait pu avoir de graves
conséquences. En fait, les services techniques de France Telecom ont subi une
accumulation de problèmes qui ont provoqué une situation inextricable. Cest une
carte électronique qui est tombée en panne à Rouen, or, cette carte pilote la liaison
Rouen - Dieppe ce qui a perturbé gravement le chemin de secours par lequel les
communications bloquées du côté du Havre, auraient dû passer.»
Facteur aggravant selon le syndicaliste dieppois, France Telecom développe
comme beaucoup dentreprises, une politique de «stock zéro». Les
techniciens locaux ne disposent donc pas de carte de rechange.
«Labsence au niveau local de carte de rechange qui aurait permis de
remettre rapidement la liaison Rouen - Dieppe en parfait état de marche et dans un temps
réduit, a entraîné une perte de temps considérable, conduisant à ce que
lincident prenne des proportions inimaginables. Jeudi dernier, les techniciens de
Dieppe, comme ceux du Havre ou de Rouen se sont trouvés démunis, sans moyen dagir
efficacement. Tout est maintenant organisé dans lentreprise pour réduire de
manière drastique les coûts. Cela prend aujourdhui des proportions qui mettent en
péril le réseau lui-même.»
Des économies sur le dos des
salariés
et par voie de conséquence sur la qualité du service
Selon Gilles Pichavant, les effectifs salariés sont les premiers concernés par
cette volonté déconomie sur les coûts de fonctionnement. «Lorganisation
même des services techniques de France Telecom est également un facteur aggravant. Sous
prétexte quil était impossible quun tel incident narrive, la
technologie ne pouvant pas être défaillante, France Telecom a développé des structures
décentralisées, éloignées des machines elles-mêmes. Il ny a plus à Dieppe, ni
au Havre, comme autrefois, déquipes de techniciens supérieurs ayant la maîtrise
des machines. Celles-ci sont pilotées à distance de Rennes pour la commutation, et de
Blagnac pour les transmissions.»
La CGT dénonce ainsi la politique générale de France Telecom « qui
considère la masse salariale comme lennemi quil faut absolument réduire pour
améliorer le ratio». Et Gilles Pichavant de conclure en disant que si dans une
situation normale une organisation limitée en personnel peut paraître suffisante, elle
savère complètement inadaptée à une situation de crise comme celle de jeudi
dernier.
P. R. |