Journal du mardi 25 septembre 2001

Incident majeur sur les installations de France Télécom
"La vie, c'est (pourtant) simple comme un coup de fil..."

Panique générale jeudi après-midi dans toute la région dieppoise après qu’un incident majeur survenu sur les installations de France Telecom avait plongé la région dans un isolement quasi complet. Par les temps qui courent, et avec la présence sur le secteur de deux centrales nucléaires concernées par le plan Vigipirate, il a régné une certaine inquiétude... Les syndicats de l’opérateur français de téléphonie ont vivement réagi en dénonçant une dégradation du service public !

Privés de téléphone ! Drôle d’après-midi jeudi dans la région dieppoise et plus largement dans tout le nord du département de Seine-Maritime après qu’un incident technique majeur survenu sur les installations de France Telecom ait soudain plongé toute la région dans le silence le plus complet. Sous-Préfecture, commissariats de Dieppe et du Tréport, gendarmerie et... centrale nucléaire de Penly se sont ainsi retrouvés sans possibilité de passer le moindre coup de fil. Restaient les portables, mais les réseaux des différents opérateurs ont vite atteint leurs seuils de saturation, ajoutant ainsi à l’inquiétude qui n’a pas manqué de naître dans une période où l’actualité est évidemment dramatique. La situation a également été très chaude du côté des pompiers qui tout au long de laprès-midi et pendant une partie de la nuit suivante ont craint que de ne pas pouvoir être prévenus d’accidents ou d’incendies.

Moins grave mais tout aussi ennuyeux, les systèmes de paiement par carte bleue et les distributeurs de billets ont également sauté puisque ces machines fonctionnent via des lignes téléphoniques qui font remonter vers des centraux les informations de paiement.

Très vite, la direction régionale de France Telecom, via son service de communication, indiquait que cette panne qualifiée d’historique par les syndicats, était dûe à la rupture d’un câble de fibre optique à Octeville-sur-Mer près du Havre et à l’endommagement de quatre liaisons à haut débit par un engin de travaux publics. Selon France Telecom, les équipes de techniciens ont travaillé toute la nuit pour rétablir les communications.

Pour la CGT, c’est le résultat de la politique de l’entreprise

Le son de cloche est tout différent du côté des syndicats qui dénoncent «une politique tout entière tournée vers le développement de la rentabilité au détriment du service public».

Pour Gilles Pichavant, délégué CGT au centre de Dieppe, l’incident est qualifié de «majeur» et résulte de la nouvelle stratégie d’entreprise de France Telecom. «La rupture de la fibre optique d’Octeville-sur-Mer n’est pas la seule cause à cette rupture de service qui aurait pu avoir de graves conséquences. En fait, les services techniques de France Telecom ont subi une accumulation de problèmes qui ont provoqué une situation inextricable. C’est une carte électronique qui est tombée en panne à Rouen, or, cette carte pilote la liaison Rouen - Dieppe ce qui a perturbé gravement le chemin de secours par lequel les communications bloquées du côté du Havre, auraient dû passer.»

Facteur aggravant selon le syndicaliste dieppois, France Telecom développe comme beaucoup d’entreprises, une politique de «stock zéro». Les techniciens locaux ne disposent donc pas de carte de rechange.

«L’absence au niveau local de carte de rechange qui aurait permis de remettre rapidement la liaison Rouen - Dieppe en parfait état de marche et dans un temps réduit, a entraîné une perte de temps considérable, conduisant à ce que l’incident prenne des proportions inimaginables. Jeudi dernier, les techniciens de Dieppe, comme ceux du Havre ou de Rouen se sont trouvés démunis, sans moyen d’agir efficacement. Tout est maintenant organisé dans l’entreprise pour réduire de manière drastique les coûts. Cela prend aujourd’hui des proportions qui mettent en péril le réseau lui-même.»

Des économies sur le dos des salariés
et par voie de conséquence sur la qualité du service

Selon Gilles Pichavant, les effectifs salariés sont les premiers concernés par cette volonté d’économie sur les coûts de fonctionnement. «L’organisation même des services techniques de France Telecom est également un facteur aggravant. Sous prétexte qu’il était impossible qu’un tel incident n’arrive, la technologie ne pouvant pas être défaillante, France Telecom a développé des structures décentralisées, éloignées des machines elles-mêmes. Il n’y a plus à Dieppe, ni au Havre, comme autrefois, d’équipes de techniciens supérieurs ayant la maîtrise des machines. Celles-ci sont pilotées à distance de Rennes pour la commutation, et de Blagnac pour les transmissions.»

La CGT dénonce ainsi la politique générale de France Telecom « qui considère la masse salariale comme l’ennemi qu’il faut absolument réduire pour améliorer le ratio». Et Gilles Pichavant de conclure en disant que si dans une situation normale une organisation limitée en personnel peut paraître suffisante, elle s’avère complètement inadaptée à une situation de crise comme celle de jeudi dernier.

P. R.


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