Journal du 26 janvier 2001

Ilotage
Un permier pas vers la police de proximité

L’expression ne sera officiellement utilisable à Dieppe qu’à partir de la fin de l’année 2002 mais la police de proximité fonctionne déjà à plein régime dans différentes régions de France. A Dieppe, cela fait déjà un moment que les îlotiers sillonnent les rues pour rencontrer les habitants et répondre à leurs attentes. Une nouvelle façon de procéder qui devrait changer l’image de la police.

Lundi, 8 h 10. Dans une des salles de réunion de l’Hôtel de police, les îlotiers commencent leur journée de travail par un briefing. Le week-end n’a pas été très lourd en événements, pourtant la dizaine d’agents savent que le travail ne manquera pas. Enquête sur le terrain, rencontre des habitants, stationnement à vérifier, convocations à déposer. Comme la semaine précédente, ils passeront toute la journée à sillonner les rues, à se faire connaître et à se montrer : «Il s’agit pour nous de rencontrer le maximum de personnes afin que la population puisse venir nous voir naturellement» explique Denis Lamulle, gardien de la paix et responsable du secteur Neuville-le Pollet. Une nouvelle façon de travailler qui doit, à terme, changer l’image de la police.

Comme cela a déjà été fait dans des sites pilotes puis dans des départements entiers, la police de proximité est petit à petit mise en place dans la cité de Duquesne. Dernière tranche de la réforme, Dieppe organise, en effet, sa police de proximité qui sera mise sur pied pour la fin de l’année 2002.

Et si, à Dieppe, l’îlotage existe depuis déjà plusieurs années, la police de proximité est encore un pas supplémentaire vers les habitants : «Avant, la police restait au commissariat et attendait les dépôts de plainte avant de lancer une enquête, explique le commandant Issler. L’esprit de la police de proximité est inverse. Il ne faut plus attendre qu’il se passe quelque chose. Les agents vont maintenant directement sur le terrain pour recenser et identifier les problèmes directement avec la population. Ensuite, ils engagent une discussion avec les différents partenaires pour régler les difficultés. Ils peuvent ensuite s’assurer directement avec les personnes concernées que le problème a bien été réglé comme il le fallait.» Et la carte du terrain commence à payer.

A pied, en bus ou en scooter

Lundi, c’est l’équipe de Neuville qui a droit à l’unique voiture du service : «Les moyens matériels arriveront avec la réforme, indique Denis Lamulle, mais c’est un travail qu’il est intéressant de faire à pied pour rencontrer le maximum de personnes.» Ainsi, à pied, en scooter ou en bus, les îlotiers se promènent sur leur secteur à la rencontre des habitants. Et ça marche ! Aux différentes étapes de la journée, les habitants arrêtent les îlotiers : «Justement je voulais vous voir...», «Il faut que je vous dise...» et d’heure en heure, les îlotiers ajoutent quelques mots à leur planning du lendemain.

Après un petit passage éclair rue du Général-Leclerc pour papillonner avant amende les véhicules mal garés, les agents se dirigent vers l’école Pierre-Curie où ils doivent récupérer une cassette. Un petit film d’une dizaine de minutes qui raconte le rêve d’un petit garçon au volant d’une voiture. Pour les enfants, le jeu consiste à repérer les infractions au code de la route commises pendant tout le trajet. «Les instituteurs interviennent auprès des enfants sur le sujet mais s’ils le souhaitent, nous pouvons également intervenir.» Souvent, c’est le commandant Issler qui se charge de cet échange avec les jeunes. Aussitôt remise dans une autre école, la cassette pourra être visionnée par d’autres enfants. Des passages dans les écoles qui permettent de découvrir d’autres surprises comme ces tags sur les murs des toilettes des petits.

Rencontre, quelques minutes après, avec le gardien des Coteaux. Histoire de prendre la température du quartier : «Alain a la volonté d’occuper les jeunes du quartier, explique Denis Lamulle. Ainsi, ils ont l’intention de remettre en peinture le mur des locaux de la DDE maritime actuellement taggé.»

Prévention et répression

Les agents se dirigent ensuite vers l’antenne Sodineuf du quartier. Un autre partenaire important qui permet de repérer les «petites incivilités qui ennuient tout le monde» : boutons d’ascenseur détruits, tags, voitures à l’abandon sur les parkings, mésentente entre voisins... Les agents sont informés et peuvent, ensuite mener leur enquête. «Pour certaines choses, Sodineuf dépose plainte et nous enquêtons. Pour d’autres, nous allons à la rencontre des gens pour ne pas aggraver une situation bénigne à la base» indique Denis Lamulle.

Le maître-mot des îlotiers, c’est, en effet, la prévention même s’ils sont aussi présents pour faire un peu de répression. «Notre présence est souvent dissuasive, assure le gardien de la paix. La "peur du gendarme" existe toujours. Mais parfois, la prévention ne suffit pas et il n’y a que la répression qui fonctionne.»

Puis direction le centre de Neuville, les agents rencontrent les commerçants, discutent de la dernière quinzaine commerciale et en profitent pour présenter leurs meilleurs voeux pour la nouvelle année.

Un petit tour par la mairie de Neuville histoire de faire le point et passage au Club des jeunes pour prendre le pouls du quartier et tenter de trouver des solutions à l’errance de certains jeunes le soir dans les rues. «Une fois par mois, nous avons une réunion avec les responsables du Club des jeunes, du Drakkar, les médiateurs de la mairie et de Sodineuf, sans compter les rencontres tous les trois mois avec les offices HLM du secteur. Ce sont des partenaires très importants pour nous au même titre que les associations puisqu’ils sont bien implantés dans la population et qu’ils peuvent trouver des solutions.»

Lorsqu’ils auront regagné le commissariat, il leur faudra ensuite rédiger la main courante qui permet de notifier chaque action de la matinée. «C’est surtout un travail d’initiatives, indique Denis Lamulle, mais nous devons rendre des comptes.»

Répondre à une attente

Dans le véhicule dénommé Varech 5 pour les connaisseurs, la radio grésille toujours un peu « au cas où les collègues auraient besoin de nous sur un gros accident ou quelque chose comme ça» précise Denis Lamulle. Si les îlotiers sont très présents dans leur secteur respectif, ils n’en sont pas moins agents de police. En cas de besoin, ils sont donc immédiatement opérationnels. Dans les quartiers, beaucoup a été fait mais il reste encore beaucoup à faire. Et si leur visage commence à être connu, les îlotiers vont à la rencontre du plus grand nombre : «J’ai parfois l’impression que les gens nous attendaient, indique Denis Lamulle, qu’ils avaient besoin d’un interlocuteur direct parce que l’Hôtel de police est trop impersonnel. Notre côté préventif plaît beaucoup également même si nous faisons aussi de la répression.»

En centre-ville, à Janval, au Val-Druel et à Neuville, mais également dans les communes avoisinantes, les îlotiers sillonnent les rues. Pour la fin de l’année 2002, ils seront dénommés police de proximité mais dans l’esprit, la réforme est déjà bien en marche.

Sandra Beaufils

Quatre équipes dans les quartiers

Placé sous la responsabilité de Bernard Nourry, brigadier-chef, l’îlotage sera bientôt remplacé par la police de proximité. Dans les quartiers dieppois, quatre équipes tournent : «Les fonctionnaires sont deux ou trois par équipe. Il y a toujours un titulaire accompagné de un ou deux ADS (agents de sécurité), des emplois-jeunes embauchés pour 5 ans» explique Bernard Nourry. Les agents de sécurité peuvent ainsi suivre une formation continue pour postuler au bout des cinq ans.

Et si Denis Lamulle y trouve son bonheur, c’est moins évident pour l’agent de sécurité qui travaille avec lui : «Elle voudrait un peu plus d’activité, de sport et d’intervention parce que contrairement aux autres ADS, elle n’a pas encore connu la brigade» explique Denis Lamulle qui assure «Moi, avec tout ce que j’ai fait, l’îlotage me convient très bien.» Denis Lamulle qui a pris son poste d’îlotier le 17 avril 2000 a 20 ans de police derrière lui. Tout juste l’âge de la jeune fille qui l’accompagne. Au commissariat de Dieppe depuis juillet 1999, elle a passé les tests la semaine dernière avec sept de ses collègues pour obtenir le concours. Un examen important pour avoir un poste à la fin de son contrat.

S. B.


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