Impossible de garder pour soi la «personnalité
préférée» des Français. Entre autographes et bisous accordés à tous ceux et celles
qui lui demandent, David Douillet évoque tant bien que mal sa nouvelle vie au bord du
tatami à lissue d'une soirée qui fut très très chaude.
David Douillet, comment est-ce quon vit sans judo après y avoir
consacré sa vie ?
Je ne vis pas sans judo. Il y a toujours du judo dans ma vie et je crois
quil y en aura toujours. Je suis lentraîneur national des poids-lourds. Je
suis juste passé de lautre côté des barrières.
Pour un sportif de haut niveau est-ce que la compétition ne manque pas
trop lorsquon cesse son activité ?
Non. Dabord parce que jai réalisé tous mes rêves. Je ne ressens
aucune frustration à nêtre plus sur le tatami. Ensuite jai diverses
activités qui moccupent beaucoup. Je suis associé à Jean-Luc Delarue pour la
production démissions de sports, je travaille également avec Canal +, et pour le
centre de prévention contre le dopage, etc.
Quels sports pratiquez-vous ?
Toujours le judo puisque je suis entraîneur en équipe de France mais aussi le
ski et le vélo. Je sors de Bourg Saint-Maurice avec léquipe de France de judo.
Nous avons escaladé un col à 11-12% qui mène de Bourg Saint-Maurice aux Arcs. Pour les
lourds comme moi, ces pentes sont terribles. Le vélo est un excellent sport pour
développer loxygénation et le mental des judokas.
Il semble que vous ayez maigri. Est-ce à cause du vélo ?
[Il sourit.] Non. Lorsque jai arrêté ma carrière, jai pris 6 kg.
Je me suis dit quil fallait arrêter de déconner. Jai donc suivi un régime
et perdu 13 kg. Jen ai encore quelques-uns à perdre. Je souhaite me stabiliser
autour de 115 kg. A vélo, il faut les trainer les kilos...
Quel autre sport que le judo auriez-vous aimé pratiquer au plus haut
niveau ?
[Il réfléchit longuement.] Un sport collectif. Le rugby. Oui, jaime bien
le rugby. Cest un sport qui me correspond assez bien.
Nest-ce pas trop difficile de gérer votre agenda démentiel ?
Cest Valérie [son épouse] qui sen occupe. Elle fait ça très
bien. Pour ma part, jouvre lagenda en début de semaine en masquant tous les
jours à laide dune feuille. Je les découvre un à un, au fil des jours. Si
je regarde le planning pour la semaine entière, ça me met le bourdon... Nous sommes
toujours sur la brèche et nous nous ménageons des soirées et des week-ends réservés
à nos six enfants. Ce week-end par exemple, jai été sollicité à de multiples
reprises pour me rendre aux 24 Heures du Mans. Or, cest un week-end bloqué pour nos
enfants. Je nirai donc pas au Mans. On verra ça une autre fois.
Comment et pourquoi avez-vous répondu à linvitaion des Huskies ?
Tout simplement parce que le conseil général me la demandé. Au-delà de
ce partenariat, je suis venu parce que jaime cette région qui est la mienne et
jessaie toujours dy venir. Ce soir cétait difficile parce que je devais
être à linauguration dun grand complexe de sport qui était prévue depuis
plusieurs mois et à laquelle javais annoncé que je serais. On ne pouvait pas la
reporter et cest pour ça que je ne suis arrivé quà 11 h. Ce soir [vendredi]
je ne reste pas longtemps car demain matin je repars très tôt pour la Fédé où
jai rendez-vous.
Comment avez-vous trouvé la soirée ?
Chaude. Très chaude ! [Le champion sourit souffle et ventile sa chemise
trempée par la sueur.] En fait je lai trouvée à limage des gens dici
: même si nos nuages sont gris et quil pleut souvent, nos coeurs sont ensoleillés
et sincères. Pour moi une remise de récompenses comme celle-ci est nécessaire. On a
tendance à récompenser ceux qui brillent mais beaucoup moins ceux qui sont derrière :
les entraîneurs, les dirigeants comme ils lont été ce soir dans un esprit sympa.
Vous dites aimer cette région mais vous ne lhabitez plus...
Jai toujours une maison à Bellencombre et je nai déménagé sur
Paris que pour des raisons pratiques.
Et cette folie qui vous accompagne ce soir... Cest toujours comme
ça ?
Oui, tous les jours.
Il ny a jamais un moment où on en a ras-le bol de signer des
autographes ?
Si jen avais marre je resterais chez moi. Je sais que si je sors ce sera
comme ça alors... Si je ne veux pas signer dautographe, je reste chez moi comme un
vieux con, mais je nai pas envie de ça. Et puis je sais que ça fait plaisir aux
gens alors ça me fait plaisir aussi.
Que vous demandent ou que vous disent les gens lorsquils vous
croisent ?
Ce sont toujours des messages de sympathie. On me dit souvent : «Bravo pour ce
que vous avez fait» ou «Merci pour tout ce que vous mavez donné». Les femmes
veulent souvent me faire la bise aussi.
[Pendant lentretien, nous sommes interrompus par un homme qui dit à
David Douillet son regret de navoir pu laccueillir à la manifestation
quil animait à Dieppe il y a quelques semaines. David Douillet est étonné puis
lhomme a confirmation davoir été abusé. Les deux ont conscience que
limage du champion a été utilisée.]
Il est fréquent que votre image soit ainsi frauduleusement utilisée ?
Ca arrive. A Bordeaux il y a quelques semaines et apparemment ici il y a quelque
temps. Un gars avait annoncé ma venue à une remise des prix. Pendant toute la
manifestation, lanimateur a dit que je venais et on ne mavait pas demandé mon
avis... On va demander au monsieur les coordonnées du gars et je vais les donner à mes
avocats. Systématiquement je poursuis. Il faut attaquer ce genre de gars car ce sont des
escrocs. Ils abusent des gens et les déçoivent en utilisant frauduleusement notre image.
Vous avez été élu personnalité française de lannée 2000,
devant lAbbé Pierre notamment. Avec le recul, que vous inspire ce choix des
Français?
Je trouve que cest excessif. Il faut replacer ce choix dans son contexte.
Cela survenait après les Jeux Olympiques. A côté de lAbbé Pierre, je nai
pas fait grand chose. Donc, le fait davoir été désigné personnalité de
lannée 2000 me laisse indifférent.
Dans une autre enquête dopinion, les Français vous placent
largement en tête quand il sagit de désigner un ministre des Sports. Songez-vous
faire de la politique?
Surtout pas. Ce nest pas parce que je suis ami avec le couple Chirac que
je vais me lancer dans la politique. Le président Jacques Chirac connaît ma position :
il sait que je ne veux pas faire une carrière de politicien. Une fois, je lui ai dit en
plaisantant quil faisait un boulot de dingue.
Votre position nest-elle pas contradictoire avec le fait que vous
souhaitiez servir le sport ?
Non, je pense que lon peut servir le sport autrement quen politique.
Je souhaite développer une véritable culture sportive, à tous les niveaux, dans notre
pays. Il y a de nombreux moyens pour y parvenir, pas seulement en étant ministre des Sports.
On parle de vous comme futur Ambassadeur de lUnesco
[lOrganisation des Nations Unies pour léducation, la science et la culture
est basée à Paris. Elle a pour objectif de maintenir la paix entre les Etats et de
promouvoir lentraide.] Est-ce fondé ?
Cest effectivement le cas. Je vais devenir Ambassadeur de lUnesco
dès le mois de juillet. Cest une mission qui sannonce passionnante.
Pour parler dun sujet plus léger : où peut-on acheter les slips*
David Douillet ?
[Il rit.] Je ne sais pas. Ils sont en vente, ça je sais, mais je ne sais pas
vraiment où on peut les trouver...
Ils sont vraiment indéchirables ?
[Toujours avec le sourire.] Pour un bon judoka rien nest indestructible.
Simplement, ils se déchirent moins facilement que les autres. En plus ils sont vraiment
confortables, je vous les conseille.
Propos recueillis par Christophe Quesne & Alexis
Thomassin
[* Lors des derniers Jeux Olympiques, un reportage télé a montré David
Douillet et son grand ami Stéphane Perrault en train de comparer leurs sous-vêtements. A
croire David Douillet, les slips qui portent sa griffe sont indestructibles.]