Journal du 19 juin 2001

HUSKIES 2001 : les lauréats
Un grand cru et le roi David

Surprise de taille vendredi soir à l’occasion de la XIIe nuit des Huskies où le grand David Douillet est venu saluer les sportifs de l’agglomération dieppoise. L’effort des sportifs, mais aussi des bénévoles qui les encadrent a été à l’honneur dans une soirée sous le signe du disco.

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Ici aux côtés des parents d'Emmanuel Petit,
David Douillet deviendra prochainement l'ambassadeur de l'Unesco.

La 12e Nuit des Huskies d’or restera dans la mémoire de tous ceux présents à Belleville-sur-Mer. La surprise réservée par les organisateurs était de taille avec la venue, grâce au conseil général, de David Douillet. Outre cette présence inattendue, cette douzième édition aura été marquée par des prestations de qualité de Jessy et de Boney M, tous deux réussissant sans problème à faire lever la salle. Côté sportif, si le palmarès a fait l’unanimité, on retiendra le bénévolat et le dévouement à l’honneur avec le super trophée pour Régis Duhamel, dirigeant de l’ES Arques hand alors que des habitués étaient encore fidèles au rendez-vous comme le FC Dieppe, l’AL Neuville ou le CN Dieppe.

Après douze trophées décernés avec ferveur et une première partie musicale réussie grâce au talent communicatif de la Normande et ex-athlète Jessy, le treizième et dernier trophée avant Boney M est très attendu. Il concerne le football individuel et comme d’habitude, les supporters des prétendants sont nombreux. Les deux présentateurs de la soirée Stéphane Balle et Patrice Bonneau n’ont aucun mal à chauffer le public. Il ne manque plus que le maire de Dieppe Edouard Leveau pour ouvrir l’enveloppe mais il n’arrive pas. Il est parti accueillir l’invité surprise et après quelques instants d’attente, la salle entière est sous le choc, David Douillet est là ! Il arrive sur scène avec Edouard Leveau et c’est l’hystérie. Le calme a du mal à revenir et pourtant, Jonathan Mortoire, lauréat logique de la catégorie football individuel, aura droit lui aussi à son ovation, ému à côté du récent champion olympique. La 12e Nuit des Huskies d’or vient de vivre un moment fort comme rarement atteint ces dernières années.

Tous les lauréats présents

Tout avait commencé comme par le passé avec un léger retard expliqué par Patrice Bonneau et Stéphane Balle par les difficultés rencontrées par les artistes pour rejoindre Belleville. Puis après l'accueil d'Elise et Camille, qui remplaçaient Manu pour distribuer diplômes et trophées, la remise pouvait débuter. Du premier au dernier trophée, on allait d’ailleurs remarquer la présence presque totale des nominés et complète de tous les lauréats.

La première à l’honneur fut Amélie Bellêtre, jeune patineuse bernevalaise partie en région parisienne vivre sa passion, visiblement émue et qui se promènera le reste de la soirée son husky à la main. C’est logiquement en petites foulées que Gérard Picard vint ensuite remettre le trophée athlétisme aux cadets du Stade dieppois représentés par un des coureurs.

Un vide comblé, c’est le témoignage de Logan Toumire, à la fois adepte du full-contact et de la boxe anglaise, et qui avait avoué qu’il ne lui manquait que ce trophée dans son joli palmarès. Après six années d’efforts auprès des seniors et des jeunes de l’ES Arques hand, Régis Duhamel se retire et fut récompensé à son plus grand étonnement (qui ne sera pas le dernier d’ailleurs). Ce dernier indiqua son regret de voir le travail des bénévoles pas assez apprécié à sa juste valeur.

Surprise pour les sports d’eau lorsque Stéphane Balle appela Martine Joffroy pour remettre le trophée en lieu et place de son mari maire de Belleville absent pour la première fois. Pas de surprise en revanche pour le club nautique dieppois à nouveau récompensé grâce à Jean-Baptiste Macquet aux portes de l’équipe de France. Pour les sports collectifs, la victoire des jeunes handballeurs fut saluée par les autres disciplines du Dieppe UC à l’image de l’esprit sportif régnant tout au long de la soirée.

Communion avec le public

Le premier entracte musical permit à Jessy, la Havraise de montrer sa joie de se retrouver au milieu des sportifs et de l’illustrer en chantant et dansant ses titres avec des enfants ou des partenaires plus grands heureux avant d’aller saluer les officiels. Pour enchaîner, pas de souci avec le football collectif et sa ferveur traditionnelle. Une nouvelle fois, au moins trente à quarante personnes sur scène et des longs applaudissements (bien plus appréciés que les sifflets de l’an passé) pour saluer la performance de Tourville qui a fait accéder ses deux équipes seniors à l’étage supérieur.

L’organisation à l’honneur, c’est aussi le bénévolat du système associatif et dans ce domaine, le semi-marathon de la Pomme est exemplaire avec plus de cent personnes mobilisées le jour d’une course unique dans la région. Quoi de plus logique également que de récompenser quelqu’un qui s’appelle Hautot et qui fait de la moto avec talent dans les sports mécaniques, le jury des Huskies ne pouvait passer à côté. Initiateur de la manifestation, François Etienne monta, comme d’habitude, avec sa femme Claudine pour décerner à Jean-Louis Viogne le trophée suivant. Celui-ci eut une pensée émue pour deux des présidents qui ont marqué sa carrière Roland Pluot et Marcel Virmontois aujourd’hui disparus. La jeunesse enfin à l’honneur avec la Bellevillaise Camille Deschamps, espoir du tennis, et Romain Tropardy pour le cyclisme.

Après l’arrivée de David Douillet et la prestation enflammée quoique un peu courte de Boney M, deux coups de coeur furent attribués, un pour la longévité de Daniel Paresy au service du monde du vélo et un autre pour le club de foot de Grèges conquérant malgré des moyens limités. Enfin, une fois tous les lauréats remontés sur scène, le Docteur René Delcourt qualifia les sportifs dieppois et de l’arrondissement de «formidable public» avant d’appeler Régis Duhamel pour le super trophée remis en présence de David Douillet. Le grand lauréat de la soirée indiqua son souhait profond de voir cette manifestation se poursuivre le plus longtemps possible avant d’aller fêter ses trophées avec sa famille et ses amis comme on aime le faire du côté de l’ES Arques.

Philippe Beaufils

David Douillet était l’invité d’honneur de la soirée

«Nos nuages sont gris mais nos coeurs sont ensoleillés»

Impossible de garder pour soi la «personnalité préférée» des Français. Entre autographes et bisous accordés à tous ceux et celles qui lui demandent, David Douillet évoque tant bien que mal sa nouvelle vie au bord du tatami à l’issue d'une soirée qui fut très très chaude.

David Douillet, comment est-ce qu’on vit sans judo après y avoir consacré sa vie ?

Je ne vis pas sans judo. Il y a toujours du judo dans ma vie et je crois qu’il y en aura toujours. Je suis l’entraîneur national des poids-lourds. Je suis juste passé de l’autre côté des barrières.

Pour un sportif de haut niveau est-ce que la compétition ne manque pas trop lorsqu’on cesse son activité ?

Non. D’abord parce que j’ai réalisé tous mes rêves. Je ne ressens aucune frustration à n’être plus sur le tatami. Ensuite j’ai diverses activités qui m’occupent beaucoup. Je suis associé à Jean-Luc Delarue pour la production d’émissions de sports, je travaille également avec Canal +, et pour le centre de prévention contre le dopage, etc.

Quels sports pratiquez-vous ?

Toujours le judo puisque je suis entraîneur en équipe de France mais aussi le ski et le vélo. Je sors de Bourg Saint-Maurice avec l’équipe de France de judo. Nous avons escaladé un col à 11-12% qui mène de Bourg Saint-Maurice aux Arcs. Pour les lourds comme moi, ces pentes sont terribles. Le vélo est un excellent sport pour développer l’oxygénation et le mental des judokas.

Il semble que vous ayez maigri. Est-ce à cause du vélo ?

[Il sourit.] Non. Lorsque j’ai arrêté ma carrière, j’ai pris 6 kg. Je me suis dit qu’il fallait arrêter de déconner. J’ai donc suivi un régime et perdu 13 kg. J’en ai encore quelques-uns à perdre. Je souhaite me stabiliser autour de 115 kg. A vélo, il faut les trainer les kilos...

Quel autre sport que le judo auriez-vous aimé pratiquer au plus haut niveau ?

[Il réfléchit longuement.] Un sport collectif. Le rugby. Oui, j’aime bien le rugby. C’est un sport qui me correspond assez bien.

N’est-ce pas trop difficile de gérer votre agenda démentiel ?

C’est Valérie [son épouse] qui s’en occupe. Elle fait ça très bien. Pour ma part, j’ouvre l’agenda en début de semaine en masquant tous les jours à l’aide d’une feuille. Je les découvre un à un, au fil des jours. Si je regarde le planning pour la semaine entière, ça me met le bourdon... Nous sommes toujours sur la brèche et nous nous ménageons des soirées et des week-ends réservés à nos six enfants. Ce week-end par exemple, j’ai été sollicité à de multiples reprises pour me rendre aux 24 Heures du Mans. Or, c’est un week-end bloqué pour nos enfants. Je n’irai donc pas au Mans. On verra ça une autre fois.

Comment et pourquoi avez-vous répondu à l’invitaion des Huskies ?

Tout simplement parce que le conseil général me l’a demandé. Au-delà de ce partenariat, je suis venu parce que j’aime cette région qui est la mienne et j’essaie toujours d’y venir. Ce soir c’était difficile parce que je devais être à l’inauguration d’un grand complexe de sport qui était prévue depuis plusieurs mois et à laquelle j’avais annoncé que je serais. On ne pouvait pas la reporter et c’est pour ça que je ne suis arrivé qu’à 11 h. Ce soir [vendredi] je ne reste pas longtemps car demain matin je repars très tôt pour la Fédé où j’ai rendez-vous.

Comment avez-vous trouvé la soirée ?

Chaude. Très chaude ! [Le champion sourit souffle et ventile sa chemise trempée par la sueur.] En fait je l’ai trouvée à l’image des gens d’ici : même si nos nuages sont gris et qu’il pleut souvent, nos coeurs sont ensoleillés et sincères. Pour moi une remise de récompenses comme celle-ci est nécessaire. On a tendance à récompenser ceux qui brillent mais beaucoup moins ceux qui sont derrière : les entraîneurs, les dirigeants comme ils l’ont été ce soir dans un esprit sympa.

Vous dites aimer cette région mais vous ne l’habitez plus...

J’ai toujours une maison à Bellencombre et je n’ai déménagé sur Paris que pour des raisons pratiques.

Et cette folie qui vous accompagne ce soir... C’est toujours comme ça ?

Oui, tous les jours.

Il n’y a jamais un moment où on en a ras-le bol de signer des autographes ?

Si j’en avais marre je resterais chez moi. Je sais que si je sors ce sera comme ça alors... Si je ne veux pas signer d’autographe, je reste chez moi comme un vieux con, mais je n’ai pas envie de ça. Et puis je sais que ça fait plaisir aux gens alors ça me fait plaisir aussi.

Que vous demandent ou que vous disent les gens lorsqu’ils vous croisent ?

Ce sont toujours des messages de sympathie. On me dit souvent : «Bravo pour ce que vous avez fait» ou «Merci pour tout ce que vous m’avez donné». Les femmes veulent souvent me faire la bise aussi.

[Pendant l’entretien, nous sommes interrompus par un homme qui dit à David Douillet son regret de n’avoir pu l’accueillir à la manifestation qu’il animait à Dieppe il y a quelques semaines. David Douillet est étonné puis l’homme a confirmation d’avoir été abusé. Les deux ont conscience que l’image du champion a été utilisée.]

Il est fréquent que votre image soit ainsi frauduleusement utilisée ?

Ca arrive. A Bordeaux il y a quelques semaines et apparemment ici il y a quelque temps. Un gars avait annoncé ma venue à une remise des prix. Pendant toute la manifestation, l’animateur a dit que je venais et on ne m’avait pas demandé mon avis... On va demander au monsieur les coordonnées du gars et je vais les donner à mes avocats. Systématiquement je poursuis. Il faut attaquer ce genre de gars car ce sont des escrocs. Ils abusent des gens et les déçoivent en utilisant frauduleusement notre image.

Vous avez été élu personnalité française de l’année 2000, devant l’Abbé Pierre notamment. Avec le recul, que vous inspire ce choix des Français?

Je trouve que c’est excessif. Il faut replacer ce choix dans son contexte. Cela survenait après les Jeux Olympiques. A côté de l’Abbé Pierre, je n’ai pas fait grand chose. Donc, le fait d’avoir été désigné personnalité de l’année 2000 me laisse indifférent.

Dans une autre enquête d’opinion, les Français vous placent largement en tête quand il s’agit de désigner un ministre des Sports. Songez-vous faire de la politique?

Surtout pas. Ce n’est pas parce que je suis ami avec le couple Chirac que je vais me lancer dans la politique. Le président Jacques Chirac connaît ma position : il sait que je ne veux pas faire une carrière de politicien. Une fois, je lui ai dit en plaisantant qu’il faisait un boulot de dingue.

Votre position n’est-elle pas contradictoire avec le fait que vous souhaitiez servir le sport ?

Non, je pense que l’on peut servir le sport autrement qu’en politique. Je souhaite développer une véritable culture sportive, à tous les niveaux, dans notre pays. Il y a de nombreux moyens pour y parvenir, pas seulement en étant ministre des Sports.

On parle de vous comme futur Ambassadeur de l’Unesco [l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture est basée à Paris. Elle a pour objectif de maintenir la paix entre les Etats et de promouvoir l’entraide.] Est-ce fondé ?

C’est effectivement le cas. Je vais devenir Ambassadeur de l’Unesco dès le mois de juillet. C’est une mission qui s’annonce passionnante.

Pour parler d’un sujet plus léger : où peut-on acheter les slips* David Douillet ?

[Il rit.] Je ne sais pas. Ils sont en vente, ça je sais, mais je ne sais pas vraiment où on peut les trouver...

Ils sont vraiment indéchirables ?

[Toujours avec le sourire.] Pour un bon judoka rien n’est indestructible. Simplement, ils se déchirent moins facilement que les autres. En plus ils sont vraiment confortables, je vous les conseille.

Propos recueillis par Christophe Quesne & Alexis Thomassin

[* Lors des derniers Jeux Olympiques, un reportage télé a montré David Douillet et son grand ami Stéphane Perrault en train de comparer leurs sous-vêtements. A croire David Douillet, les slips qui portent sa griffe sont indestructibles.]

 

Le palmarès

Autres sports individuels : Amélie Bellêtre (patinage artistique)

Athlétisme : Equipe cadets cross Stade dieppois

Sports de combat : Logan Toumire (CJ Neuville full-contact et ROD)

Dirigeants éducateurs : Régis Duhamel (ES Arques hand)

Sports d’eau : Jean-Baptiste Macquet (CN Dieppe)

Sports de balle collectifs : Dieppe UC hand 18 ans

Football collectif : ES Tourville

Organisation : Semi marathon de la pomme

Sports mécaniques : Reynald Hautot (Tôtes Paris-Dakar)

Sports de balle individuels : Jean-Louis Viogne (AL Neuville basket)

Sports de raquette : Camille Deschamps (Tennis Belleville Puys)

Cyclisme VTT : Romain Tropardy

Football individuel : Jonathan Mortoire (FC Dieppe)

Coup de coeur : Daniel Paresy (VC Hautot) et US Grèges (football)

Super Trophée : Régis Duhamel (ES Arques hand)

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